Eskerrik asko, Donostia Znemaldia - Le regard de l'Homme aux Lunettes Blanches
Mon ami, Tomas Eskilsson, créateur du fameux fonds Film i Vast en Suède, en avale presque ses tapas de travers : « J’ai calculé, le festival de San Sébastian présente deux fois moins de films que celui de Göteborg et pourtant tout le monde parle d’eux en Europe ». Et comme si cela ne suffisait pas, Simon Perry, un autre vieil ami avec lequel nous partageons une table à la terrasse du Picachilla, juste en face du Kursaal, rajoute dans sa barbe : « …and beyond ».
Et c’est vrai qu’on a parfois un peu l’impression quand on fréquente le SSIFF d’être plus en Amérique Latine qu’au pays basque. Griselda GonzalesGentile, une productrice qui vit entre la Belgique, son pays d’accueil, l’Argentine, son pays natal et l’Espagne, son pays de cœur, me confirme cette impression : « Si tu veux faire du business avec les Latinos, c’est ici que ça se passe ». C’est un peu paradoxal car le Festival ne dispose pas à proprement parler d’un Marché comme Cannes, Berlin ou Venise, mais seulement d’un « Club Industry » un peu enterré sous l’imposant bâtiment qui fait office de Palais du Festival, et pourtant autour des points café (cubain évidemment !), ça discute ferme. Et des deals se montent. Deux au moins pour Griselda…
Mais la connexion hispanique n’explique pas tout. Il y a dans l’air de San Sébastian quelque chose de tellement agréablequ’au lieu d’être stressé comme sur la Croisette, on a envie de rester là lorsqu’arrive le jour du retour chez soi. Ce qui frappe aussi, c’est l’ouverture d’esprit et l’humour des Basques. A la réception de mon hôtel, un écriteau annonce dans un clin d’œil que l’établissement est « Hétéro Friendly ». Enfin, cette ville est profondément cinéphile. On dirait que c’est tout le vieux quartier dont le cœur bat au rythme du cinéma. Le trop rare Victor Erice (4 longs métrages seulement en 5 décennies !) en a très bien parlé lors de l’hommage qui lui était rendu cette année, 50 ans pile poil après qu’il ait reçu le Coquillage d’Or pour « L’Esprit de la Ruche », son 1er long : « J’ai passé mon enfance et mon adolescence à San Sébastian. Je peux donc dire que j’y ai grandi dans tous les sens du terme, en tantqu’homme mais aussi en tant que spectateur. Si je ferme les yeux, je peux me revoir enfant, assis dans les sièges de cette salle où j’ai découvert des films que je n’ai jamais oublié. Et au fil des années, j’ai compris que le travail d'un cinéaste – et je pense à Albert Camus - n'est peut-être rien de plus que l'art de faire des films afin de récupérer les images extraordinaires regardées sur un écran auquel il a ouvert son cœur pour la première fois".
Sur la terrasse bleue du Picachilla, la conversation continue. Simon qui anime depuis des années un groupe informel de réflexion, le BPX (Best Practice Exchange), échange avec Tomas sur les mouvements de flux et de reflux des entrées en salles. Moi je vais rejoindre l’équipe du nouveau film de Joachim Lafosse à l’hôtel Maria Cristina et, en traversant le pont en face du Kursaal, je remarque que la marée montante inverse le cours du fleuve Urumea…



