CANAL+ réinvestit massivement dans le cinéma français avec un accord historique de près d'un milliard d'euros

CANAL+ conclut un accord de cinq ans avec les principales organisations professionnelles du cinéma d'un montant de presque 1 milliard d'euros
Longtemps considéré comme l'un des piliers du financement du cinéma français, CANAL+ renouvelle son engagement envers la filière avec un accord qualifié d'historique par ses signataires. Le groupe audiovisuel, le Bureau de liaison des industries cinématographiques (BLIC), les premiers membres signataires du BLOC – parmi lesquels la Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF), le Syndicat des producteurs indépendants (SPI), l'Union des producteurs de cinéma (UPC), le DIRE, le Syndicat des distributeurs indépendants (SDI) et AnimFrance – ainsi que l'Association des auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP), ont annoncé la signature d'un contrat de cinq ans, une durée inédite dans les relations entre un diffuseur et la filière.
L'accord prévoit un engagement global de 980 millions d'euros en faveur du cinéma français et européen sur la période 2028-2032. Au-delà du montant, c'est la stabilité qu'il apporte qui retient l'attention d'un secteur confronté depuis plusieurs années à de profondes mutations.
Si les salles obscures ont retrouvé une partie de leur public depuis la crise sanitaire, la fréquentation reste inférieure aux niveaux d'avant 2020. Les habitudes de consommation ont évolué, les plateformes de vidéo à la demande occupent désormais une place majeure dans l'accès aux œuvres et le financement de la création est devenu un enjeu stratégique. Dans ce contexte, les producteurs comme les auteurs réclament davantage de visibilité sur les ressources qui permettront de soutenir la diversité de la production française.
L'accord signé avec CANAL+ répond précisément à cette attente. Les organisations professionnelles soulignent qu'il réaffirme un principe fondateur de l'exception culturelle française : le cinéma ne peut être considéré comme un simple contenu audiovisuel. Il nécessite un modèle spécifique de financement, d'accompagnement et de diffusion afin de préserver la diversité des œuvres, le renouvellement des talents et la pluralité des regards.
Au-delà de l'investissement financier, le texte comporte plusieurs engagements qualitatifs. CANAL+ renforce notamment son soutien aux premiers films, aux nouveaux auteurs, aux écritures émergentes, aux films d'animation, aux œuvres dites « du milieu » – souvent considérées comme essentielles à l'équilibre économique du cinéma français – ainsi qu'aux productions ambitieuses destinées à un large public. Les films issus de la diversité bénéficieront également d'une attention renforcée.
Cette orientation intervient alors que de nombreux professionnels alertent sur les difficultés rencontrées par les films à budget intermédiaire. Coincés entre les grosses productions à fort potentiel commercial et les œuvres les plus fragiles soutenues par les aides publiques, ces films constituent pourtant un maillon essentiel du renouvellement artistique et économique du cinéma français.
Le nouvel accord prévoit également des engagements destinés à améliorer la visibilité des œuvres sur les antennes du groupe. Pour CANAL+, le cinéma demeure un élément central de son identité éditoriale depuis sa création en 1984. En contrepartie de son investissement, le groupe conservera un avantage stratégique majeur dans la chronologie des médias, en proposant les films français, européens et internationaux à ses abonnés dès six mois après leur sortie en salles.
Cette question de la chronologie des médias reste l'un des équilibres les plus sensibles de l'écosystème français. Régulièrement contestée par les plateformes internationales, elle conditionne en grande partie les obligations d'investissement dans la création et constitue l'un des fondements du modèle français de financement du cinéma.
Dans ce contexte, les signataires appellent d'ailleurs à poursuivre les discussions avec l'ensemble des acteurs afin de préserver un système qu'ils jugent indispensable à la pérennité de l'exception culturelle française.
Pour Maxime Saada, président du directoire de CANAL+, cet accord « illustre la force du lien entre CANAL+ et le cinéma ». En investissant « près d'un milliard d'euros » sur cinq ans, le dirigeant affirme vouloir réaffirmer le soutien du groupe « au 7e art, à sa puissance, à sa créativité et à sa diversité ».
Au moment où le secteur cherche à adapter son modèle aux nouveaux usages tout en préservant son ambition culturelle, cet accord apparaît comme un signal fort. Il offre aux auteurs, réalisateurs, producteurs, distributeurs et diffuseurs une visibilité financière rare et contribue à sécuriser un écosystème dont dépend largement la vitalité de la création cinématographique française.
La présidente du BLIC, Sidonie Dumas, voit également dans cet accord un engagement structurant pour l'ensemble de la filière. « Le BLIC se réjouit d'inscrire un accord dans la durée avec ce partenaire essentiel du cinéma qu'est CANAL+. Chacune de nos organisations a validé cet accord de production », souligne-t-elle. La dirigeante précise que plusieurs organisations professionnelles – l'API, la FNCF, la FICAM, le SEVN et la FNEF – se sont associées à cette signature, tandis que le SFAC réserve sa position sur l'évolution de la chronologie des médias.
Pour Sidonie Dumas, l'enjeu dépasse le seul montant investi. Cet engagement permettra de soutenir « un volume de production qui répondra à la fois à des enjeux de diversité des propositions et d'ambition artistique destinée à rencontrer le plus grand nombre de spectateurs dans les salles de cinéma ». Une déclaration qui rappelle que, malgré l'essor des plateformes, la salle demeure le premier maillon de la chaîne de valeur du cinéma français et le point d'ancrage du modèle de financement défendu par l'ensemble de la profession.



