The Jokers renouvelle le cinéma de genre français

7 février 2022
La société de Manuel Chiche présentait le premier long métrage d’Arnaud Malherbe, Ogre, au dernier Festival du Film Fantastique de Gérardmer.
Ogre

Après le triomphe de Parasite, The Jokers a poursuivi son accompagnement du cinéma de genre international mais s’est également recentré vers le cinéma hexagonal en produisant les oeuvres de jeunes auteurs français, toutes porteuses d’une promesse d’un renouvellement du cinéma de genre à la française. Deux d’entre eux ont brillé lors de l’édition en ligne du Festival du Film Fantastique de Gérardmer en janvier 2021 : La Nuée, de Just Philippot (Prix du Public – Prix de la Critique) et Teddy, de Zoran et Ludovic Boukherma (Prix du Jury – Prix du Jury Jeunes). Pour son retour dans les montagnes vosgiennes en janvier dernier, la nouvelle édition du Festival Fantastique accueillait en compétition officielle la nouvelle pépite française de The Jokers, Ogre, premier long métrage fantastique d’Arnaud Malherbe qui, comme son titre l’indique, se réapproprie l’une des grandes figures du cinéma fantastique. De la même manière que La Nuée se réappropriait les codes des films d’invasion animale, comme Les Oiseaux, ou que Teddy réinventait le film de loup-garou. Tout en s’inscrivant dans une réalité sociale locale qui les démarquent du cinéma américain. La clé pour créer un cinéma de genre français ? « Le dénominateur commun de ces films, c’est qu’ils s’inscrivent dans notre culture, tout en abordant des thématiques universelles, explique Arnaud Malherbe. La Nuée évoque les conséquences de la surproduction agricole. Teddy témoigne des effets néfastes de l’exclusion. Pour ma part, ce qui m’intéressait, c’était d’aborder la question de l’abandon des territoires ruraux. Si on oublie une partie de la population, alors celle-ci risque de peu à peu sombrer dans l’obscurité ».

Le mélange des genres, un risque pour les investisseurs

Ogre a dû se contenter d’un budget restreint de 2,5 millions d’euros. Les inconvénients d’un premier long métrage ? D’un premier long métrage de genre ? Ou de mélanger les genres ? Une expérience vécue par Zoran et Ludovic Boukherma, également présents au Festival de Gérardmer en tant que présidents du jury court métrage : « Ce n’est pas tant le genre qui peut faire peur aux investisseurs. Surtout depuis le succès de Grave, de Julia Ducournau, qui a décomplexé bon nombre de producteurs et de diffuseurs. Ce qui est problématique, c’est de mélanger les genres comme nous l’avons fait avec Teddy qui était à la fois un film d’horreur, une comédie, un drame et un film social. Cet aspect hybride nous a desservi, notamment lors de notre audition devant la commission d’avances sur recettes du CNC dédiée au cinéma de genre. Certains financiers aiment inscrire les films dans des cases précises. À l’inverse, de nombreux acteurs, comme Canal+, sont sensibles à cette démarche. Et heureusement car c’est elle qui donne une identité propre au cinéma de genre français ».

Attendu dans les salles pour le 20 avril, Ogre devrait bénéficier d’une campagne et d’un plan de sortie dignes de son ambition artistique. « Le film assume sa dimension spectaculaire. Ce qui nous permet de viser un large public, y compris les familles, témoigne Vincent Courtade, directeur marketing de The Jokers. Nous souhaitons sortir le film principalement dans les circuits. Notre promotion s’axera sur la mise en avant d’un univers visuel très influencé par les film de Juan Antonio Bayona ou Guillermo del Toro qui ont nourri le cinéma populaire fantastique des dernières années ». Après quoi, The Jokers préparera la sortie de son film français événement de cet été, L’année du requin, attendu pour le 20 juillet et signé par les auteurs de Teddy. Après le loup-garou, les frères Boukherma s’attaque donc ici à une autre figure emblématique du cinéma fantastique : le requin. De bon augure pour le cinéma de genre français qui semble repousser ses limites.