Cannes 2021 : Rencontre avec Céline Sallette

15 juillet 2021
La comédienne présente son premier court métrage, L’arche des canopées, au Festival de Cannes dans le cadre des Talents Adami. Elle nous confie ce premier passage à la réalisation et évoque son premier long métrage en cours de production.

Pouvez-vous nous rappeler le concept des Talents Adami et comment vous avez été amené à intervenir dans ce dispositif ?

L’Adami a pour principe de faire émerger de nouveaux talents en sélectionnant de jeunes acteurs pour qu’ils puissent tourner dans un premier court métrage et ainsi bénéficier d’une première expérience. C’est une démarche très noble car lorsque l’on commence sa carrière d’acteurs, le plus difficile reste d’obtenir un premier rôle. Dès lors qu’on en a eu un et que le public et les professionnels vous ont vu à l’écran dans un certain registre, tout peut s’enchaîner de manière positive. Vous faites davantage de rencontres et pouvez avoir de meilleures propositions. Mais d’une manière générale, on ne donne qu’à ceux qui ont déjà fait quelque chose. Ce qui est paradoxal et qui n’est pas propre qu’au cinéma. Combien de responsables des relations humaines demandent à de jeunes diplômés un minimum de deux ans d’expérience pour être embauché ? Mais si personne ne leur offre cette première expérience…

L’autre principe majeur de l’Adami consiste à demander à des acteurs plus expérimentés de réaliser un court métrage pour pouvoir diriger ces jeunes comédiens et leur transmettre quelque chose. La thématique qui nous était imposé était l’île de la Réunion où nous devions tourner. J’ai été contacté par l’une des sociétés coproductrices Fuldawa et j’ai été séduite par cette proposition qui arrivait à point nommé car je développe un premier long métrage depuis deux ans. Réaliser un court métrage au préalable ne pouvait que me permettre de gagner en expérience.

Que pouvez vous nous dire sur votre long métrage ?

C’est un projet que je coécris avec Samuel Doux sur Niki de Saint Phalle, une artiste franco américaine qui a explosé dans les années 60 et qui a eu un parcours de résilience extrêmement fort. Je voulais raconter comment elle était devenue cette grande artiste internationale. Le film est produit par David Gauquier via Cinéfrance Studio et par Jalil Lespert.

Pour en revenir à votre court métrage, L’arche des canopées, vous avez choisi d’aborder frontalement la question de l’écologie. Une thématique très présente cette année à Cannes, notamment via la sélection pour le climat. Que vous inspire une telle démarche et pourquoi avoir orienté votre film dans cette même direction ?

C’est ce genre de démarche collective qui nous permettra de changer les choses. Le cinéma sert à nous raconter. Il fait partie des meilleurs outils qui soient pour nous inciter au changement. Concernant mon court métrage, je tenais à ce qu’il aborde frontalement la question de l’urgence climatique qui est plus que jamais d’actualité. Je voulais participer à ce mouvement qui fait émerger les consciences. L’idée était aussi de faire une chronique car le format court incite difficilement à créer des événements. Je l’ai aussi conçu comme un huit clos afin de limiter les contraintes budgétaires puisque nous avons tourné trois jours en décor unique.

Vous êtes membre du Collectif 50 – 50. En quoi consiste votre engagement ?

Mon action est davantage symbolique que concrète car je ne siège pas aux assemblées. Mais j’ai conscience, en tant que femme, que les outils de libération dont nous disposons sont nos outils propres. Quand j’écrit et réalise mon premier film autour d’une grande artiste comme Niki de Saint Phalle, j’estime m’inscrire dans les combats portés par le collectif 50-50. C’est aussi le cas pour ma carrière d’actrice où je prends le temps de choisir des rôles qui ont du sens et qui font écho à tous ses enjeux.

Et enfin, concernant votre métier d’actrice, quels sont vos projets à venir ou ceux que vous présenterez prochainement ?

J’ai tourné dans Rouge de Farid Bentoumi, un thriller écologique qui a reçu le label Cannes 2020 et qui sortira le 11 août. J’y interprète une journaliste engagée qui cherche à prouver les nuisances toxiques générées par une usine chimique. Pour l’anecdote, j’étais enceinte au moment du tournage et Farid n’a pas souhaité l’occulter. Il a fait de mon personnage une femme combative et qui s’avère être enceinte mais sans que cela soit au coeur du film. C’est une démarche très forte, très rare et qui participe, là aussi, aux enjeux défendus par le collectif 50-50.

Je serai aussi le 18 août dans la comédie de Stéphane et David Foenkinos, Les Fantasmes, où j’incarne une femme qui désire son mari uniquement quand il pleure. Elle va alors tout entreprendre pour le faire pleurer. Par ailleurs, je termine en ce moment le tournage de la série Infinity pour Canal+ que nous tournons en Ukraine et au Kazakhstan. C’est une sorte d’enquête quantique qui se déroule dans le milieu des cosmonautes. Et je dois tourner prochainement dans le nouveau film de Damien Odoul.