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Rencontre avec la réalisatrice Audrey Diwan

 


Après avoir coscénarisé des films comme La French et HHhH, Audrey Diwan signe son premier long métrage : Mais vous êtes fous. Une histoire d’amour où un couple va être mis à l’épreuve alors que l’un des deux personnages voue une addiction à la cocaïne. La sortie, assurée par Wild Bunch Distribution, est programmée au 24 avril sur 130 copies. Présente aux Rencontres de Gérardmer, la réalisatrice se livre à Ecran Total sur sa première expérience de mise en scène. 

 

Vous avez l’écriture dans la peau. Après avoir été journaliste, vous avez coscénarisé de nombreux longs métrages. Qu’est-ce qui vous a incité à vous lancer dans la réalisation de votre premier long métrage ?

 

Audrey Diwan : C’est le sujet du film qui m’a amené à la réalisation. J’aime, j’aimerai toujours et je continuerai d’écrire pour d’autres personnes. D’ailleurs, je viens de coécrire les nouveaux films de Cédric Jimenez et Nathan Ambrosioni. Je vais aussi bientôt collaborer avec Teddy Lussi-Modeste. Mais ici, ce film s’est imposé à moi après que j’ai rencontré un couple dont l’histoire m’a totalement inspiré. Ils m’ont touché au point que je ne souhaitais pas partager ce sujet avec d’autres personnes tant il résonnait en moi. Cette histoire était forte et faisait naître en moi des images. C’était donc le bon moment pour passer à la réalisation. 

 

Vous-vous êtes très bien entouré en vous associant avec Edouard Weil (Rectangle Productions) qui a produit de nombreux succès…

 

AD : C’est le producteur avec lequel je rêvais de travailler. On s’était rencontré précédemment et j’avais apprécié la façon dont il parlait des cinéastes avec lesquels il avait collaboré. Il a une vraie capacité de compréhension des projets. Nous avons aussi un goût commun pour les grands mélodrames comme César et Rosalie. Je savais que cette part là du scénario résonnerait en lui. Edouard s’est vraiment battu pour que le film existe.

 

Justement, un premier film de ce genre est-il facile à financer ou avez-vous rencontré des difficultés ?

 

AD : Nous avons eu la chance d’avoir la confiance immédiate de Wild Bunch qui a acheté le film sur scénario. Ce qui nous a permit de présenter le projet à la commission d’avances sur recettes du CNC et à la commission d’aides de la région Île-de-France. Par bonheur, nous avons bénéficié de ces deux aides. Sans quoi, cela aurait été impossible de boucler le montage financier. 

 

Cette histoire repose en grande partie sur ce couple et ses deux interprètes, Céline Sallette et Pio Marmai. Comment avez vous élaboré leur relation ?

 

AD : J’ai eu de la chance de travailler avec ce couple là et qu’il fonctionne aussi bien et aussi vite. Céline a une puissance de jeu et convoque des sentiments forts avec une grâce infinie, surprenante et toujours renouvelée. Quant à Pio, il a une amplitude de jeu très large. Il peut jouer à la fois des choses ténues et d’autres très expressives. Il y a une part de hasard incontrôlable dans le fait de créer un couple. Et c’est de là que vient sa magie. 

 

Votre film est à la fois sobre et épuré mais très fort et intense émotionnellement. Comment parvenir à un tel équilibre ?

 

AD : J’ai un goût naturel pour l’épure. J’aime les films de Kore-eda. Ils sont toujours dans une économie de moyen mais vont droit au cœur. La racine de cette histoire, c’est la manière dont on traite les sentiments dès l’écriture. Pour cela, il fallait qu’on se mette à la place de chacun des personnages afin qu’on puisse s’identifier à eux. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur le hors champs et le double-sens. Par ailleurs, je n’aime pas les films moraux qui enferment la lecture d’une histoire. J’aime la lecture active du spectateur. J’aime qu’il y ait quelque chose de l’ordre collaboratif entre le réalisateur et le public. Je veux que le spectateur soit en état d’alerte et puisse explorer des pistes auxquelles je n’avais pas nécessairement pensé. Cela veut dire qu’on partage des craintes ou des espoirs ensemble. C’est ce que j’attends d’une expérience cinématographique.

 

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