La Rochelle 2023 : Du pitch à l’avant-première au Festival, la belle histoire de la série "Sambre"
“Il y a eu une sorte d’évidence. Toutes les planètes étaient alignées”. C’est ainsi que le producteur Matthieu Belghiti (What’s Up Films) résume Sambre, sa toute dernière série. Et renchérit : “Tout a été formidable. On le dit souvent à la fin de la première projection, quand tout est terminé, mais cette fois – peut-être pour la première fois –, tout s’est parfaitement déroulé, du début à la fin”. L’homme semble ému. Ou satisfait.
Il y a de quoi. Sa série, consacrée à l’enquête sur le violeur de la Sambre (un homme accusé d’au moins 54 viols, commis sur quelque trente kilomètres carrés dans le Nord, entre 1980 et 2018), est hautement symbolique en cette ère #Metoo. Elle ravit partout où elle passe. Elle sera projetée pour la première fois, en public, à La Rochelle (du 12 au 17 septembre prochain) . C’est d’ailleurs là que tout a commencé il y a trois ans. Ou presque.
“Coup de coeur”
Rembobinons. Il y a trois ans et demi, fin 2019, Matthieu Belghiti assiste paisiblement à la séance de pitchs du Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle (CEEA). L’un d’eux l’interpelle. C’est celui d’Alice Géraud. Elle est alors journaliste, a écrit Sambre (paru aux éditions JC Lattès) et s’essaye peu à peu à l’écriture de scénarios. Elle veut adapter son livre en série. “On était nombreux, ce jour-là, à avoir eu le même coup de coeur pour ce pitch”, se souvient Matthieu Belghiti, lauréat du Prix du producteur français de télévision dans la catégorie “documentaire”, en 2009.
La course est lancée. Il met sur le coup son fidèle réalisateur, Jean-Xavier de Lestrade (Jeux d’influence, Laëtitia), Oscar du meilleur documentaire pour Un coupable idéal en 2002. “Je savais que ce genre de sujets, très réaliste, journalistique, sur les violences faites aux femmes… allait intéresser Jean-Xavier”, nous explique le producteur. Les deux hommes rencontrent Alice Géraud, quelques heures plus tard. Le courant passe. Ils lui glissent deux ou trois conseils. S’entourer d’un autre scénariste rôdé à l’écriture sérielle (ce sera Marc Herpoux). Écrire une histoire non chronologique, “mais d’autant plus dramaturgique”. Alice Géraud signe.
Un épisode, un personnage
Très vite, le quatuor discute avec les équipes de Fédération Studios pour distribuer le film à l’international. En Belgique surtout. Car à l’époque, le fait-divers y avait fait grand bruit. De leur côté, Alice Géraud et Marc Herpoux retravaillent le scénario. Ils imaginent un concept où chacun des six épisodes serait dédié à un personnage (victime, juge, maire, scientifique, policier et violeur in fine). “On a voulu montrer comment la société s’est emparée de l’affaire pour faire bouger les choses. Pas juste montrer les victimes ni l’enquête policière, mais examiner comment une affaire criminelle bouleverse toute la société”, détaille le créateur de What’s Up Films. Quitte à créer de grandes ellipses narratives.
Vient alors l’étape du pitch au Festival de La Rochelle – qui a eu lieu à Paris cette année-là, en raison du Covid-19. Matthieu Belghiti, Alice Géraud et Marc Herpoux pitchent tour à tour le concept de la série devant un parterre de diffuseurs, producteurs et distributeurs. Succès immédiat. “Tout le monde nous a dit que c’était une histoire formidable, même un producteur de radio canadien”, se souvient l’intéressé. Mieux encore : six mois plus tard, il reçoit encore des messages pour savoir où il en est. “C’était dingue”, dit-il.
Confiance et prestige
Quelques mois plus tard, Matthieu Belghiti et son équipe envoient 120 longues pages de scénario aux diffuseurs. Ils visent France Télévisions. Banco. “Je pense que cela a fonctionné parce que c’est une vraie série de service public, qui parle au plus grand nombre, qui fait avancer la société, assure-t-il. Et parce que cela fait longtemps qu’on travaille ensemble. On a leur confiance à tous les niveaux de fabrication.”
Ils obtiennent “rapidement” les financements de France Télévisions, Versus (société de production belge qui a notamment coproduit La Nuit du 12), de plusieurs régions et médias (tels que France Télévisions), de SOFICA. Le budget total avoisine les 8,7 millions d’euros. “C’était une série assez coûteuse, explique Matthieu Belghiti. Il y a des rajeunissements, des vieillissements de personnages, des décors différents… Par exemple, le premier épisode se déroule en 1988, le second, en 1994.” Pas moins de 300 personnes ont participé à la série, avec en moyenne, entre 60 et 70 personnes par jour sur le tournage.
Au casting, on retrouve Alix Poisson (Parents mode d’emploi), Clémence Poésy (En Thérapie), Olivier Gourmet (L’Exercice de l’État), Noémie Lvovsky (Viens je t’emmène), mais aussi Jonathan Turnbull, Pauline Parigot ou Julien Frisson. “Tout le mérite revient à Jean-Xavier de Lestrade et à sa directrice de casting, qui ont réussi à s’entourer d’acteurs prestigieux et à créer cette belle alchimie entre les comédiens”, applaudit Matthieu Belghiti. La musique est quant à elle composée par Raf Keunen (Lola vers la mer).
“Cultiver sa marque de fabrique”
Saluant l'accompagnement “bienveillant” de tous ses partenaires, Matthieu Belghiti regarde désormais vers le Festival de la Fiction de La Rochelle. C’est là que Sambre sera projetée en avant-première, le vendredi 14 septembre, à 19 h 30, au Grand Théâtre de La Coursive. Il faudra néanmoins attendre fin 2023, voire début 2024 pour que la série soit diffusée, en prime-time, sur les antennes de France 2. Et, selon le producteur, certaines plateformes s'intéressent de près au succès de la série.
“Pour toucher les gens, il faut user de toutes les formes – drame, fantastique, comédie –, il faut parler des problèmes et des solutions existantes, il faut être proche des téléspectateurs”, analyse Matthieu Belghiti. Il voit le paysage audiovisuel, chamboulé par l’arrivée des plateformes, évoluer à une “vitesse vertigineuse”. C’est pourquoi l’homme, qui produit par ailleurs l’unitaire Les blessures invisibles ainsi que deux autres séries, cherche par tous les moyens à “cultiver son identité, sa marque de fabrique”. Faire des fictions “artisanales” sur des sujets de société. “Et qui ont du sens”, martèle-t-il comme un mantra.





