Coups de bluff sur la Croisette - Le regard de l'homme aux lunettes blanches
En 1982, on découvrait à Cannes L’Année de tous les Dangers de Peter Weir.
Plus que du film, je me souviens de sa conférence de presse. Les deux acteurs principaux, Mel Gibson et Sigourney Weaver avaient entre eux un problème de taille. Mme Alien, du haut de son mètre 85, faisait de l’ombre à Mad Mel qui avait dû monter sur un tabouret pour avoir l’air plus grand qu’elle sur la photo officielle. Bref ces deux-là font leur entrée dans la salle de presse l’un côté cour et l’autre côté jardin et s’assoient chacun à une des extrémités de la table. Assez rapidement le question/réponse se tend car un journaliste interpelle Gibson sur le fait que le film qui est censé dénoncer les régimes dictatoriaux en prenant l’exemple de l’Indonésie de Sukarno, s’est tourné aux Philippines alors sous la coupe de Marcos ! Très mal à l’aise, le comédien esquive en s’excusant “You know, I’m not a political animal”. Et à l’autre bout de la table, sa partenaire murmure “Just an animal !” …
Moi mon “année de tous les dangers” cannoise, c’est en 1987 que je l’ai connue ! J’étais à la tête à l’époque de “Visions”, un mensuel de cinéma qui se vendait si bien en Belgique que, dans un moment d’égarement, j’avais décidé de le lancer sur le marché français en sous-estimant complètement les indispensables coûts de promotion liés à l’étendue du territoire. “Visions International” avait démarré dans l’hexagone en février et 4 mois plus tard nous étions déjà au bord de la faillite ! En revanche, notre existence compliquait celle du tout nouveau magazine “Studio” que Marc Esposito venait de lancer aussi, après avoir claqué la porte de chez Filipacchi où il avait fait l’immense succès de “Première”. Ayant compris que les belligérants de ce qui s’annonçait comme une guerre de tranchée, étaient tous deux intéressés par le rachat de notre titre, nous l’avons joué au bluff ! Nous avons sorti un numéro exceptionnel de notre revue qui coûtait 20 francs et s’ouvrait sur la reproduction de 20 chèques d’un franc signés par Jeanne Moreau, Agnès Varda, Pierre Arditi, Claude Miller, Zulawski (et j’en passe 15 autres…) qui remboursaient ainsi symboliquement le lecteur et lui montraient surtout le soutien que nous apportait la profession. Idem avec nos Petites Annonces via lesquelles c’étaient les stars elles-mêmes qui sollicitaient notre audience ! “Gérard Depardieu, comédien” recherchait “des bouteilles de Château Lafleur, celles des Sœurs Robin” quant à “Mathilda May, comédienne”, elle, était en quête de “chaussettes érotiques, sexy ou perverses” ! Enfin, pour être sûrs de marquer les imaginations, nous avons coproduit, avec FR3, la 1ère émission de TV quotidienne à Cannes. Elle s’appelait “StarVisions” et je la co-présentais avec Henry Chapier !
Résultat des courses, nos deux concurrents se sont lancés dans une enchère pour nous racheter et c’est finalement avec Marc Esposito que nous avons fait affaire au début de l’été. Studio est devenu propriétaire du titre pour une durée de 99 ans. Il me reste donc 63 ans à attendre pour relancer mon canard…
En attendant, je vous retrouve avec bonheur tous les 15 jours dans Écran Total !




