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Rencontre avec Jean-Marie Poiré


 

A l’occasion de la première édition du Festival CineComedie de Lille, qui s’est tenu du 28 au 30 septembre, Ecran total s’est entretenu avec le réalisateur français Jean-Marie Poiré (Les Visiteurs, Le Anges Gardiens, Le Père Noël est une ordure, Papy fait de la résistance...), venu présenter une rétrospective de son œuvre.

Vous avez eu une longue carrière, avec notamment une période très faste du début des années 80 jusqu’au début des années 2000. Comment la comédie a t-elle évolué tout au long de ces années ? 


Ce sont principalement les acteurs qui l’ont fait évoluer. On a connu le duo De Funès–Bourvil puis Jean-Paul Belmondo avant que n’arrive le Splendid, les Inconnus et aujourd’hui, la comédie française est principalement incarnée par des comédiens comme Jean Dujardin et Dany Boon. Chaque génération d’acteurs a apporté une nouvelle fraîcheur.

 

Selon vous, quelle est la spécificité de la comédie française par rapport aux Italiens, aux Américains ou aux Anglais ?


Je ne pense pas qu’il y ait une telle différence dans la conception de la comédie entre tous ces pays. Mais il est vrai que les acteurs de comédie sont ce qu’on appelle des acteurs "à mimique" et leur approche du jeu peut varier selon leur nationalité. Jean Dujardin ne joue pas de la même manière que pouvait jouer Ugo Tognazzi, mais les sentiments qu’ils explorent sont les mêmes car la comédie est un genre universel.

 

Si on parle d’évolution de la comédie, on peut dire que vous y avez apporté votre touche personnelle en utilisant un montage très saccadé dans vos films ? 


Ce n’est pas tant mon apport personnel, c’est dû à un phénomène générationnel avec l’arrivée des jeux vidéos, de la publicité, des clips et du zapping. Les Américains avaient compris bien avant nous que le temps au cinéma n’était pas le temps de la vie. Regardez la vitesse de jeu des acteurs dans un film comme Arsenic et vieilles dentelles, de Franck Capra. Ils parlent comme des speakers de talk show américain. J’avais d’ailleurs revu ce film en préparant Les hommes préfèrent les grosses et je me suis souvenu que lorsque j’étais l’assistant de Claude Autant Lara, ce dernier chronométrait chacune de ses prises pour faire jouer ses comédiens encore plus vite. J’ai alors totalement réécris Les hommes préfèrent les grosses pour que les comédiens puissent s’adapter à un jeu plus intense et rapide.

 

L’une des masterclass de ce festival portait sur la composition musicale d’une comédie. Quel regard portez-vous sur cet aspect de la création d’une œuvre ? 


Tout est une question de rythme dans la comédie. C’est vrai pour le montage, les dialogues, les acteurs mais aussi la musique. C’est plus facile de composer un score mémorable dans un film lent car elle occupe presque toute la place mais dans un film rapide, il vaut mieux avoir recours à des scores lents sinon on obtient l’effet inverse de ce qu’on cherche. Je ne privilégie jamais l’effet comique dans la musique. Au contraire, j’aime y donner de l’émotion et un deuxième niveau de lecture du film. L’aspect émotionnel est plus important que l’aspect esthétique dans une musique de comédie.

 

Et enfin, comment expliquez-vous qu’à une certaine époque vous jouissiez d’une liberté de ton plus large qu’aujourd’hui où de nombreux thèmes sont sujets à polémique ? 


Le problème ce n’est pas tant le public qui adore les comédies un peu épineuses, mais les décideurs qui ne veulent plus prendre aucun risque. Aujourd’hui, le cinéma français manque de "nababs" comme Alain Poiré, Christian Fechner ou Claude Berri qui savaient imposer leurs idées et leurs visions. Ils étaient convaincus que leur goût était le goût de tous et les financiers les suivaient tant c’était des pointures. Aujourd’hui, les scénarios sont analysés par des comités de lecture où tout le monde cherche un certain consensus, au point de perdre tout le potentiel de l’œuvre.

 

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