Annecy 2023 : Rencontre avec Sébastien Onomo, vice-président du Spi

8 juin 2023
Élu en avril dernier, le nouveau vice-président animation du Syndicat des producteurs indépendants évoque l'actualité du secteur.
Sébastien Onomo

Sébastien Onomo, vice-président chargé de l'animation au sein du Spi.

Cette année encore, les adhérents du Syndicat des producteurs indépendants (SPI) sont présents en nombre dans les sélections du Festival d’Annecy, avec pas moins de cinq longs métrages de la Compétition Officielle, six projets présentés en Work in progress et sept courts métrages. Élu en avril dernier vice-président du SPI, à la tête du collège animation, Sébastien Onomo, président de Special Touch Studios, passe en revue les sujets qui préoccupent le syndicat. 

Ecran Total : Lors du précédent festival d’Annecy, un des sujets qui agitait la profession était le projet de fusion TF1-M6, finalement abandonné. Etes-vous satisfait du statu quo ? Quels sont aujourd’hui vos principales revendications ? 

Sébastien Onomo : Il y avait une inquiétude face à la fusion de ces deux acteurs qui sont importants pour les investissements dans les séries jeunesse. Ils continueront d’investir chacun dans les programmes, en témoignent le renouvellement des accords que nous avons passés avec ces deux acteurs en début d’année, et on s’en félicite. L’objectif était de faire en sorte que les investissements dans les œuvres soient revalorisés pour soutenir les ambitions des créateurs. Aujourd’hui, face aux diffuseurs, nos inquiétudes portent sur la concentration des investissements vers quelques sociétés qui ne garantissent pas forcément une diversité culturelle. Nous sommes attachés à cette diversité, pas seulement dans l’animation. Face à la volonté de faire émerger des grands champions de la production, quelle est la place des indépendants ? Nous continuons de nous battre pour rappeler que l’indépendance a pour vertu de faire émerger les talents, de permettre de prendre des risques sur des projets, et de faire rayonner les auteurs.

Avec les autres organisations représentatives de la production audiovisuelle, vous avez signé un accord avec Amazon fin 2022. Celui-ci oblige la plateforme à investir dans l’animation 5% de ses obligations de financement de la création française. Où en sont les discussions avec les autres plateformes ?

Les négociations sont en cours avec Netflix, dont nous essayons d’augmenter le niveau d’investissement dans l’animation, et nous discutons également avec ADN et Crunchyroll.

La redevance audiovisuelle a été supprimée en 2022 mais aucune solution de financement pérenne n’a encore été trouvée. Est-ce une source d'inquiétude ? 

Cela nous inquiète forcément car nous avions une visibilité claire sur les sources de financement de l’audiovisuel public. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et nous allons, comme toutes les organisations, être vigilants face à ce qui va être proposé et comment cela va être encadré. La budgétisation ne nous semble pas être le scénario à même de garantir l’indépendance de l’audiovisuel public. Il faut un financement sécurisé, sans régulation infra-annuelle possible, pérenne et qui tient compte de l’inflation. Les temps sont durs donc il ne faut pas que la situation empire.

La crise du Covid a-t-elle rendu plus compliqué le financement de longs métrages d’animation destinés aux salles de cinéma ?

Il n’a jamais été simple de financer des longs métrages d’animation. C’est assez factuel. Les acteurs qui financent des films d’animation sont toujours les mêmes et investissent toujours dans le même nombre de projets. Nous souhaitons les encourager à investir davantage pour accompagner la dynamique autour des films d’animation qui performant en salles et à l’international. Quant aux nouveaux acteurs qui ont été intégrés à la chronologie des médias, ils ne participent pas au financement de longs métrages d’animation. Il y a forcément, pour nous, une attente de ce côté-là. Nous aimerions qu’il y ait une volonté plus franche des nouveaux opérateurs de financer des créations originales françaises et de ne pas uniquement considérer les producteurs français comme des prestataires.