Babel Films, une voix pour le Québec

9 novembre 2021
Primée à Canneseries, la société montréalaise illustre avec ses fictions sociales le dynamisme de la production québécoise.

La série réaliste québecoise a le vent en poupe. Après Dominos de Zoé Pelchat lors de sa première édition, Canneseries vient une nouvelle fois d’honorer la production locale avec Je voudrais qu’on m’efface (8×20′), déjà récompensée à plusieurs reprises sur son territoire d’origine. Adaptée du roman éponyme d’Anaïs Barbeau-Lavalette, la série décrit la vie quotidienne de trois adolescents à Saint-Michel, l’un des quartiers les plus densément peuplés et défavorisés de Montréal. Une série coup de poing évitant intelligemment le misérabilisme, récompensée à travers l’interprétation de l’un de ses trois personnages principaux, le jeune Malik Gervais-Aubourg, qui s’est vu décerner le Prix de la révélation. Un trophée venu compléter la sélection en finale des Diversity awards du dernier Mipcom de Six degrés (Encore Télévision), qui raconte l’histoire d’un jeune malvoyant, et de L’effet secondaire (Zone 3), sur la vie quotidienne dans un collège montréalais.

Je voudrais qu’on m’efface est produite par la société montréalaise Babel Films, cofondée en 2008 par Eric Piccoli (Ecrivain public, diffusée notamment sur TV5 Monde), également réalisateur et coscénariste de la série avec Florence Lafond. « J’aime par dessus tout les histoires sociales, évoquer les injustices de notre société, confie ce dernier. Cela peut sembler lourd mais si la télévision ou le cinéma ne s’intéresse pas à ces histoires, qui le fera ? Je voudrais qu’on m’efface pose une question essentielle : l’environnement dans lequel on grandit définit-il ce que nous sommes ? Est-on condamné à reproduire inévitablement ce que l’on a connu ? » Diffusée sur la plateforme publique ICI tou.tv, la fiction rencontre un grand écho dans la province. « C’est un côté du Québec et de Montréal que l’on ne raconte presque jamais, loin des clichés, reprend Eric Piccoli. Ces enfants de 14-15 ans qui doivent remplacer les parents et se comporter en adultes, garder leurs frères et sœurs ou trouver de la nourriture… Nous ne faisons pas que de l’humour au Québec, comme semblaient le croire tous les Français que je croisais il y a encore quelques années ! »

Une capacité d’adaptation qui porte ses fruits

Longtemps refermée sur elle-même en raison de son encerclement dans un univers très majoritairement anglo-saxon, la fiction québecoise tire désormais profit de la numérisation des contenus et d’une demande croissante en fictions venues du monde entier pour se faire une place à l’international. Les histoires locales débarquent en France sous forme d’adaptations (Fugueuse, adaptée pour TF1 avec Sylvie Testud et Michael Youn) ou d’acquisitions, à l’image de C’est comme ça que je t’aime (10×43′, Productions Casablanca), achetée par Salto. « La langue ne devient plus un problème et c’est une formidable source d’opportunités », se réjouit Eric Piccoli en citant les succès Dark ou Squid game, qui ont explosé sur Netflix sans que l’emploi des langues allemande ou coréenne ne pose problème. Reste un accent parfois difficile à comprendre pour le marché français, mais qui donne tout son cachet à la production québecoise : « c’est pareil de notre côté, analyse le producteur réalisateur. Je n’ai pas tout compris à l’argot utilisé dans le film de Ladj Ly Les Misérables, mais cela ne m’a pas empêché d’adorer son propos. » Avec son budget de 300 000 euros, Je voudrais qu’on m’efface illustre enfin la capacité de la production québécoise, moins aidée au niveau national que les fictions en langue anglaise, à travailler avec des moyens réduits. Une adaptabilité qui porte aujourd’hui ses fruits. Côté projets, en plus d’un long métrage en gestation pour le cinéma, Babel Films développe une saison 2 de Je voudrais qu’on m’efface, la prochaine série courte de Zoé Pelchat, intitulée Pam, et enfin une série adaptée du roman de Jean-Simon DesRochers, La Canicule des pauvres (10×60′).

Eric Piccoli sur le tournage de « Je voudrais qu’on m’efface »