Rencontres de l'ARP : l’exception française, un modèle (encore) à renforcer

10 novembre 2023
Ce jeudi 9 novembre, aux Rencontres de l'ARP du Touquet-Paris-Plage, le débat du matin portait sur l'exception culturelle française. Et la nécessité de pérenniser encore et encore ce modèle précieux et fragile.

En 2023, dans les allées des festivals de cinéma ou les dîners de professionnels, deux termes font figure de mots clés : intelligence artificielle (IA) et exception culturelle française. Ils sont sur toutes les lèvres, hérissent le poil, échauffent les esprits. Tout le monde a quelque chose à en dire. Les rencontres de L’ARP, qui se tiennent jusqu’au 10 novembre au Touquet-Paris-Plage, n’échappent pas à la règle. Jeudi 9 novembre au matin, dans l’antre du Palais des congrès, il est question non pas d’IA, mais d’exception française par le cinéma.

Une question : est-ce encore le bon modèle ? Réponse unanime : oui. Puis une autre : est-il en péril ? Oui encore. Les débatteurs s’accordent tous à dire que le système français, aussi nécessaire soit-il, est aujourd’hui fragile ou fragilisé. Il est aussi décrié par une partie de la classe politique. On lui reproche le trop-plein de films, la bipolarisation de la production (entre les longs métrages à petits ou à gros budgets), l’obtention d’aides publiques disproportionnées ou insuffisantes, la chute de la fréquentation (alors qu’elle revient sur des niveaux pré-Covid­-19, approchant les 190 millions d’entrées en 2023), la désaffection des jeunes pour le cinéma, la baisse de la durée de vie des films dans les salles. La liste est longue et non exhaustive.

"Regarder le système dans sa globalité"

Tous, jeudi matin, regrettaient surtout l’intrusion croissante de l’impératif de rentabilité de la part des financiers. "Aujourd’hui, on parle des films en termes de potentiel économique, de « crash-test » et d’« estimate » bas, moyen ou haut", dénonce le producteur Alain Attal, patron de Trésor Films. "Comme si l’on pensait d’abord au public puis, dans un second temps, à la réalisation. C’est absurde." "Le cinéma doit rester un espace de recherche, et non pas de rentabilité", renchérit la cinéaste Jeanne Herry, coprésidente de L’ARP (PupilleJe verrai toujours vos visages).

Pour Dominik Moll, le réalisateur césarisé de La Nuit du 12, il faut surtout "regarder le système dans sa globalité". Comprendre : des films à succès financent d’autres œuvres plus risquées. Et génèrent des retombées économiques sur les territoires. C’est ainsi que l’équilibre se construit depuis des lustres.

Mais pour Eric Lagesse, distributeur à Pyramide Films et coprésident du Dire (Distributeurs indépendants réunis européens), les temps sont de plus en plus durs. "La prise de risques pour les premiers films et les œuvres audacieuses est délicate et les échecs sont difficiles à surmonter, déplore-t-il. La fermeture des salles pendant la crise sanitaire a fait du mal au cinéma, le public ne revient dans les sallesque pour des valeurs sûres, moins pour des films d’auteur pointus."

​Pérenniser le modèle

Les débatteurs hésitent entre fatalisme et espoir. Mais tous insistent sur la nécessité absolue de renforcer et pérenniser le système. "La réponse est politique", lance Eric Lagesse. Elle passe par les aides du CNC, la programmation, les recommandations "art et essai", le soutien à la diversité, un meilleur encadrement de la durée d’exploitation des films et des droits d’auteur. Quand au serpent de mer sur le (supposé) trop grand nombre de films produits, il a vite tourné court : "Mais lesquels supprime-t-on ?", s’insurge Jérémy Bacchi, le sénateur des Bouches-du-Rhône et vice-président de la commission de la Culture, de l’éducation et de la communication au Sénat. Tout le monde est d‘accord.

Puis, dans un même élan, les intervenants vantent les mérites de l’éducation à l’image. "C’est le nerf de la guerre, affirme Dominik Moll. Il faut éveiller la curiosité des jeunes". Encore faut-il avoir les moyens d’aller au cinéma. À la fin de la discussion, un spectateur prend le micro et dénonce le prix trop élevé d’un ticket de cinéma. La salle applaudit. Guère de solution miracle, mais des pistes.