« Adieu Monsieur Haffmann » envers et contre tout

Il y a 2 mois
Récemment présenté aux festivals de Sarlat et de Pessac, le nouveau film de Fred Cavayé s’est heurté violemment à la crise sanitaire dont il est finalement sorti renforcé.
Monsieur Haffmann

Après s’être initié au thriller avec Pour elle, À bout portant et Mea Culpa, puis s’être essayé à la comédie avec Radin et Le Jeu, Fred Cavayé se frotte désormais au film d’époque avec Adieu Monsieur Haffmann. Le cinéaste adapte ici la pièce de théâtre éponyme de Jean-Philippe Daguerre. L’histoire se déroule à Paris, pendant l’occupation allemande, en 1941. Monsieur Haffmann, joaillier talentueux incarné par Daniel Auteuil, est contraint de fuir la capitale alors que le danger grandit pour les personnes de confession juive. Il décide de céder sa boutique à son employé, François Mercier (Gilles Lellouche), qui s’y installe avec son épouse (Sara Giraudeau). Contraint de renoncer à quitter Paris, Monsieur Haffmann se cache dans la cave de son ancienne bijouterie. Lui et Mercier ne tardent pas à conclure un pacte qui bouleversera à jamais le destin des trois personnages.

C’est au Festival d’Avignon que Vanessa Djian découvre la pièce de théâtre originale. Frappée par la force du récit, la productrice et fondatrice de Daï Daï Films souhaite en proposer l’adaptation à Fred Cavayé tant elle sent que le réalisateur pourra apporter au film la dimension nerveuse et tendue de son cinéma : « Fred Cavayé souhaitait concevoir Adieu Monsieur Haffmann comme un thriller contemporain qui se déroulerait dans une arène de film d’époque mais avec des personnages modernes. Il a procédé à une adaptation importante du texte original en s’intéressant particulièrement au personnage incarné par Gilles Lellouche qui, en raison des circonstances dramatiques de l’occupation, va peu à peu se pervertir. C’est un cinéaste qui aime relever des challenges et se frotter à des choses qu’il n’a jamais abordées précédemment. C’est ce qui fait la singularité de son cinéma. Il n’a pas d’étiquette ».

Un film impacté mais renforcé par la crise

Pour mener à bien ce projet, Vanessa Djian convainc Philippe Rousselet (Vendôme Production) d’acheter les droits de la pièce et de devenir producteur majoritaire du film. La dirigeante de Daï Daï Films occupe quant à elle une place de coproductrice et une fonction de productrice exécutive lui permettant de suivre tout le développement du long métrage. Produit pour 10,3 millions d’euros, le film reçoit le soutien de Pathé, en charge de la distribution et des ventes internationales qu’il partage avec Orange Studio, ainsi que de France 2 Cinéma et d’OCS. Se déroulant principalement dans les studios de Bry sur Marne et à Montmartre où toute une rue est remise au goût des années 40, le tournage ne va pas tarder à être l’un des plus impactés par la pandémie. Alors qu’il reste deux semaines de prises de vues à boucler, la production est suspendue jusqu’à nouvel ordre.

Le réalisateur procède alors à une réécriture du scénario afin de limiter la figuration. En effet, une séquence de rafle nécessitant plus de 200 figurants devait encore être tournée. « Fred Cavayé disposait déjà de nombreuses rushs et a pu préparer son montage durant le confinement. Ce qui nous a aidé pour la reprise car il savait quelle décision prendre afin de réinventer le film et évoquer les horreurs de la guerre sans pour autant les montrer puisque nous ne pouvions plus tourner ce genre de scène. Cette crise a radicalisé ses choix de mise en scène. Au final, le récit et le film en sont sortis renforcés ». Et cela, malgré le fait que, contrainte de mettre en place le protocole sanitaire pour la reprise, la production a enregistré des coûts supplémentaires d’environ un demi-million d’euros.

Récemment présenté au Festival de Sarlat, où il a remporté la Salamandre d’Or et le prix de la meilleure actrice, puis au Festival du Film d’Histoire de Pessac, Adieu Monsieur Haffmann sortira dans les salles françaises le 12 janvier.