La mobilisation collective, principal levier pour assurer l’avenir du cinéma

Le ciel commence à s’éclaircir pour l’industrie cinématographique avec l’élargissement du déconfinement et la réouverture des salles le 22 juin prochain.
Cette réouverture est une étape fondamentale qui marque progressivement un retour à la vie normale. Le frein brutal qui a frappé l’industrie cinématographique l’a profondément déstabilisée et confrontée à de nombreuses incertitudes. Les partenaires historiques que sont les chaînes de télévision ne monétisent plus leur audience et les productions ont majoritairement été stoppées. Allier désormais les exigences sanitaires avec les contraintes d’exploitation complexifie les réflexions menées par ceux qui écrivent l’avenir du cinéma.
À titre personnel, j’ai été particulièrement impressionné, tout au long de cette crise, par la mobilisation, la réactivité et l’engagement des femmes et hommes qui animent les grands groupes, les sociétés indépendantes, et les syndicats du secteur.
Par ailleurs, il est important de saluer la responsabilité dont les grands acteurs ont fait preuve. Tous les maillons de l’industrie - auteurs, réalisateurs, producteurs, industries techniques, exploitants, diffuseurs - sont confrontés aux défis majeurs générés par cette crise. Seule une mobilisation collective impliquant chacune de ses parties prenantes mais aussi les pouvoirs publics et les partenaires financiers permettra de limiter l’impact de ce brutal « arrêt sur image ».
En parallèle, l’impact de ce confinement forcé a été positif pour la vidéo en ligne, dont l’expansion ne fait que traduire une accélération de la transformation des modes de consommation individuelle.
Solutions concrètes
Le prêt garanti par l’État (PGE) est une des solutions concrètes qui ont permis aux acteurs de l’industrie de faire face à ces semaines incertaines. Nos équipes se sont engagées, dès les premiers jours de la crise, pour mettre à disposition du secteur ce dispositif inédit. En tant que grande banque européenne du cinéma, notre détermination a permis en moins de deux mois de finaliser 72 PGE pour plus de 120 M€ et accorder 32 M€ de reports d’échéances.
Ces financements octroyés dans des délais resserrés demeurent des solutions d’urgence qui doivent maintenant être accompagnées de mesures spécifiques pour assurer la relance de l’industrie. La production et la distribution restent impactées à plusieurs niveaux et chaque cas est particulier : la reprise de tournages, la difficulté de fixer des dates, l’absence des festivals…
L’objectif est de faciliter le portage financier nécessaire aux œuvres dédiées à la salle et aux festivals, et de constituer le cadre bancaire adapté à la mise en production de nouveaux projets. En lien avec le CNC, l’IFCIC, et avec nos filiales Cofiloisirs et Cinécapital, nous souhaitons que des démarches collectives émergent de manière à soutenir plus largement la reprise du marché.
Il était important pour nos équipes de continuer à accompagner les projets qui seront prochainement à l’affiche. C’est dans cet esprit que nous avons mis en place plusieurs nouveaux crédits de production dont deux destinés à financer des films internationaux parmi les plus ambitieux de ces dix dernières années.
Le confinement nous a rappelé à quel point l’image - qu’il s’agisse de la télévision, du cinéma, et toutes les autres formes de diffusion - était centrale dans nos sociétés.
Si la consommation individuelle évolue à l’extérieur de la salle, nous sommes convaincus que le partage collectif d’émotions ressort fortifié de cette période. La résilience du secteur repose sur des groupes solides disposant des moyens nécessaires pour investir quel que soit le cycle dans une offre de qualité et sur le long terme.
Afin que l’industrie cinématographique se renforce dans la durée, il nous semble désormais essentiel d’encourager une construction industrielle européenne du cinéma. Nous devons donc, sans délais, créer les fondements de la production de demain dans le cadre d’un dispositif réglementaire adapté aux nouveaux codes et acteurs qui la composent, tant sur les obligations d’investissement, la fiscalité que la chronologie des médias.
Au cours de l’histoire, le cinéma a déjà su montrer sa résilience et s’enrichir de chaque époque sans perdre sa singularité. Il ne fait aucun doute que le 7ème art saura s’adapter à cette crise sans précédent et nous continuerons, en tant que banquier du cinéma depuis plus de 100 ans, d’être à ses côtés pour relever ce défi.
Henri de Roquemaurel,
Directeur du Pôle Image & Médias de BNP Paribas



