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Rencontre avec Gilles Lellouche, réalisateur du « Grand Bain »

Après une présentation au Festival de Cannes et une longue tournée province, Le Grand Bain (Studiocanal) est enfin diffusé dans les salles françaises à compter de ce mercredi 24 octobre. A cette occasion, Ecran total s’est entretenu avec le réalisateur, Gilles Lellouche, qui évoque la conception de ce projet, né il y a cinq ans.

 

Votre film dresse le portrait d’un groupe de quarantenaires un peu abîmés par la vie où chacun va reprendre son existence en main suite à la préparation d’une compétition de natation synchronisée. Comment expliquez-vous cet état dépressif que vous avez constaté chez vos contemporains et qui frappe vos personnages ?

 

Je l’explique par les phrases très assassines que l’on entend dans nos vies. Il y a les rêves qu’on se met dans la tête quand on est enfant puis adolescent et il y a les rêves « publicitaires » qu’on nous met dans la tête. Je citerai par exemple la phrase de Jacques Séguéla qui dit que si on ne possède pas de Rolex à 50 ans, c’est qu’on a raté sa vie. Ce sont des formules qui peuvent faire beaucoup de mal. On veut nous faire croire que la norme c’est celle-là, mais ce n’est pas vrai. Pour plein de raisons différentes, qu’elles soient physiques, sociologiques ou comportementales, on souffre de frustrations qui ne sont même pas les nôtres. On est dans un pays où on nous offre tout et pourtant, je constate une sorte de mélancolie chez nos concitoyens du fait qu’on est de plus en plus renfermé sur nous-mêmes et de moins en moins dans l’échange et le collectif. On est dans une société où il y a de moins en moins de bienveillance, où on se juge, où on se critique et où on ne peut plus exprimer sa différence sans être mis de côté.

 

Comment en êtes-vous arrivé à traiter ce phénomène de société par le biais d’une comédie sociale située dans l’univers de la natation synchronisée ?

 

 

En vérité, je ne me suis jamais dit que je voulais faire une comédie ou un drame, avec tel ou tel comédien(ne). Le genre s’est imposé de lui-même. Par exemple, la première partie du film est assez sombre mais elle est inhérente à l’histoire. Si on n’a pas cette exposition un peu âpre des personnages, alors on fait un film de sport classique. La natation synchronisée est une toile de fond qui apporte un aspect poétique et qui entoure mes personnages. Le public se prend alors d’empathie pour eux et s’intéresse à leur trajectoire, notamment dans la deuxième partie où une petite euphorie humaine se met en place. Cette dimension poétique me tenait à cœur car j’aime que le cinéma s’envisage comme du cinéma. Les films trop réalistes m’ennuient. J’aime le lyrisme avant tout. Un réalisateur comme Claude Sautet avait beau faire des films d’auteur sur ses contemporains, il parvenait néanmoins à y apporter ce souffle et ce lyrisme auxquels je tiens.

 

Et enfin, comment vos producteurs, Alain Attal (Trésor Films) et Hugo Sélignac (Chi-Fou-Mi Production) vous ont-ils accompagné dans cette aventure ?

 

Alain Attal avait produit mon premier film, Narco, il y a 16 ans. Depuis il n’a cessé de m’inciter à en faire un deuxième. J’ai été touché par sa fidélité et sa patience car le chemin a été très long. Il m’a d’abord acheté des droits de livres en vue d’une ou plusieurs adaptations… que je n’ai jamais faites. Il m’a offert des voyages pour que je puisse écrire… j’en suis revenu avec rien. J’avais commencé à coécrire un film avec Thomas Bidegain puis après deux ans de travail, je lui ai dit que j’avais fait fausse route et que je ne me voyais pas réaliser le film en question. Ce qui est formidable avec Alain et Hugo, c’est qu’ils ne m’ont jamais fait sentir le poids de mes hésitations, de mes incertitudes. Sans ces deux producteurs là, je pense que je n’aurais jamais fait de deuxième film. D’autant plus que la production a été d’une fluidité déconcertante. Le film a été financé uniquement sur scénario, avant même qu’on ait lancé le casting.

 

 

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