Alain Attal : « Faire des films pour les plateformes ne doit pas être une solution à un problème financier »

Il y a 1 mois
Le producteur évoque la production express du nouveau film de Guillaume Canet, Lui, tout en revenant sur l’aventure Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu dont le tournage vient de s’achever. Le dirigeant de Trésor Films témoigne également de sa volonté de produire des films pour et avec les plateformes.

Lui a été écrit par Guillaume Canet lors du premier confinement alors que vous étiez tous les deux en préparation du prochain Astérix. Pouvez-vous nous raconter cette période particulière ?

On ignorait comment le confinement allait évoluer et quand nous pourrions reprendre la préparation d’Astérix. Nous étions censés tourner en juin 2020. Mais compte tenu des enjeux colossaux qu’un tel film représente et de l’incertitude qui planait, nous avons pris la décision de reporter le tournage au mois d’avril 2021. Dès lors, Guillaume Canet a profité du confinement pour écrire cette nouvelle histoire. J’étais un peu perplexe car nous étions au début de l’été et devions reprendre la préparation d’Astérix à l’automne 2020. Le film est assez singulier, avec peu de personnages, dans un lieu isolé. Il fallait donc tourner avec peu de moyens. Ce qui impliquait un tournage rapide qui n’a duré que 4 semaines avec une équipe en raison du protocole anti-covid. Les coûts ont été réduits dans tous les départements techniques sans négliger pour autant l’aspect artistique, en tournant en Scope et avec des acteurs connus.

De quel budget avez-vous bénéficié et avec quels partenaires ?

Le budget a totalisé 5 millions d’euros et nous avons réussi à bénéficier du soutien des mêmes partenaires que ceux du film Astérix. Ce qui est très étonnant car Lui n’est pas un film d’entertainment. En lisant le script, Pathé, Canal+, Ciné+ et TF1 ont accepté de participer à ce projet avec la garantie d’un tournage au budget maîtrisé.

Difficile de ne pas vous interroger sur le prochain Astérix. Comment avez-vous abordé une pareille franchise ?

C’est le 5ème film d’une saga un peu fatiguée. Guillaume Canet a souhaité remettre le duo Astérix et Obélix au centre de l’histoire. Nous souhaitons aussi apporter une dimension spectaculaire et épique qui fasse référence au cinéma asiatique et américain, de Braveheart à Tigre et Dragon en passant par Game of Thrones. Des séquences de grandes batailles ont été tournées dans des plaines à perte de vue avec des centaines de figurants. La première version du montage n’est pas achevée mais la plupart des séquences sont montées. Il reste encore énormément de travail. Notamment sur les effets spéciaux qui sont loin d’être finalisés. Pour l’instant, le résultat semble très enthousiasmant. Le duo marche formidablement bien. Ce sont nos deux super héros français. Nos Avengers.

L’histoire inédite de ce 5ème opus est censée se dérouler en Chine. Or, les autorités chinoises ne vous ont pas autorisé à tourner sur leur territoire. Comment vous êtes-vous adaptés à cette situation ?

Tout a été tenté pour les convaincre. On s’est heurté à une forme de résistance liée à l’histoire du film. Il est impossible de bénéficier d’une coproduction chinoise avec un scénario où César envahit la Chine. Idéologiquement, pour eux, ce n’est pas concevable. Ils aimaient le travail de Guillaume Canet et le casting, mais voulaient  modifier l’histoire. Nous avons préféré renoncer à collaborer avec eux. Le film a été presque intégralement tourné en France. Ce dont je suis fier. On ne répète jamais assez à quel point l’industrie cinématographique française est exceptionnelle. Nous avons fait appel à tous les corps de métier, aux plus grands techniciens, aux plus grands créateurs de costumes, de sculptures, de décoration, de lumière et d’effets spéciaux. Nous avons même reconstruit des rues entières de Shanghai et réalisé un film digne des plus grands studios américains avec un budget de plus de 60 millions d’euros.

Quels sont vos autres projets ?

Je viens d’entamer une nouvelle collaboration avec deux auteurs. Tout d’abord Éric Lartigau, avec un long métrage qui s’intitule Cet été là dont le tournage vient d’être achevé. Je vais également produire le prochain film de Pierre Schoeler, qui retrouve un cinéma proche de L’exercice de l’État en parlant de la vie et des doutes de deux ingénieurs nucléaires.

Pourquoi avez-vous vendu Comment je suis devenu super héros à Netflix et pensez-vous entamé prochainement de nouvelles collaborations avec la plateforme ?

Le film a eu un parcours compliqué. Sa sortie en salles a été décalée à quatre reprises. Quand la dernière sortie a été annulée, il fallait passer à autre chose. Les équipes de Netflix étaient sur les rangs depuis longtemps. Effectivement, je pense produire des films directement pour Netflix très prochainement. Sans pour autant renoncer à la salle. Je réfléchis régulièrement à la manière de travailler avec les plateformes en conservant mon rôle de producteur. Faire des films pour les plateformes ne doit pas être une solution à un problème financier. Il faut que le film soit pensé pour ce mode de diffusion. Mais il ne faut pas diaboliser les plateformes comme nous avons diabolisé la télé. Alors qu’aujourd’hui, des réalisateurs de cinéma font des séries et des acteurs de séries jouent dans des films de cinéma.