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Rencontre avec l’équipe du « Mystère Henri Pick »

 

Quatre ans après la sortie de Nos futurs, le cinéaste Rémi Bezançon adapte le roman de David Foenkinos, le Mystère Henri Pick (Editions Gallimard, 2016) , diffusé dans 353 salles depuis le mercredi 6 mars. A l’occasion de la première séance d’exploitation du film, le réalisateur a partagé avec Écran Total à propos de son travail d’adaptation. Sa fidèle productrice, Isabelle Grellat (Mandarin Production) et le directeur de la distribution de Gaumont, Jérôme Hilal, évoquent quant à eux le montage financier et le plan de sortie du long métrage.

 

 

« Le Mystère Henri Pick » diffère sensiblement de vos œuvres précédentes. Comment expliquez-vous ce changement de registre ?

 

Rémi Bezançon : Après avoir réalisé des films très personnels et introspectifs, j’avais envie de me tourner vers autre chose et notamment de mettre en scène une enquête autour d’une imposture littéraire. Un thème fascinant et peu traité au cinéma. Cela me permettait de jouer avec les codes du polar tout en y ajoutant des éléments de comédie. Cela donne, je l’espère, un film à l’ambiance assez fantaisiste car on ne cherche pas un criminel mais simplement l’auteur d’un livre. C’est un « MacGuffin » très ludique.

 

 

Comment avez-vous procédé pour cette première adaptation d’un roman ?

 

RB : Le livre est un œuvre choral plein de personnages. Or, pour le film, je souhaitais me focaliser sur le personnage interprété par Fabrice Luchini. Il s’agit de la même histoire mais raconté d’un autre point de vue. Le rôle de Camille Cottin a aussi été beaucoup réécrit. Dans le roman il y avait une histoire d’amour très claire entre les deux protagonistes. Ici, on est plutôt dans un sorte d’amitié intellectuelle entre deux personnes un peu perdues dans leur vie mais qui vont reprendre pied au contact l’une de l’autre. C’est en ça que ce film s’intègre bien dans ma filmographie car cela reste un film de personnage.

 

 

Comment Mandarin Production s’est-il décidé à accompagner ce projet ?

 

Isabelle Grellat : Cela fait près 15 ans que je collabore avec Rémi. J’ai produit ses quatre longs métrages ainsi que ses premiers courts métrages. Il m’a confié qu’après Nos futurs, il souhaitait changer de registre et explorer le film de genre. J’avoue ne pas avoir été surprise car j’avais lu plusieurs de ses premiers scénarios de court métrage. Je savais donc qu’il avait une appétence pour écrire des polars ou même des films noirs. Sur cette cinquième collaboration, nous avons la chance d’avoir un partenaire comme Gaumont qui nous accompagne pour la troisième fois après Un heureux événement et Nos futurs. Nous sommes d’autant plus heureux que Gaumont nous suive après l’échec de Nos futurs. Ils nous ont immédiatement assuré qu’ils aimaient le cinéma de Rémi et qu’il croyait en son talent et en sa capacité de proposer une œuvre originale. France 2 nous témoigne également une grande fidélité puisqu’ils nous ont soutenus dès Ma vie en l’air. Sans oublier Canal+ qui est à nouveau présent. Nous avons aussi bénéficié du soutien de la région Ile-de-France mais pas de la Bretagne. Pour cela, il aurait fallu que l’on tourne tout le film sur place, or nous avons tourné quatre semaines à Paris en mars 2018 et quatre autres semaines en Bretagne au mois d’avril. Nous avons néanmoins fait travailler de nombreux techniciens et comédiens locaux.

 

 

Votre filmographie passe d’un genre à un autre, de « l’Empereur de Paris » à « Grâce à Dieu » en passant prochainement par « Blanche comme Neige »…

 

IG : Nous sommes maintenant reconnus et salués pour cela alors qu’à une époque, peu de gens acceptaient qu’on puisse changer de ligne éditoriale. Nos premiers succès étaient des comédies populaires de Fabien Onteniente (3 zéros, Jet Set). Aller vers un cinéma plus exigeant avec des auteurs plus pointus comme Bertrand Bonello pour Saint Laurent ou Anne Fontaine pour les Innocentes n’avait rien d’évident. C’est vraiment le succès de notre première collaboration avec François Ozon sur Potiche qui a marqué un tournant important pour nous. Avant cela, on nous cataloguait avec beaucoup de condescendance comme des producteurs de comédie, comme si c’était un sous genre. Nous sommes heureux d’avoir mis un coup de pied dans la porte. On aime explorer des univers variés comme ceux de Pattaya, Les Innocentes ou Chocolat. Nous faisons des films pour tous les publics.

 

 

Le film a été dévoilé aux exploitants à la convention Gaumont en novembre dernier. Comment les choses se sont-elles déroulées par ensuite ?

 

Jérôme Hilal : Tout s’est enchaîné très facilement. On savait dès la lecture du scénario que le film serait destiné à un public adulte voire senior, de grandes villes. Même si le film pouvait s’élargir car il se déroule largement en province. Nous l’avons effectivement montré à notre convention de novembre et l’exploitation y a très bien répondu. On a aussi organisé une tournée qui s’est avérée prometteuse même si on a pu faire que quelques dates car Fabrice Luchini joue au théâtre tous les soirs et Camille Cottin enchaîne actuellement les tournages. Nous avons aussi mis en place un important plan média national, avec beaucoup d’achat de bande annonce dans les salles en amont de films qui concernent notre public comme Edmond, les Invisibles, la Mule ou Grâce à Dieu.
Nous avons opté pour une sortie au 6 mars car sur des films adultes de ce genre-là, nous n’avons pas vraiment besoin de sortir pendant les vacances. La période actuelle nous permet de nous confronter à une concurrence allégée, dans un marché plus faible sur les films adultes. Sans compter que le bouche à oreille devrait nous porter durant tout le mois de mars. Nous avions déjà procédé ainsi sur Patients (sorti le 1ᵉʳ mars 2017) où l’on souhaitait se placer dans une configuration identique. Les salles avaient pu nous tenir et nous laisser prospérer.

 

 

Comment avez-vous élaboré l’affiche et la bande annonce afin de vendre à la fois les éléments de comédie et de film de genre ?

 

RB : On voulait créer une affiche qui présente avant tout le duo ainsi que la Bretagne, un territoire qui évoque une notion de mystère avec ses légendes celtiques. Par ailleurs, j’aime l’idée que les personnages de Fabrice et Camille se retournent vers le public. Ce sont vraiment les codes du polar.

 

JH : Leurs postures impliquent de l’enquête et du mystère. On ne voulait pas trop en dévoiler avec la bande annonce mais plutôt miser sur le couple, en exploitant des éléments de comédie qu’on pouvait plus difficilement mettre sur l’affiche car les codes du polar et de la comédie ne sont pas les mêmes.

 

RB : Sur l’affiche, la comédie repose plutôt sur le titre. Des mots comme « le mystère » évoquent un film de genre alors que le nom « Henri Pick » évoque clairement une comédie.

 

JH : L’affiche introduit un indice de comédie mais sans vraiment la démontrer alors que la bande annonce la démontre pleinement.

 

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