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Rencontre avec Guilhem Caillard, directeur général du Festival Cinemania (accès libre)


 

A l’occasion de la 24e édition du festival de films francophones Cinemania, qui se déroulera à Montréal du 1er au 11 novembre 2018, son directeur général présente les temps forts de la manifestation et évoque la place du cinéma en langue française au Québec.

 

Comment définissez-vous la ligne éditoriale de Cinemania ?

 

C’est est un événement dédié à la francophonie, à travers ses espaces et ses expressions qui sont d’une grande richesse. Nous célébrons des films soucieux de parler du monde francophone d’aujourd’hui. Le festival offre un éventail de la production de l’année en cours, avec une variété de genres et de styles, du cinéma “grand public” aussi bien qu’indépendant. Cinemania est aussi une fenêtre québécoise sur les grands festivals internationaux : nous cherchons des films s’étant illustrés au Festival de Cannes, à la Berlinale, au FIFF de Namur et évidement au FFA d’Angoulême. Je dirais enfin que Cinemania est un lieu : l’Impérial, la plus ancienne – et plus belle – salle de cinéma du Québec, qui est notre quartier général, représente une expérience en soi par la beauté de ses décors et son ambiance chaleureuse.

 

Combien de spectateurs attendez-vous et combien de films seront présentés ?

 

Nous attendons 30 000 personnes, et 45 à 50 films seront présentés en première nord-américaine, canadienne ou québécoise. A ceci s’ajouteront une dizaine d’oeuvres de répertoire. Nous offrons une place importante aux films belges, suisses, luxembourgeois, algériens, marocains, québécois. Cela dépend des éditions. Mais en général la France, de par sa production élevée, est assez majoritairement représentée.

 

Quelle sera la région française à l’honneur et pour quelles raisons l’avez-vous choisie ?

 

Ce sera la Normandie. D’abord parce qu’elle entretient des liens historiques avec le Québec, qui se poursuivent aujourd’hui par de nombreux échanges culturels, économiques et touristiques. Aussi parce que la Normandie a une tradition de festivals réputés : Deauville, Cabourg, Trouville. Nous recevrons les organisateurs du festival Off-Court de Trouville et du Festival du film de Cabourg pour échanger sur nos pratiques. Avec la fusion récente des régions, la Normandie est peut-être encore plus qu’avant une terre d’accueil de tournages : nous aurons le plaisir de collaborer avec Normandie Images dans le cadre de notre volet professionnel consacré à la coproduction franco-québécoise. Enfin, Sparring, de Samuel Jouy, avec Mathieu Kassovitz, tourné en Seine-Maritime, au Havre, représentera la région.

 

Y aura-t-il un focus sur un pays, comme la Tunisie l’an passé ?

 

Ce sera la Suisse. La cinéaste Ursula Meier (L’Enfant d’en haut) présentera chez nous son dernier film, Journal de ma tête, inspiré d’un fait divers : un adolescent (Kacey Mottet-Klein) assassine ses parents après avoir surinterprété un cours de son professeur de français (Fanny Ardant). Seront programmées plusieurs autres oeuvres suisses récentes, comme Fortuna, de Germinal Roaux, avec Bruno Ganz, tourné dans le canton du Valais. L’histoire raconte le parcours d’une jeune Ethiopienne qui trouve refuge dans un monastère. C’est un film sublime sur la question des migrants, qui a remporté deux prix à Berlin. La Suisse a vu naître des cinéastes importants : Alain Tanner, Lionel Baier, Georges Schwizgebel… C’est aussi un pays-clé dans la coproduction francophone contemporaine. Nous sommes ravis de lui faire honneur.

 

Quels seront les temps forts et les nouveautés de cette nouvelle édition ?

 

Sans hésiter : notre délégation Jeunesse francophone, une initiative que nous reconduisons pour la deuxième année. Dix jeunes professionnels du cinéma âgés de 20 à 30 ans seront sélectionnés sur dossier pour former un jury qui remettra le prix Jeunesse francophone TV5 du meilleur premier long métrage. Ils et elles prendront également part à des activités d’immersion dans l’industrie cinématographique, avec des visites à la Cinémathèque québécoise, à l’Institut national de l’image et du son (Inis), à la Société de développement des industries culturelles (Sodec). Ce sera un jury exclusivement franco-québécois à l’occasion du 50e anniversaire de L’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ).

 

Y aura-t-il des rencontres professionnelles sur le modèle des Rencontres francophones ?

 

Oui, sous la forme de ce que nous appelons la Mission d’affaires et coproduction France-Canada, avec l’organisme Unterval. Une délégation de producteurs français sera accueillie du 7 au 9 novembre 2018, avec une possibilité de prise en charge totale. Le programme propose des ateliers, des conférences, des séances de réseautage avec des producteurs québécois et des institutions. Les inscriptions sont ouvertes en ligne sur unterval.com.

 

Quelle est l’appétence du public québécois et canadien pour le cinéma francophone et français ?

 

Le public québécois tient énormément au cinéma francophone, mais il est particulièrement attaché à sa propre cinématographie : les films de Léa Pool, Denis Côté, Alexis Durand- Brault, Xavier Dolan, Denys Arcand, Sophie Lorain, Louis Bélanger, pour ne nommer qu’eux. Le cinéma français des années 1990, marqué par les grandes productions de la Gaumont et des auteurs comme André Téchiné, Bertrand Blier, Maurice Pialat a laissé un souvenir fort auprès d’une certaine tranche de spectateurs. Mais la réduction drastique du nombre d’écrans au Québec depuis vingt ans, la montée en popularité du cinéma québécois et l’omniprésence hollywoodienne ont conduit à une raréfaction du cinéma français. Les jeunes spectateurs y sont moins sensibles. Une partie de notre mandat consiste à renouer avec eux.

 

Connaît-on les chiffres de fréquentation des films francophones et français sur votre territoire ?

 

En 2017, la part de marché du cinéma québécois a atteint des records : 17,9 %. Une proportion surtout due à de grosses productions locales comme De père en flic 2, Bon Cop, Bad Cop 2 et Junior Majeur. Nettement inférieur, le cinéma français est à 4,7 %, grâce à Valerian, Ballerina, Demain tout commence et Dalida. Si on regarde les données de 2016, les films de l’Hexagone ont totalisé 640 197 entrées pour 75 sorties, soit 3 % de part du marché, ce qu’UniFrance qualifie à raison “d’année noire”. Mais le marché existe toujours, et il faut le travailler. Cinemania a un rôle à jouer dans cet écosystème : nous pouvons être un levier formidable pour la carrière des films français de ce côté de l’Atlantique, car nous sommes capables de leur donner une grande visibilité médiatique et populaire.

 

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