Quentin Delcourt et Laurence Meunier : « Le Festival Plurielles prône l’éclectisme, l’anti-exclusion et l’inclusion »

Il y a 7 mois
Repoussé à plusieurs reprises en raison de la crise sanitaire, le Festival Plurielles aura lieu du 11 au 19 juin prochain au cinéma Majestic de Compiègne (Hauts-de-France). Ses deux fondateurs et délégués généraux reviennent sur les origines du festival, son développement et son avenir.

Comment le Festival Plurielles est t-il né ?

Laurence Meunier : Nous nous sommes rencontrés lors du 70ème  Festival de Cannes, en mai 2017. Il se trouve que j’avais alors pour projet de consacrer quelques jours autour de la femme dans mon cinéma. En effet, le Majestic Compiègne, que je dirige depuis 2002, organise régulièrement des débats avec les associations locales pour la défense des femmes. Quentin s’est montré très intéressé quant à ce projet car les femmes sont au cœur de son travail, que ce soit à travers ses documentaires, comme Pygmalionnes, ou ses projets de films et de séries. Dès nos premiers échanges, nous avons envisagé de mettre en place un festival autour de cette thématique. Et nous l’avons lancé dès l’année suivante, en mars 2018.

Quelles ont été les principales évolutions du festival en terme d’événements et de programmation ?

Quentin Delcourt : La première année avait clairement pour vocation de « tester » l’intérêt du public et de l’industrie quant aux notions d’inclusion et de diversité. Les films étaient alors diffusés sur cinq jours et nous n’avions pas de compétition. À l’inverse, pour la deuxième année, nous avons organisé un festival qui s’est étalé sur trois semaines. Cela a été une édition très riche où nous avons reçu de très nombreux invités, comme Audrey Lamy qui avait ouvert la manifestation avec Rebelles. C’était très long mais très porteur pour nous car nous avons été identifiés par les distributeurs qui ont été nombreux à nous soutenir et à accepter que l’on programme leurs films. La troisième année devait nous permettre d’établir un certain équilibre par rapport aux années précédentes. On souhaitait aménager un festival qui se déroulerait sur une semaine et qui serait désormais doté d’une compétition. Malheureusement, la pandémie nous a contraint à fermer nos portes dès le 1er mars car notre région était identifiée comme un cluster. J’ai alors contacté la directrice du cinéma Grand Action à Paris, Isabelle Gibbal-Hardy, qui a aussitôt organisé une grande soirée de solidarité du Festival Plurielles dans son cinéma le 10 mars suivant. Dès lors, notre festival était vraiment reconnu par la profession tant il est rare que Paris accueille un festival de province. Le jury a ensuite pu voir les films en ligne et délibérer pendant le confinement. Puis, à la réouverture des cinémas, nous avons organisé une version aménagée du festival en ne projetant que les films primés, tout en organisant quelques avant-premières. Les artistes comme le public étaient au rendez-vous !

Les conditions sanitaires auront-elles un impact sur la manifestation ?

LM : Cette année sera d’autant plus complexe que nous allons être confrontés à la jauge de 65% mais aussi à la programmation nationale où des dizaines de films seront programmés chaque semaine tant les distributeurs ont accumulé du retard dans leurs sorties. Sans compter le fait qu’avec l’annonce de la réouverture, les distributeurs ont chamboulé leur line up. De fait, certains des films que nous avons programmé, comme Slalom et L’étreinte, sortiront en salles le 19 mai et ne seront donc plus des exclusivités au moment du festival. Mais nous avons néanmoins décidé de les conserver car notre festival peut leur redonner un éclat dans le cas où il remporterait un prix.

Votre programmation s’annonce particulièrement éclectique avec du thriller (Rouge), du film d’horreur (Méandre), du mélodrame (A Good Man), de la comédie (C’est la vie)…

QD : C’est sur la question de la programmation que notre duo prend tout son sens. Nous avons tous les deux un regard cinéphile sur les films que nous souhaitons sélectionner mais Laurence possède une connaissance plus pointue des habitudes du public local. De notre confiance mutuelle naît une véritable synergie. On doit donc renoncer parfois à certains films qui, bien qu’ils nous touchent, n’attireraient pas nécessairement nos spectateurs. Nous misons avant tout sur l’éclectisme et privilégions aussi bien des films de genre que des films d’auteurs ou commerciaux. Cela fait partie de l’aspect « anti exclusion » que nous défendons.

Et que dire de la présidence de votre jury qui sera partagée par Emmanuelle Béart et Aïssa Maiga ?

QD : C’est surtout un rêve de metteur en scène que de les associer. Ce sont deux femmes libres et engagées. Aïssa Maïga défend l’inclusion et la place des noirs dans le cinéma tandis qu’Emmanuelle Béart défend la place des femmes et des populations dites moins aisées. Elles n’ont jamais eu peur de témoigner de leur engagement à travers leurs films. Elles incarnent la sincérité et l’authenticité que l’on recherche et que l’on défend. Des valeurs que nous retrouvons évidemment chez les membres du jury, composé cette année de Camélia Jordana, Djanis Bouzyani, Sarah Stern, Gaïa Weiss et des réalisatrices Anissa Bonnefont et Anastasia Mikova.

Quelles nouveautés avez vous mise en place cette année pour renouveler la manifestation ?

LM : Nous ouvrirons le festival avec une journée professionnelle dédiée aux exploitants. Une douzaine de distributeurs (Gaumont, Pathé, KMBO, Jour2Fête, Pyramide, etc) viendront présenter leur line up de films. Nous aurons également une compétition dédiée au documentaire et une autre dédiée au court métrage. Par ailleurs, nous avons souhaité renforcer les débats avec le public. Nous accueillerons à nouveau plusieurs équipes qui échangeront avec les spectateurs mais nous organiserons aussi des tables rondes, dont une qui portera sur la représentation des communautés asiatiques dans le cinéma français. Enfin, nous avons mis en place un jury « émergence » qui récompensera le meilleur premier film et le meilleur court métrage français. Ces deux films récompensés seront présentés au cinéma Grand Action à Paris.

QD : Et avec ma société Irrix Films Productions nous organisons, le 23 juin prochain, une soirée privée du cinéma français, « la We Are Infinite Party », à la maison de l’Amérique Latine à Paris. Cet événement pourrait devenir, à terme, la grande soirée de clôture du festival, qui accueillera chaque année les artistes, producteurs, distributeurs, journalistes et professionnels qui défendent l’inclusion et les femmes dans le cinéma français.