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Rencontre avec Alain Chabat autour de la production de « Santa et Cie »


 

 

Réputé pour ses réalisations à l’ampleur visuelle extrêmement riche, doublée d’un humour fin et subtil, Alain Chabat signe la comédie française familiale de cette fin d’année : Santa & Cie, en salles ce mercredi 6 décembre. Un film où il démontre à quel point le territoire français peut s’appuyer sur un grand nombre de spécialistes des effets visuels dont le savoir-faire n’est plus à prouver. Le réalisateur a accepté de revenir avec nous sur la production de cet ambitieux projet et de nous livrer quelques secrets sur la fabrication de certaines scènes.

 

Comment avez vous convaincu votre producteur, Alain Goldman, de vous accompagner dans cette aventure ?

 

J’avais déjà travaillé avec Alain sur Les Gamins, qu’il avait produit. On se connaissait depuis longtemps mais on n’avait jamais eu l’occasion de monter un projet ensemble. Quand je lui ai présenté le projet de Santa & Cie, il a été immédiatement séduit quant au film qu’on allait pouvoir faire, à tout ce qu’on allait pouvoir raconter, à toutes les émotions qu’on pourrait générer et à toute la comédie et l’humour que cela supposait. Nous voulions faire un film qui réenchante le mythe de Noël, où le personnage du Père Noël vivrait une (més) aventure en se retrouvant plongé dans un monde où il ne vient qu’une fois par an mais quand tout le monde dort. Il va alors découvrir un monde qui n’est pas exactement celui qu’il avait imaginé. Lorsque j’ai commencé à écrire le scénario en décembre 2015, j'ai pensé que le film devait sortir en décembre 2017 au plus tard. J’en ai parlé avec Alain qui m’a dit que c’était réalisable si on entrait vite en production. Il a donc pris contact avec la Gaumont, qui nous a suivis immédiatement, à tel point que le projet s’est monté en très peu de temps, malgré toute la complexité technique que certaines scènes induisaient dès la lecture du scénario.

 

Pensez-vous que l’expérience accumulée sur vos précédents films vous a aidé à aborder les nombreux défis techniques que présentaient Santa & Cie ?

 

Sur Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, je n’avais travaillé qu’avec une seule société d’effets spéciaux. Même chose avec Sur la piste du Marsupilami où je n’avais collaboré qu’avec BUF. Mais sur Santa & Cie, il y avait tellement de plans spectaculaires à réaliser et on avait un temps si limité pour faire le film que c’était impossible de travailler dans les mêmes conditions. J’ai donc rencontré Bryan Jones, un superviseur d’effets visuels qui m’a fait comprendre que le film pouvait être réalisé dans les temps à condition que nous répartissions le travail de postproduction entre plusieurs sociétés en fonction des expertises de chacune quant aux complexités que posait le script. Et il avait raison, car le dernier plan truqué a été livré il y a seulement quelques jours. De plus, nous souhaitions travailler principalement avec des sociétés françaises, dont Mikros, qui a réalisé les séquences avec le traîneau et les rennes, ainsi que la CGEV (Compagnie Générale des Effets Visuels), qui a conçu tout ce qui a trait aux lutins et au pays du Père Noël. Ce qui s’est avéré bénéfique pour ces équipes qui pouvaient travailler sur des séquences entières du film alors que souvent, elles ne travaillent que sur des plans isolés d’un bout à l’autre d’un film sans savoir de quoi il retourne. Ce processus a donc rendu notre collaboration d’autant plus fluide et efficace.

 

Selon vous, est-il envisageable de réaliser un film français digne des plus grands blockbusters américains, avec des équipes 100 % françaises ?

 

Les sociétés françaises d’effets visuels sont uniques dans leur énergie, leur exigence et la poésie qu’elles apportent à leur création. Et tout cela avec un calendrier très serré. Il faut bien comprendre que la réalisation d’un film est un travail collectif. J’ai beau être réalisateur, je ne suis pas costumier. Quand je parle avec mon chef costumier, Olivier Bériot, je sais que c’est lui et son équipe qui ajouteront leur expertise, leur inventivité et apporteront un supplément d’âme à leur création, en accumulant des détails qui ne se voient pas nécessairement à l’écran mais qui se ressentent fortement. C’est le même principe pour les effets spéciaux. Par exemple, je n’ai jamais cru aux rennes qui trottent dans l’air. Du coup, pour créer les scènes où le traîneau vole, nous nous sommes inspirés d’images sous-marines où l’on voit des chevaux être plongés dans une piscine pour se faire soigner. Ces images nous ont permis d’observer comment les membres des chevaux bougeaient dans un environnement liquide. Ils ne trottent jamais, au contraire, ils s’appuient sur cet élément liquide et on sent qu’il y a comme une résistance à leurs mouvements. J’ai alors pensé que les rennes devaient se servir de l’élément gazeux pour se déplacer et que l’on ressente leur effort et le poids du traîneau. Le confort que j’ai eu, c’est d’avoir pu aborder ces questions-là avec mon équipe en France, pas par e-mail ou par téléconférence avec quelqu’un à l’autre bout du monde.

 

En plus des effets numériques, avez vous également essayé de mettre en place des effets purement mécaniques sur le plateau afin d’apporter encore davantage de crédibilité à votre histoire ?

 

Les premières discussions que j’ai eues avec Bryan Jones portaient justement sur ce point. Même si chaque plan a sa solution, bien sûr, il a toujours été convaincu que plus on aurait de matières et d’éléments physiques sur le plateau, mieux les équipes d’effets visuels pourraient travailler. Et puis j’aime l’idée d’alterner des scènes avec des effets numériques, puis des scènes avec des effets mécaniques. Pour la multiplication des lutins, on a utilisé la technique de “motion control”. Un seul plan du film nous a demandé deux jours de tournage pour nous assurer que les lutins ne se superposent pas. Le numérique permet de repousser tous les champs des possibles mais j’aime revenir à l’essence même de l’origine des effets spéciaux, avec des doublures et de l’artisanat pur, comme le faisait Méliès.

 

Et enfin, diriez-vous qu’il s’agit de votre film le plus ambitieux esthétiquement ?

 

J’ignore si c’est le plus ambitieux que j’ai réalisé mais je suis sûr d’une chose : Santa & Cie est le film qui me ressemble le plus aujourd’hui, à la fois dans ce que je suis et dans ce que j’ai envie de raconter, mais aussi dans le fond et la forme que j’ai envie de défendre.

 

Propos recueillis par Nicolas Colle

 

 

Alain Chabat : « Les sociétés françaises d’effets visuels sont uniques dans leur énergie, leur exigence et la poésie qu’elles apportent à leur création ».

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