Fipadoc 2022 : Rencontre avec Hervé Rony (Scam)

12 janvier 2022
Lors du 4e Fipadoc, la Scam aura une riche actualité. Tour d'horizon avec son directeur général, qui évoque aussi plusieurs dossiers.
Herve Rony

Partenaire indéfectible du Fipadoc, la Société civile des auteurs multimedia (Scam) aura de nouveau une riche actualité lors de cette 4e édition, qui se tiendra à Biarritz du 17 au 23 janvier. Tour d’horizon avec Hervé Rony, son directeur général, qui évoque aussi plusieurs dossiers.

Quels seront les temps forts de la Scam lors de ce 4e Fipadoc ?

Ils seront nombreux. Tout d’abord, avec la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), nous organiserons notre traditionnel débat. Il aura lieu le 21 janvier, de 11 h à 13 h [à l’Espace Bellevue, où se déroulent les Journées professionnelles, Ndlr], et aura pour titre « Ne tirez pas sur l’audiovisuel public ! ». C’est un sujet qui nous paraît fondamental, surtout à l’heure où des candidats à l’élection présidentielle remettent en cause l’audiovisuel public. Nous sommes inquiets pour son avenir, et nous appelons à un maintien de son périmètre et à un renforcement de son financement, et donc à une réforme de la redevance. En octobre 2021, le gouvernement a demandé à l’Inspection générale des finances (IGF) et à l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) de travailler sur cette réforme, et il est dommage que cette demande soit arrivée en fin de quinquennat [les conclusions de l’IGF et de l’IGAC seront rendues en avril 2022]. A ce jour, les dirigeants de l’audiovisuel public n’ont aucune perspective au-delà de 2023… Également le 21 janvier, de 14 h 45 à 16 h 15, nous proposerons une table ronde autour d’un de nos dossiers majeurs, « Territoires et création ». A cette occasion, nous échangerons avec des directeurs exécutifs de régions sur leur soutien au documentaire. En parallèle, des rencontres individuelles seront proposées aux auteurs autour de notre dispositif « Brouillon d’un rêve » [le 20 janvier, de 14 h à 18 h], des membres de la Scam participeront à d’autres temps forts des Journées professionnelles, et nous accompagnerons sous diverses formes la sélection du Festival.

L’un des moments clés de cette édition sera aussi la signature de la charte tripartite sur les bonnes pratiques documentaires. Elle sera ratifiée, le 19 janvier à 18 h 15, par les syndicats de producteurs – le Syndicat des producteurs indépendants (SPI), l’Union syndicale de la production audiovisuelle (Uspa), le Syndicat des agences de presse audiovisuelles (Satev), le Syndicat des producteurs créateurs de programmes audiovisuels (Spect) – ; les organisations représentant les auteurs et les réalisateurs – la Scam, la Guilde des auteurs-réalisateurs de reportages et de documentaires (Garrd), La Boucle documentaire ; et France Télévisions. Quelles avancées marque-t-elle ?

Elle permet d’améliorer les relations entre les auteurs, les producteurs et France Télévisions sur de multiples points. Parmi ceux-ci, il y a le fait que, dorénavant, lorsque France Télévisions prendra une option sur un projet de film, un contrat sera conclu avec l’auteur dès cet instant et il obtiendra donc une rémunération. Par ailleurs, si France Télévisions demande une ou plusieurs fois à ce que le montage soit retravaillé, cette ou ces demande(s) devront aussi impliquer une rémunération. En outre, s’il y a un désaccord entre les trois parties autour de ce qu’est le film, ce désaccord devra conduire à des discussions sereines afin de le résoudre. Le but est de se débarrasser de toute tension et que toutes les phases du travail de l’auteur soient rémunérées. Un comité de suivi autour de l’application de la charte sera mis en place. Nous espérons pouvoir engager de telles réflexions avec Arte.

Ce 4e Fipadoc arrive après une fin d’année 2021 difficile pour le secteur du documentaire. Début décembre, le CSA [qui a fusionné le 1er janvier 2022 avec l’Hadopi pour devenir l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique – Arcom] a signé des conventions avec les plateformes. Elles intègrent ces dernières dans l’écosystème du financement de la création française. Toutefois, les minima d’obligation d’investissement dans le genre documentaire sont dérisoires. Que faire ?

Si on pouvait se satisfaire que le CSA avait acté l’intégration des plateformes dans notre écosystème, il est évidemment très décevant de voir les obligations d’investissement qui ont été retenues pour le documentaire. Si on prend le cas de Netflix, c’est minimum 0,6 % de sa contribution aux oeuvres audiovisuelles qui doit être consacrée au genre. Netflix accompagnait déjà peu d’œuvres documentaires, mais là, on l’incite à en soutenir encore moins ! Tout cela est aberrant d’autant plus que, dans notre monde de plus en plus complexe, le public recherche des réponses dans le documentaire. Le CSA n’a pas laissé assez de temps aux acteurs français du secteur dans leurs discussions avec Netflix, Amazon ou encore Disney+. Nous ne demandons pas à Netflix et aux autres plateformes d’être un France Télévisions ou un Arte bis, mais ces pourcentages, je le redis, sont beaucoup trop faibles. A présent, il faut que nous tous, auteurs et producteurs, initions des concertations interprofessionnelles avec ces plateformes pour parvenir à un accord qui améliore le cadre fixé par les conventions. Il est hors de question d’en rester là.

Alors que la pandémie perdure, quelle est la situation des auteurs aujourd’hui ?

On peut dire que l’activité est assez bien repartie. On reçoit moins de dossiers de demande de soutien en urgence, mais nous maintenons nos aides pour les auteurs en difficulté. Et si l’activité a redémarré, il faut quand même souligner que tout est loin d’être simple. Les auteurs composent avec la crise sanitaire, doivent renoncer à certains projets. Et c’est toujours très compliqué de réaliser un film en immersion.

Depuis quelques années, la Scam s’est attaquée à la problématique de la diffusion du long métrage documentaire en salles. Vous comptez accélérer vos actions dans ce domaine…

En effet, en juin dernier, au sein du conseil d’administration, dans le répertoire audiovisuel, nous avons intégré un représentant cinéma, fonction qui est occupée par Pierre Carles. Et nous avons un groupe de travail dédié. En parallèle, nous avons solidifié nos liens avec La Boucle documentaire. Nous collaborons aussi avec la Société des réalisateurs de films (SRF). Les longs métrages documentaires nous tiennent à cœur car, on constate, en festivals ou en salles, qu’il y a un appétit du public pour les voir et qu’ils suscitent des débats auxquels les spectateurs aiment participer. A l’heure où l’on observe un difficile retour à la normale de la fréquentation en salles, le documentaire peut contribuer à la revitalisation du réseau des cinémas indépendants.

Dates clés d’Hervé Rony

1986 : chargé de mission dans les services du Premier ministre

1987-1990 : chargé de mission à la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL)-CSA

1990-1991 : directeur général du réseau FM Maxximum

1992-1994 : conseiller de la direction générale de RTL

1995 : directeur général du Syndicat national de l’édition phonographique (Snep)

Depuis 2010 : directeur général de la Société civile des auteurs multimedia (Scam)

Copyright photo : Benjamin Géminel_Hans Lucas