Canal+ et les organisations du cinéma s’engagent sur un nouvel accord

Il y a 2 mois
C'était attendu et espéré depuis des mois. Le Groupe Canal+ et l'ensemble des acteurs de la filière cinéma renouvellent leur collaboration.

C’est l’accord que toute la filière attendait depuis des mois. Un texte qui devrait faciliter l’adoption d’une nouvelle chronologie des médias pour l’année 2022. Ce jeudi 3 novembre, Canal+ annonce avoir signé avec les représentants de l’industrie cinématographique – le Bureau de liaison de l’industrie cinématographique (Blic), le Bureau de liaison des organisations du cinéma (Bloc) et L’ARP (la Société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs) – pour préserver sa place de principal financeur et diffuseur du cinéma français. La nouveauté la plus importante : la chaîne cryptée pourra désormais diffuser des long métrages six mois après leur sortie en salle, contre huit mois aujourd’hui, et obtient une fenêtre exclusive de neuf mois.

Cela veut dire que les plates-formes de SVàD ne pourront proposer ces films que 15 mois après leur sortie. En échange de ce délai resserré, Canal+ distribuera autour de 200 M€ par an pendant trois ans, reconductible tacitement. Il s’agit là d’un montant forfaitaire, indépendant des performances économiques de la chaîne et du nombre d’abonnés, qui n’inclut pas la part des chaînes gratuites du groupe, ni les investissements de Studiocanal. Le choix d’un montant forfaitaire plutôt qu’indexé sur les résultats empêche tout contentieux sur le mode de calcul, comme celui réglé par Canal+ et la CSA et 2020, portant sur les années 2017 à 2019. Jusqu’à présent, Canal+ avait l’obligation de consacrer au cinéma français une somme équivalente à 12,5% de son chiffre d’affaires, soit autour de 160 M€ par an.

Une nouvelle chaîne pour proposer le meilleur du cinéma

« Notre conviction, c’est que le cinéma français est un produit de qualité pour nos abonnés. Il fait partie de notre ADN. Notre amour du cinéma n’a jamais été remis en question », indique la chaîne cryptée. « Notre inquiétude portait davantage sur la réforme globale du financement du cinéma et de la chronologie des médias. Avec une question essentielle : « comment insérer les plates-formes dans ce financement et cette chronologie ? ». Cela bouscule des équilibres dores et déjà chahutés par la crise. Nous avons donc procédé à des arbitrages pour comprendre comment notre financement pouvait nous sécuriser et dans quelle perspective de chronologie nous allions nous inscrire. C’est ce qui explique pourquoi les négociations ont été si longues. Nous avons beaucoup échangé avec les professionnels et les pouvoirs publics pour imaginer dans quel écosystème, dans quelle temporalité et dans quelle chronologie, les investissements de Canal et de Ciné+ allaient s’inscrire. Dès lors que ces garanties étaient actées, nous ne pouvions que renouveler nos investissements de manière massive. »

La politique éditoriale du groupe restera la même avec un soutien adressé à toutes les typologies de cinémas, aux auteurs confirmés à ceux qui émergent. Une nouvelle chaîne, Canal+ Grand écran, viendra également renforcer l’offre : « Notre constat était que les abonnés de Canal+ n’avaient pas accès à des films de catalogue dès lors qu’ils n’étaient pas abonnés au bouquet Ciné+. Or il y a une vraie appétence pour les films classiques que l’on ne proposait pas dans l’offre Canal+. Cette chaîne mettra en avant des films de catalogues très qualitatifs pour proposer le meilleur du cinéma. Elle s’adressera à un public jeune qui découvrira les films les plus incontournables de l’histoire du cinéma.»

Des professionnels très enthousiastes

« C’est une excellente nouvelle, on a bu le champagne« , se félicite Edouard Mauriat, président du SPI (Syndicat des producteurs indépendants) , membre du Bloc. L’accord signé va en réalité au-delà des obligations définies par les projets de décrets TNT et CabSat. « C’est le plus grand accord signé entre Canal+ et la filière« , affirme le producteur.Il s’agit donc d’une fin heureuse, alors que la filiale de Vivendi menaçait il y a quelques jours de réduire drastiquement ses investissements en séparant ses contenus sports et fiction dans deux offres distinctes. « Cet accord leur permet de montrer leur différence avec Netflix, de se placer comme diffuseur de cinéma avant tout, avance Edouard Mauriat. Est-ce que Canal+ aurait été prêt à perdre leur spécificité et à devenir une simple plate-forme audiovisuelle ?« 

Si cet accord est une étape importante sur le chemin de la nouvelle chronologie des médias, il reste toutefois des points d’achoppement, notamment la demande des chaînes gratuites de bénéficier d’une fenêtre étanche de diffusion. Cela signifierait que les films quitteraient les plates-formes SVàD au moment d’être diffusés sur les chaînes en clair. Du côté de ces dernières, on revendique en coulisse une « extrême vigilance » dans l’attente des arbitrages définitifs du texte final, tout en soulignant l’importance d’avoir un dispositif « qui préserve l’étanchéité des fenêtres, d’autant que les plates-formes bénéficient désormais d’un avantage compétitif majeur » .

Les signataires, de leur côté, appellent de leur vœux « l’adoption de la chronologie des médias proposée par les organisations du cinéma et un aménagement de la réglementation par les pouvoirs publics pour que cet accord entre en vigueur le plus vite possible et sécurise de façon pérenne le financement de la filière » .