Le 2ᵉ Rendez-vous de l’animation met en lumière les jeunes talents

10 décembre 2021
Ecran Total a également remis son 3e Prix de la personnalité de l'année à Corinne Kouper de TeamTO.
Lucas Fillon (Ecran total), Delphine Maury (Tant Mieux Prod), Lionel Fages (Cube), Hanna Mouchez (MIAM! Animation), Léa Lespagnol (autrice) et Antoine Liétout (Laïdak Films, en visio).

Mercredi 8 décembre, Écran total organisait la deuxième édition de son Rendez-vous de l’animation au Forum des Images (Paris Iᵉʳ), à l’occasion de la sortie le même jour de son Hors-Série Animation 2022. Autour du journaliste Lucas Fillon, cinq professionnels du secteur ont pris part à une table ronde intitulée "Jeunes talents : comment les accompagner et comment conçoivent-ils leur métier ?".

Delphine Maury, productrice et fondatrice de Tant Mieux Prod, est ainsi revenue sur la genèse d’En sortant de l’école, qu’elle a initié avec France Télévisions. En sortant de l’école est un programme d’animation pour les enfants de 6 à 8 ans, dédié à la poésie, et composé, à chaque saison, de 13 courts métrages d’une durée de 3 minutes chacun, adaptés de 13 poèmes d’un même auteur. Ces courts métrages sont réalisés par des talents de l’animation française tout juste diplômés, sélectionnés via un appel à projets. Toutefois, notons une évolution : la 9ᵉ saison, en fabrication, ne met plus en valeur un poète unique, mais un thème, à savoir "la liberté".

Dans cette collection, chaque jeune diplômé peut s’exprimer avec une totale liberté de style. "On veille toutefois à ce qu’ils ne fassent pas de contresens sur les poèmes, et qu’ils gardent bien en tête le fait que les courts métrages s’adressent aux enfants", explique la productrice. "La contrainte réside dans l’idée de faire un film de 2’40 [3’ avec le générique, Ndlr] en six mois, dans un studio. Et, pour la grande majorité d’entre eux, c’est la première fois de leur vie qu’ils sont confrontés à un environnement professionnel."

Par ailleurs, le diffuseur France Télévisions suit de près les étapes de fabrication de chaque saison. Cette liberté qu’ont ces jeunes auteurs n’empêche pas de discuter certains points. "On ne leur passe pas tout non plus, commente Delphine Maury. Notre objectif, c’est de les aider à forger leurs convictions, à savoir défendre leurs idées, tout en leur apprenant à lâcher du lest sur des aspects moins importants." Un accompagnement qui ne cesse pas une fois les courts métrages produits : "Je reste en contact avec énormément d’entre eux. Certains reviennent vers nous pour des conseils, pour lire leurs contrats…"

Apprendre à franchir les étapes

Lionel Fages, cofondateur de la société Cube et producteur, fait également de l’accompagnement des jeunes talents une part importante de son travail. Cube a notamment permis au réalisateur Nicolas Deveaux de grandir au sein du studio. Arrivé en 2003, le réalisateur a d’abord mis en scène des courts métrages à succès, dont 7 tonnes 2 et 5 mètres 80, tout en concevant des films publicitaires ou encore pour des parcs à thèmes, avant de passer au format série avec Athleticus.

Diffusée par Arte, Athleticus met en scène de manière poétique et humoristique des animaux pratiquant différents sports. On découvrira la troisième saison (30 x 3’) en 2022. "Se lancer dans un premier travail de cinq ou six minutes, quand on est auteur, c’est un exercice qu’on peut maîtriser davantage seul, admet Lionel Fages. Sur des formats plus lourds, les jeunes talents ont besoin de plus d’accompagnement." Désormais, Nicolas Deveaux planche, entre autres, sur Wild Life City (52 x 11’), une série pour la jeunesse présentée en septembre dernier à Cartoon Forum, et qui comporte des dialogues. Une nouvelle étape de franchie. "C’est une autre aventure pour lui, avec un directeur d’écriture, des scénaristes différents, ajoute son producteur. Il part sur quelque chose qui est dix fois plus gros."

Du côté des jeunes talents, l’accompagnement apparaît aussi comme une nécessité. Léa Lespagnol, 33 ans, scénariste, développe : "Les séries qui ont été pour moi les plus enthousiasmantes et où j’ai pu apprendre étaient celles où il y avait des ateliers d’écriture". L’autrice a pu notamment en profiter sur Mush-Mush et les Champotes, série pour les 4 à 7 ans, produite par La Cabane Productions, notamment pour le Groupe Canal+. "Quand c’est fait intelligemment et généreusement, il y a un mélange d’auteurs très expérimentés, d’autres qui le sont un peu moins et de débutants. Ça permet d’accélérer les choses, de se mettre dans l’ambiance et de ne pas se sentir isolée."

