3 questions à Daniela Elstner, directrice générale d'Unifrance
Comment percevez-vous les résultats de l’année 2022 ?
On peut noter avec satisfaction l’impact de l’augmentation observée sur les « droits monde ». La fiction prend aussi une plus grande place. A partir du moment où on met l’argent dans la production et que l’on se pose la question de l’internationalisation – que ce soit pour les séries ou pour certains unitaires - on devient plus attractif. Il faut continuer sur cette lancée. Le succès créé le succès. Des marques et des artistes ont émergé, alimentant ainsi la demande et le désir partout dans le monde.
La constitution de groupes de taille mondiale, tel que Mediawan, a-t-elle contribué à donner de la puissance aux productions françaises ?
Il y a en effet une forte concentration en France. La plus grande part des ventes est réalisée par moins de 10 sociétés. Cela donne forcément une puissance économique supérieure dédiée à la production. Ces sociétés ont aussi racheté des filiales en Europe, tandis que des producteurs indépendants commencent à faire des alliances. Des chaines de télévision publique aussi. L’Europe a certainement une carte à jouer de ce côté-là. Plus il y aura de coproductions, dans lesquels plusieurs pays européens mettront de l’argent, plus on pourra répondre à l’hégémonie des Américains. J’ajoute qu’il faut regarder la concurrence venant d’ailleurs: la Chine, la Corée du sud et maintenant l’Arabie Saoudite. C’est important d’être fort dans la structuration de nos sociétés pour résister et grandir à l'export. La France a d’autres atouts : sa diversité. Je suis persuadée que toutes les structures indépendantes, qui ne pèsent pas forcément lourd dans le chiffre d’affaires global, contribuent beaucoup plus que ce qu’on peut penser à la croissance des ventes internationales. Il ne faut pas sous-estimer leur importance. D’autant plus, que ces films indépendants permettent de gagner des prix, qui alimentent la dynamique.
On a observé une chute de la commercialisation des films d’animation, est-ce inquiétant ?
Il faut se garder d’analyser trop hâtivement les grandes tendances. On observe effectivement une baisse dans l’animation, mais il n’est pas certain que celle-ci soit durable. Pendant la crise sanitaire, les productions dans l’animation ne se sont pas brutalement interrompues, contrairement à la fiction ou même au documentaire, qui ont pu redémarrer plus fort." Dans l’animation, les structures françaises sont très solides. Les grandes sociétés ont des bureaux partout dans le monde. A ce stade, je ne m’inquiéterais pas. Pour moi, il faut plus retenir que la fiction et le documentaire se sont renforcés, sont montés en gamme, grâce à certaines marques. Je pense notamment à Lupin (Netflix) avec Omar Sy, dont le succès nous aide. C’est un produit d’appel unique.
Propos recueillis par Xavier Renard






