Les studios américains à nouveau en pôle position au box-office

5 juillet 2023
Comme à l’accoutumée, les films distribués par les studios membres du SFAC ont régulièrement fait l’événement du début d’année, malgré quelques contre-performances inévitables.

Si les films de super-héros sont l’un des fers de lance de Disney avec le catalogue Marvel, ils sont aussi à mettre au crédit de Warner avec, au cours des derniers mois, les sorties successives de Black Adam, Shazam : la rage des Dieux et The Flash. « Si Black Adam s'en est sorti honorablement, l’exploitation de Shazam a été plus complexe, témoigne Olivier Snanoudj. Il y avait cette volonté de faire un film plus léger. Mais aujourd’hui, il y a une exigence très élevée sur les films de super héros tant il y a une offre importante et de qualité. Si vous avez une proposition légèrement en dessous des autres, le public répond moins bien ». Chez Sony, le film d’animation Spider-Man : Across the Spider-Verse s’est offert un résultat deux fois plus important que celui du précédent opus. Et pourtant ce n’était pas gagné selon le directeur de la distribution du studio, Stéphane Huard. « C’est vrai qu’aller sur le terrain d'une animation ambitieuse comme celle-là, avec une cible qui n'est pas une cible enfants, c'est très compliqué pour nous, surtout sur le territoire français. Nous avions vraiment besoin de trouver un autre positionnement et avons volontairement relâché l'ambition d'aller chercher les familles. Le film est sorti à une date où il n'y avait pas de vacances scolaires, mais nous savions que le public des 15-25 ans serait disponible ».

L’animation en force

C’est bien le cinéma d’animation qui s’affirme comme le grand gagnant de ce premier semestre 2023 chez les studios américains, à commencer par l’adaptation de la franchise vidéoludique Super Mario Bros, le film qui, en franchissant les 7 millions d’entrées, a atteint des sommets inattendus. En effet, il s’agit du meilleur score de cette année et du troisième meilleur résultat pour le cinéma d’animation sur les quinze dernières années, juste derrière L’Âge de Glace 3 (7,8 millions) et La Reine des Neiges 2 (7,7 millions). « Nous savions que nous tenions un film intergénérationnel qui s’adressait à tous les publics, s’enthousiasme Xavier Albert, directeur général d’Universal Pictures International France. Pour autant, on ne s'attendait pas à un tel succès. Nous pensions faire 4 millions d’entrées et nous sommes à près du double. Un tel succès pourrait inaugurer de nouvelles adaptations de grandes franchises vidéoludiques ». L’animation a d’ailleurs été un créneau très porteur pour Universal au cours des derniers mois. Déjà avec le succès des Minions 2 l’été dernier, avec près de 4 millions d’entrées. Et surtout avec Le Chat Potté 2 qui a su s’installer durablement dans les salles tout au long de l’hiver, au point de ravir plus de 3 millions de spectateurs.

Des franchises en plein essor… d’autres en fin de course

Les franchises ne se limitent pas aux seuls super-héros. Ainsi, la trilogie Creed, dérivée de la saga Rocky Balboa, a vu ses résultats croître de film en film, au point d’atteindre les 2,3 millions d’entrées pour son ultime opus, sorti au printemps dernier. « La franchise Creed a toujours très bien fonctionné en France et même de mieux en mieux à chaque film, s’enthousiasme Olivier Snanoudj. C'est à mettre au crédit de tous ceux qui sont impliqués, notamment de Michael B. Jordan qui est devenu une vraie star, mais aussi réalisateur et qui a fait un travail de formidable sur Creed III ».

À l’inverse, de leurs côtés, les sagas Fast and Furious (Universal) et Transformers (Paramount) semblent connaître un léger fléchissement alors que viennent de sortir leur dixième et septième opus respectif. Si les deux franchises demeurent des événements à chacune de leur sortie, peut-être est-il venu le temps de leur apporter la digne conclusion qu’elles méritent ? Celle de Fast and Furious a d’ores et déjà été annoncée. Chez Paramount, c’est la franchise horrifique Scream qui a repris des couleurs avec un sixième opus (1,2 million d’entrées) qui a enregistré un score plus de deux fois supérieur à son prédécesseur, sorti un an plus tôt, mais en pleine vague Omicron. Le studio avait également tiré son épingle du jeu cette année avec sa nouvelle adaptation de Donjons et Dragons (1,2 million d’entrées). Mais aussi en fin d’année dernière avec la surprise Smile qui s’était aussi hissé à plus d’un million d’entrées. Soit l’une des rares propositions originales à avoir fait l’événement, à l’instar de Megan ou Nope chez Universal (un demi-million de spectateurs chacun), alors qu’il est toujours plus complexe pour des projets singuliers de tirer leur épingle du jeu, tel que Knock at the Cabin. Pourtant réalisé par un auteur aussi identifié que M. Night Shyamalan, le film a peiné à rassembler plus de 200 000 curieux.

Les films indépendants américains brillent… les films français moins

Durant la crise sanitaire, les films indépendants américains auront cruellement manqué aux salles, la plupart d’entre eux étant alors diffusés sur les plateformes. Dans ce contexte, quel bonheur pour les exploitants de diffuser à nouveau sur leurs écrans les œuvres de cinéastes aussi renommés que Damien Chazelle avec Babylon (1,5 million d’entrées), Steven Spielberg avec The Fabelmans (920 000 entrées), Todd Field avec Tár (320 000 entrées) ou James Gray avec Armageddon Time (400 000 entrées) qui ont tous, ou presque, signés leur meilleur international sur le territoire français.

Là où les membres du SFAC ont connu des résultats plus mitigés, c’est sur leurs rares propositions françaises. Même si Warner a tout simplement signé le meilleur score du cinéma français en 2022 avec Simone – Le Voyage du siècle (2,5 millions d’entrées) et a créé la surprise avec un premier film comme Sage-homme (615 000 entrées) avant de connaître l’échec avec Hawaii (115 000 entrées). Chez Sony, on peut se féliciter du Nouveau Jouet qui a su attirer plus de 900 000 spectateurs. « Nous avons bénéficié d’une belle réécriture de l'histoire originale de Francis Veber, modernisée et avec beaucoup d'émotions. Le public s'en est emparé pendant les vacances de la Toussaint » témoigne Stéphane Huard avant de rappeler que « les films français sont un créneau difficile car nous faisons face à une forte concurrence. Dans la période où nous sommes, les résultats sont encore plus violents qu'avant le Covid lorsqu’un film n’accroche pas ». C’est ce qui est arrivé au studio avec la Marginale (50 000 entrées).

Universal aussi a essuyé les plâtres avec les films de Noémie Lefort, Mon héroïne, et Victoria Bedos, La plus belle pour aller danser, qui pointent à 100 000 entrées chacun. « Nous allons surement réfléchir à accompagner autrement le cinéma français dans les prochaines années, prévient Xavier Albert. Pour autant, nous sommes très fiers de ces deux films qui ont du cœur, des valeurs, et sont portés par de jeunes autrices promises à une très belle carrière ».

Nicolas Colle (avec Damien Choppin)