Michel Ciment est décédé
Point final - C’était une voix posée mais assurée qui, souvent, n’appelait pas la réplique tant son avis résumait le film et l’idée qu’on pouvait s’en faire. Les cinéphiles l’entendaient les dimanches au Masque et la plume sur France Inter. Il y défendait les grands réalisateurs américains ou britanniques sur lesquels il avait écrit : Joseph Losey, Stanley Kubrick, John Boorman, Fritz Lang. Et s’emportait souvent pour défendre des jeunes cinéastes à la voix singulière.
L’homme avait la formule directe et parfois vacharde. Patron de la revue Positif, il critiquait régulièrement le « triangle des Bermudes » constitué du Monde, des Cahiers du cinéma et de Libération. Michel Ciment voyait chez eux les représentants d’une critique de la « pensée unique issue de la nouvelle vague » - on sait l’opposition cinéphile entre les « hitchcocko-hawksiens » des Cahiers du cinéma et les MacMahoniens de Positif qui défendaient un « carré d’as », Raoul Walsh, Otto Preminger, Joseph Losey, Fritz Lang.
Il faut tout de même reconnaitre que Michel Ciment pouvait aussi défendre des auteurs dans un discours qui versait dans la « pensée unique » et jusqu’auboutiste, pareille à celle qu’il attaquait. Mais là se niche sans doute la passion critique. Elle habitait indéniablement Michel Ciment qui pouvait flirter avec la mauvaise foi et les emportements.
Si ses mots, sur France Inter ou France Culture (Projection privée) pouvaient enthousiasmer ou agacer, force est de reconnaitre que sa bibliographie s’impose. Parmi ses nombreux ouvrages on peut citer « son » Kubrick (analyse indépassable de l’œuvre du cinéaste), Le Livre de Losey ou Le Dossier Rosi. Également Les conquérants d’un nouveau monde, essai sur le cinéma américain (1981), brillante synthèse du 7ème art hollywoodien qui fut sans doute, comme pour l’auteur de ses lignes, à l’origine de nombreuses passions cinéphiles.




