3 questions à Maud Wyler – Marraine de la Fête du Court Métrage

18 mars 2022
En tant que marraine de la fête du court métrage, qui se déroule dans toute la France du 16 au 22 mars, la comédienne Maud Wyler évoque les enjeux économiques et culturels de ce format.
Maud Wyler

Que vous inspire le format du court métrage ?

J’ai tourné dans une trentaine de films courts et je m’y investi encore aujourd’hui. On y rencontre des jeunes réalisateurs et des jeunes producteurs qui explorent de nouvelles formes de cinéma très radicales, avec une liberté artistique unique et une puissance créative folle. Le court métrage est une école de la pratique. Il naît vraiment d’un pur désir de cinéma d’un réalisateur qui ne s’encombre pas nécessairement de trouver un producteur, un diffuseur ou un distributeur. C’est un format chargé avant tout d’intime et de cœur.

L’inconvénient de ce format n’est-il pas son manque de visibilité et d’exposition vis-à-vis du grand public ?

Au contraire, il y a tant de festivals de courts métrages qui remplissent les salles de cinéma tout au long de l’année et à travers toute la France. Ce n’est pas anodin. C’est même la preuve que le format court est un enjeu essentiel pour participer à la vie des cinémas et au retour du public. Surtout aujourd’hui où l’on s’interroge sur ce qui peut contribuer au retour des spectateurs en salles. Dans ce contexte, les festivals de courts-métrages font, entre autres, partie de la solution. Nous en avons plus besoin que jamais. Surtout s’ils incitent le jeune public à se rendre au cinéma pour y découvrir autre chose que des productions Marvel.

Et que dire de l’économie du court métrage et de son financement relativement à part du modèle de production et de diffusion traditionnel ?

C’est une économie fragile mais qui s’appuie néanmoins sur des acteurs solides comme les chaines de télévision et surtout les régions qui tiennent à aider les talents émergents sur leur territoire. Sans oublier le fonds de soutien du CNC qui permet aux sociétés de production de conserver une trésorerie suffisante pour investir dans ces projets à part. Il est rassurant que cette institution conserve une partie de sa mission de service public alors que le rapport Boutonnat incite à investir davantage dans des films d’ampleur à vocation internationale plutôt que dans les films du milieu qui se raréfient de plus en plus. Le fait que les courts métrages ne bénéficient pas d’une exploitation suffisante, en dehors de leur diffusion en festival, leur confère un aspect « underground ». Mais la musique « underground » a permis de révéler des musiciens très prometteurs. Le court métrage est un laboratoire qui laisse entrevoir une nouvelle forme de création qui, par la suite, va peu à peu irriguer des formats plus « mainstream ».