Le moment parfait pour lancer sa société n’existe pas

Si un jeune réalisateur peut s’appuyer sur ses producteurs pour progresser, et un jeune scénariste sur ses aînés, pour un jeune producteur qui crée sa société, le défi est tout autre, puisqu’il faut assumer son indépendance. Antoine Liétout, 34 ans, a lancé Laïdak Films en 2015 avec Ivan Zuber, une société qui produit à la fois des œuvres animées et des œuvres en prises de vues réelles. "On a toujours eu envie de créer notre boîte. On étudiait ensemble aux Gobelins et cela s’est très vite imposé", raconte Antoine Liétout. "On s’est dit qu’on devait d’abord faire nos armes. Puis, on a réalisé qu’il n’y aurait jamais de moment parfait pour lancer notre société et qu’il fallait avancer."

Les deux fondateurs ont créé Laïdak Films tout en conservant leurs emplois respectifs, dans un premier temps, pour ne pas avoir la pression de la rentabilité immédiate. Ils ont donc dû gérer le manque de temps, "et l’absence totale de vie privée, car on ne fait plus que ça en dehors du travail", affirme Antoine Liétout. "Quand on débute, on doit aussi faire tous les métiers car on n’a pas une grande équipe avec nous." Il poursuit : "C’est très difficile de convaincre car on n’a pas de fonds propres, tout prend un peu de temps. La seule garantie qu’on peut donner aux réalisateurs, c’est qu’on les accompagnera pour "de vrai"."

Pour émerger, l’une des solutions est de se différencier. Le premier projet animé porté par Laïdak Films a été un spécial, Maman pleut des cordes (26’), produit pour le groupe Canal+, qui l’a diffusé en début d’année. Réalisé par Hugo de Faucompret, qui a participé au dispositif "En sortant de l’école", le film est distribué en salle dans le cadre d’un programme depuis le 1ᵉʳ décembre par Les Films du Préau. Il connaît une superbe carrière en festivals, en France et dans le monde, et a notamment reçu le Prix du jury pour un spécial télé au Festival d’Annecy. "Un spécial, c’est plus accessible au départ, donc nous avons conduit ce projet sereinement." Le film traite, du point de vue d’une petite fille de 8 ans, du sujet de la dépression, dont souffre sa mère. Un thème risqué, car rarement abordé dans les œuvres pour la jeunesse et la famille, mais qui s’est avéré être une force. "De notre point de vue, on était convaincu que le talent d’Hugo finirait par convaincre. Cette thématique nous a fait sortir du lot."

Hanna Mouchez, 37 ans, fondatrice de Miam ! Animation, structure qui officie dans la production déléguée, la distribution internationale, et qui possède son propre studio, insiste de son côté sur l’importance du réseau. Avant de créer sa société en 2016, récompensée cette année du Cartoon Tribute du distributeur européen de l’année, elle a passé environ six ans chez Millimages, notamment aux ventes internationales. "Quand j’ai voulu monter ma boîte, je connaissais déjà les interlocuteurs", indique-t-elle. "Et la profession de producteur a beaucoup de points communs avec le métier de vendeur. Il faut être défricheur, ne pas tout à fait savoir ce que l’on fait. C’est un élément clé quand on est entrepreneur."

Corinne Kouper, lauréate du 3ᵉ Prix de la personnalité de l’année

Corinne Kouper, cofondatrice de TeamTO, productrice, lauréate du 3e Prix de la personnalité de l'année d'Ecran total.

Pour son troisième Prix de la personnalité de l’année, Écran total a choisi de saluer une professionnelle engagée, Corinne Kouper, cofondatrice de la société TeamTO, productrice, qui défend, avec d’autres professionnels attachés aux mêmes causes qu’elle, l’égalité femmes-hommes, l’accès aux différents métiers de l’animation pour les jeunes issus de milieux sociaux défavorisés, mais également l’écoresponsabilité (voir son interview dans le Hors-Série Animation 2022 d’Écran total).

Lors de l’entretien avec Lucas Fillon qui a suivi la remise du Prix, Corinne Kouper est revenue sur tous ses combats. Mais d’autres sujets ont aussi été évoqués, dont son parcours de productrice. "J’ai fait une école qui ne me prédestinait pas du tout à l’animation. J’ai été monteuse, directrice de casting, directrice de production… jusqu’au jour où j’ai rencontré la productrice Carole Solive. Grâce à elle, j’ai travaillé sur une œuvre, Pierre et le loup, de Michel Jaffrennou, mêlant animation et prises de vues réelles. Ce fut le choc ! J’ai vu se fabriquer ce programme et j’ai été bouleversée, moi, fille de dessinateur, qui a grandi au milieu des pinceaux et de la gouache."

Quelques années plus tard, c’est l’aventure TeamTO, fondée en 2005 avec Guillaume Hellouin et Caroline Souris, qui démarre. L’une des prochaines productions de la société est la série Jade Armor, attendue sur France Télévisions, Super RTL (Allemagne), et HBO MAX (Etats-Unis, Amérique latine). Elle conte les aventures d’une adolescente qui combat les super-vilains avec une mythique armure de Jade. "Dans cette série est abordé un sujet très profond, à savoir comment, en tant qu’adolescente, on peut faire son propre chemin malgré le poids d’un héritage familial", détaille-t-elle. "J’aime cette idée qu’à travers les projets qui ne sont, a priori, pas des programmes éducatifs, les enfants apprennent à grandir et à trouver leur propre voix."