Quatre questions à Patrick Fabre

22 avril 2021
L'ex journaliste évoque son nouveau documentaire "Les ados, têtes à clap" ainsi que l'organisation des prochains festivals alors que la reprise approche.

Directeur du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz et maître de cérémonie du Festival du Film Francophone d’Angoulême, Patrick Fabre est également réalisateur de documentaires sur le cinéma. Son nouveau film, Les ados, têtes à clap, explore la représentation de l’adolescence dans le cinéma français. L’ancien journaliste nous dévoile les coulisses de son nouveau film, qui sera diffusé sur Canal+ Cinéma à partir du 26 avril, et témoigne de la prochaine reprise de l’activité culturelle en festivals.

Tout d’abord, comment êtes vous devenu réalisateur de documentaires sur le cinéma ?

À l’époque où j’étais journaliste, j’ai eu la chance d’animer une émission de  télévision sur TPS Star qui s’appelait DVD Mag. J’avais donc quelques notions quant à la narration visuelle lorsque j’ai apprit que Sylvie Pialat cherchait à produire des documentaires en lien avec le cinéma. Je lui ai alors proposé de réaliser un film sur un cinéaste qui m’est cher mais que je trouvais sous estimé, Cédric Klapisch. C’est ainsi que j’ai signé mon premier documentaire pour France 5.

Vous avez depuis collaboré à plusieurs reprises avec Canal+ Cinéma ?

Effectivement. Les documentaires que j’ai réalisés par la suite ont tous été produits par Dominique Besnehard et Antoine Le Carpentier de Mon Voisin Productions. Nous avons une relation de confiance mutuelle avec les équipes de Canal+ Cinéma que nous rencontrons régulièrement pour échanger sur des sujets dont ils auraient besoin et qui sont en adéquation avec l’actualité et la ligne éditoriale de leur chaîne.

Justement, comment la décision de produire votre documentaire Les ados, têtes à clap a t-elle été prise et comment avez vous abordé cette thématique ?

Les dirigeants de Canal+ Cinéma nous ont fait cette proposition car ils savaient qu’ils diffuseraient sur leur antenne, à cette période de l’année, des films autour de ce sujet. Ils avaient besoin d’un documentaire sur cette thématique pour mieux éditorialiser leur programmation et la mettre en valeur. Ils nous ont laissé une totale liberté.

Concernant le traitement de cette thématique, je souhaitais avant tout raconter son évolution au cours des dernières décennies. La façon de filmer l’adolescence est liée à l’évolution de la société. Dans les années 70, le sujet était abordé comme un souvenir nostalgique. Notamment dans Diabolo Menthe, de Diane Kurys. Désormais, ces films reposent davantage sur l’évocation de problèmes sociétaux comme dans Slalom, de Charlène Favier, ou dans Mignonnes, de Maïmouna Doucouré. Je souhaitais aussi aborder les années 80 où ce genre de films a révélé de grandes actrices comme Sophie Marceau, Sandrine Bonnaire, Charlotte Gainsbourg, Vanessa Paradis ou Marie Gillain. Les années 90 ont quant à elles révélés de grands auteurs via les films adolescents comme Cédric Kahn ou Cédric Klapisch. Et désormais, à travers l’adolescence, le cinéma essaie de poser un nouveau regard sur la société française. C’est ce que démontrent les films de Philippe Faucon ou de Céline Sciamma. On constate également que c’est un genre qui se prête aussi bien au cinéma d’auteur qu’au cinéma populaire grand public.

Par ailleurs, bien que la reprise de l’activité culturelle s’annonce imminente, il a été plusieurs fois évoqué, au cours des derniers mois, qu’un nouveau report du Festival de Cannes en octobre n’était pas à exclure. Les dernières annonces ne vont heureusement pas dans ce sens. Néanmoins, ne craignez vous pas que décaler le Festival de Cannes pourrait sérieusement porter préjudice à d’autres manifestations, comme Toronto, Venise, Angoulême ou Saint-Jean-de-Luz qui auraient alors des difficultés à élaborer leur programmation ?

Tout d’abord, il me paraît inenvisageable que le Festival de Cannes puisse être repoussé en octobre car il se déroulerait parallèlement au Festival Lumière à Lyon. Je pense donc que Thierry Frémaux a tout intérêt à ce que Cannes se déroule au mois de juillet. On constate d’ailleurs que lui et ses équipes font tout pour que ce soit le cas.

Pour ma part, j’ai pu échanger avec quelques distributeurs qui m’ont tous fait comprendre que si Cannes devait être décalé, ils privilégieraient des festivals comme Venise ou Toronto. En effet, la plupart de ces distributeurs n’ont pu sortir aucun film depuis un an. Ils espèrent donc aller à Cannes en juillet puis purger leur stock de films en les sortant en salles. Mais si Cannes venait à être décalé, admettons en novembre, les distributeurs devraient attendre quatre mois de plus pour sortir leurs films qui s’entassent sur leurs étagères depuis des mois. Ils auront donc tout intérêt à tenter leur chance à Venise ou Toronto car leur priorité reste de pouvoir alléger leur line-up.