Orange se prépare à vendre OCS

9 février 2022
Avec l’arrivée prochaine de Christel Heydemann à la tête d’Orange et le lancement futur d’HBO Max en France, l'avenir d’OCS au sein de l’opérateur est incertain. Selon nos informations, une vente du bouquet de chaînes payantes est le scénario privilégié, mais le dossier reste complexe.
House of the Dragon

C’est l’un des dossiers qui traîne sur le bureau de Stéphane Richard, le PDG d’Orange sur le départ, depuis plusieurs mois : l’avenir d’OCS. Le service, à la fois bouquet de chaînes cinéma et plateforme de streaming, cumule 3 millions d’abonnés répartis chez tous les opérateurs, un chiffre stable ces dernières années. Mais il n’a jamais gagné d’argent. En 2020, OCS a perdu 33 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 119 millions. Des chiffres proches de ceux de l’année 2019.

Et surtout, OCS va prochainement perdre un de ses atouts, grâce auquel elle a bâti sa notoriété : le catalogue de la chaîne HBO, avec ses séries phares comme Game of Thrones, Succession ou Euphoria. Sa maison-mère WarnerMedia prévoit de lancer la plateforme HBO Max en France et constitue déjà une équipe pour développer des contenus originaux dans l’hexagone.

Alors que la nouvelle directrice générale d’Orange, Christel Heydemann, récemment nommée, doit prendre ses fonctions le 4 avril prochain, l’opérateur est, à l’heure actuelle et selon nos informations, décidé à vendre le bouquet. L’enjeu pour la nouvelle dirigeante sera de faire remonter un cours de bourse atone depuis plusieurs années. Même s’il représente une goutte d’eau dans le chiffre d’affaires global du groupe, qui dépasse les 40 milliards d’euros annuels, la vente d’un actif non rentable comme OCS pourrait envoyer un signal aux marchés.

Le dossier est complexe. En plus de la mauvaise santé financière du service, OCS a quelques contraintes. D’abord, des obligations de financement du cinéma français, qui s’élèvent à une vingtaine de millions d’euros par an. Le service devrait d’ailleurs re-signer avec la filière cinéma dans le cadre de la nouvelle chronologie des médias. Ensuite, Orange n’est pas le seul actionnaire, puisque Canal+ possède 33% du bouquet.

Canal+ et Mediawan parmi les repreneurs potentiels

Vivendi, maison mère de Canal+, apparaît par conséquent comme le repreneur désigné. Le groupe distribue déjà OCS au sein de ses offres, et il pourrait ainsi faire grossir son parc d’abonnés directs, pour affirmer encore plus sa place de diffuseur incontournable du cinéma en première fenêtre. De quoi faire un pas de plus vers le statut de géant européen des contenus auquel le groupe prétend. Vivendi est par ailleurs actionnaire à hauteur de 32,9% de Banijay, leader mondial de la production audiovisuelle.

L’autre acheteur pourrait être Mediawan. Soutenu par le fonds KKR, le groupe de production créé par Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, édite déjà quelques chaînes thématiques et regarderait de près le dossier Gulli. Il pourrait chercher à s’étendre encore plus dans la diffusion. Reste à savoir comment le groupe contrôlé en partie par Xavier Niel pourrait cohabiter avec Vincent Bolloré, l’actionnaire de référence de Canal+.

D’autres hypothèses, peut être moins évidentes, pourraient voir un autre acteur s’emparer du bouquet. Il y a d’abord le producteur Pascal Breton qui, avec Federation Entertainment, ne cache pas son ambition de devenir un leader européen de l’audiovisuel. Son groupe ne s’est toutefois pas aventuré en dehors de la production, pour l’instant. On peut également penser à Marc Ladreit de Lacharrière qui, à travers son groupe Webedia, est déjà présent dans la production et possède plusieurs médias web très puissants, dont Allociné.

Avec ou sans Orange Studio ?

Se pose aussi la question du périmètre de la vente. OCS fait partie d’Orange Content, qui comprend aussi Orange Studio, qui appartient à 100% à l’opérateur. La filiale produit, distribue et vend à l’international des films et séries. Orange pourrait décider de sortir entièrement du secteur du cinéma et de l’audiovisuel, ou bien il pourrait garder Orange Studio pour signaler qu’il soutient toujours la filière, comme il le fait en tant que partenaire du Festival de Cannes ou de l’Institut Lumière.

A moins qu’Orange préfère temporiser. Après tout, les 30 millions de pertes annuelles d’OCS ne représentent qu’une goutte d’eau face aux 5 milliards de bénéfices nets de l’opérateur. Christian Bombrun, l’ancien patron d’Orange Content, avait annoncé il y a presque un an un projet pour un nouvel OCS, qui devait être présenté fin 2021. Le dirigeant a depuis quitté le groupe pour rejoindre la campagne d’Emmanuel Macron. La piste d'une transformation du bouquet de chaînes en plateforme SVOD, un temps évoquée, a été rapidement écartée au profit de la poursuite d’une offre premium, dont la concrétisation aura lieu ce mercredi avec la signature d’un accord de 3 ans garantissant le modèle actuel linéaire du service.

Enfin, dernière hypothèse, HBO pourrait décider de prolonger sur une courte durée son accord avec OCS. Celui-ci rapporterait au groupe WarnerMedia autour de 40 millions d’euros par an, une manne pas insignifiante. Difficile cependant pour le géant américain de lancer sa plateforme HBO Max sans proposer l’intégralité du catalogue HBO. Et le petit bouquet français ne pèse pas grand chose face à la stratégie mondiale de WarnerMedia.

Image : La série HBO House of the Dragon, spin-off de Game of Thrones, diffusée sur OCS en 2022.