Bradley J. Fischer (New Republic Pictures) : « Michael Bay a changé le paysage des blockbusters hollywoodiens »

22 mars 2022
Le producteur d'"Ambulance", en salles ce 23 mars, revient sur le tournage du film en plein confinement et l’évolution de l’industrie hollywoodienne ces 20 dernières années.
Bradley-J.-Fischer

Producteur de Zodiac de David Fincher, de Shutter Island de Martin Scorsese ou encore du remake de Suspiria par Luca Guadagnino, Bradley J. Fischer, président de New Republic Pictures depuis 2019, collabore pour la première fois avec Michael Bay pour Ambulance. Le long métrage adapté d’un film danois sort en salles ce 23 mars. Il met en scène Jake Gyllenhaal et Yahya Abdul-Mateen II en deux frères braqueurs lancés dans une course poursuite au volant d’une ambulance dans laquelle se trouve un policier dans un état critique. Le producteur revient sur le tournage du film en plein confinement et l’évolution de l’industrie hollywoodienne ces 20 dernières années.

Comment vous êtes-vous retrouvé à bord de ce projet et pourquoi vous êtes-vous tourné vers Michael Bay pour le réaliser ?

Le projet m’a été présenté par Chris Fedak, dont le manager est danois, qui a adapté le film original et écrit le scénario. Quand nous avons commencé à travailler sur le projet, Michael était haut dans notre liste de réalisateurs. Le développement du film a duré des années et, quand on lui a demandé la première fois, il n’était pas disponible. Il travaillait, je crois, sur un des Transformers.

En plus du fait qu’il s’agisse d’un thriller d’action, le film rappelle aussi les éléments des films de Michael dans les années 90. En plus des explosions, de l’intensité du braquage, de la fuite, des accidents ou des hélicoptères, la dynamique entre les personnages est au centre de la narration. Et Michael est un maître en la matière. Bad Boys, Rock et Armageddon, ses trois premiers films en tant que réalisateur, ont changé le paysage du blockbuster hollywoodien. Je pense que vous pouvez tirer un fil entre ce que faisaient ses producteurs Don Simpson et Jerry Bruckheimer à l’époque et les films Marvel d’aujourd’hui.

Tourner ce film, avec de nombreuses scènes d’action, en plein Los Angeles pendant la pandémie, relève du défi. Comment le Covid a-t-il perturbé le tournage ?

Nous l’avons tourné en 39 jours, en janvier 2021, au plus fort de la pandémie à Los Angeles. L’industrie du cinéma était considérée comme une activité essentielle et nous étions enthousiastes à l’idée de remettre les gens au travail. Nous étions guidés par des épidémiologistes et nous avons été très précautionneux. Le tournage n’a pas été interrompu une seule fois. Nous avons dû nous adapter constamment. Un de nos principaux décors, le Centre de convention, a par exemple été réquisitionné comme centre de tests. Nous devions aussi collaborer avec la Ville pour rassurer certains riverains qui étaient nerveux à l’idée de voir autant de gens se rassembler pour travailler dans leur quartier.

Le film est une adaptation d’un long métrage danois. Est-ce que le cinéma européen est une bonne source d’histoires pour Hollywood ?

C’est toujours enthousiasmant de s’intéresser aux histoires du monde entier, sous toutes les formes. Il fut un temps où les films coréens étaient à la mode parmi les remakes hollywoodiens. Puis il y a eu les thrillers à la Stieg Larsson [l’auteur suédois de Millenium, ndlr]. C’est presque comme si différentes régions du monde attendaient chacune leur tour. Ces formats deviennent la source de grosses adaptations à Hollywood et cela montre qu’il y a des raconteurs d’histoires brillants partout et qu’on ne manque pas d’endroits où aller pour trouver des idées qui peuvent être portées à un public plus nombreux.

Alors que les films de franchises dominent le box office, est-ce plus difficile de produire des films originaux ou, comme Ambulance, basés sur des histoires inconnues du grand public ?

Je pense qu’il faut retourner la question. Si vous avez une marque existante, c’est vrai que vous commencez avec quelque chose de connu et de reconnaissable. Mais, à un moment, il s’agissait d’une histoire originale. Quand le premier Star Wars est sorti, la marque n’avait aucune valeur ajoutée. Si vous trouvez une idée de personnages auxquels les gens vont s’intéresser, vous allez créer une expérience qui va émouvoir les gens. A couteaux tirés était une histoire originale. Je pense que personne ne pensait à faire une suite. Pourtant ce fut un énorme succès. Résultat, Netflix a acheté deux suites pour un montant énorme.

Pensez-vous que le nom de Michael Bay est, en quelque sorte, une franchise à lui tout seul ?

Oui, et je considère que l’une des raisons principales pour lesquelles nous avons pu faire ce film à ce niveau et avec ce casting. Lorsque les gens entendent parler d’un film de Michael Bay, ils savent que cela va être une expérience à vivre en salle, à un moment où ils ont envie de retourner au cinéma.

Vous travaillez dans l’industrie depuis la fin des années 90. Diriez-vous que le cinéma a évolué ces 20 dernières années ?

La montée des plateformes de streaming a complètement changé l’industrie. On le voit avec le prochain film de Martin Scorsese qu’Apple va sortir. Maintenant, les studios et les plateformes sont en compétition pour les mêmes projets. Ils sont prêts à dépenser plus de 100 millions de dollars pour un film. Red Notice se retrouve sur Netflix alors qu’il devait être distribué par Universal à la base. C’est quelque chose qu’on ne voyait pas avant. On dit qu’aujourd’hui il n’y a qu’un seul type de film qui intéresse les cinémas : le film spectaculaire à gros budget, porté par des stars. Les plateformes veulent la même chose.

Mais je ne pense pas qu’il y ait de la place pour que chaque studio ait un service de streaming pour lequel ils vont dépenser des milliards de dollars chaque année. Il y a cette guerre entre plateformes en ce moment mais je pense que, quand la poussière sera retombée, cela va se normaliser. Il y aura une poignée d’acteurs qui continueront à dépenser pour gagner et conserver leurs abonnés. Mais je pense que les studios traditionnels pourront récupérer des projets. Une partie des films originaux qui sont réalisés aujourd’hui pour des plateformes seront à nouveau réservés aux salles de cinéma. 

Votre société a produit plusieurs films qui devaient sortir en salles ces deux dernières années et qui ont été vendus à des plateformes, comme Un prince à New York 2, The Tomorrow War ou Sans aucun remords, regrettez-vous ces décisions ?

Au moment où tout a été fermé, c’était absolument la bonne décision. Vous aviez ces super contenus que vous vouliez proposer au public mais les salles étaient fermées. Financièrement, le modèle était censé. J’étais satisfait de ces décisions, au vu des circonstances. Et je pense que les films qui ont été gardés pour sortir en salles plus tard étaient les bons films à garder.