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Pierre-Antoine Capton : « L’enjeu est d’avoir des marques qui rencontrent le succès auprès du public »

 

Pour la deuxième année consécutive, Mediawan arrive en tête du classement des pro­ducteurs de fiction établi par Ecran total. A la différence de l’an dernier, vous creusez l’écart avec vos concurrents de manière significative. Pouvez-vous nous expliquer cette performance ?

 

Au-delà des chiffres, c’est la fierté d’avoir conservé des productions très qualitatives avec des succès pour les partenaires avec lesquels nous tra­vaillons. Bravo à Thomas Anargyros, Matthieu Viala et à toutes nos équipes de production. Le succès des Bracelets rouges (Vema production/Véronique Marchat), celui de Dix pour Cent (Mon voisin productions/Mother Produc­tions), des Rivières pourpres (Storia Té­lévision), valide notre stratégie de nous associer aux meilleurs producteurs de fiction en France et nous permet d’ima­giner des productions et des copro­ductions encore plus qualitatives pour l’avenir.

 

L’enjeu en 2018-2019 n’était pas de faire plus de volume, mais de créer un écosystème local puissant et d’avoir des marques qui rencontrent le succès auprès du public, pour tous les types de diffuseurs avec lesquels nous travaillons (hertzien, plateformes). L’année 2019 nous a permis de consoli­der nos acquis et de nous préparer pour de grands projets en 2020.

 

Quels sont les changements que vous constatez dans l’univers de la production ?

 

Les séries historiques se renou­vellent. Les usages ont changé, cela a imposé un nouveau type d’écriture plus moderne qui modifie le genre de la fiction française. Cela influence notre façon de travailler et de produire de façon plus qualitative. Le line-up des chaînes françaises a sacrément évolué.

 

Etes-vous désormais installé dans un esprit de production destinée à l’étranger ?

 

Oui, en Allemagne, en Italie et en Espagne, je constate que les produc­teurs sont beaucoup plus tournés vers l’international que nous. Avec nos équipes, nous oeuvrons pour créer des franchises qui voyageront dans le monde entier.

 

Y a-t-il aujourd’hui des territoires qui vous intéressent en particulier ?

 

L’expansion européenne est notre priorité. La qualité de la production espagnole a été mise en avant avec l’ar­rivée des plateformes et a explosé dans le monde entier. C’est un pays où les producteurs ont su se renouveler for­tement et attirer de nombreux diffu­seurs, et Mediawan doit y être présent rapidement comme nous le sommes déjà en Italie avec Palomar. 

 

Nos producteurs locaux sont ca­pables de réaliser des hits mondiaux, il faut les accompagner dans ce déve­loppement. Il n’est pas normal que les séries italiennes ou espagnoles connaissent plus de succès que les séries françaises à l’international. Une grande partie de notre énergie doit se concentrer sur la création de formats internationaux. On arrive à le faire dans tous les genres : la musique, le cinéma, mais pas dans la fiction. Nous allons y remédier.

 

En est-il de même pour l’animation où vous êtes présents ?

 

L’intérêt du public pour l’anima­tion, un genre très consommé sur les plateformes, est énorme. Sous l’angle économique, le rachat de eOne par Hasbro ou le lancement de Disney+ en sont une bonne illustration. Nous ne pouvons certes pas être en compétition avec Disney, mais nous pouvons tout de même créer des fran­chises mondiales. On l’a réussi chez ON avec Aton Soumache qui a réalisé, en coproduction avec Jérémy Zag, Miraculous, les aventures de Ladybug et Chat noir, devenue en trois ans une marque mondiale.

 

On lance une autre série en ce moment, aux Etats-Unis, Power Players, toujours avec Jérémy Zag, qui je l’espère aura le même suc­cès. La création de marques dans tous les genres – animation, fiction et do­cumentaire – et le regroupement des meilleurs talents sont des enjeux pri­mordiaux pour Mediawan.

 

Il y a des tentatives européennes de séries, qui n’ont pas toujours très bien marché.

 

Je ne crois pas qu’associer des parte­naires italiens par exemple à un projet français en créant de fausses coproduc­tions soit efficace. Il faut créer ensemble des produits nouveaux à vocation inter­nationale. Cela nécessite un travail de réflexion, d’écriture et de production, l’addition de producteurs de nationalité différente n’engendre pas des séries de qualité. Nos producteurs travaillent dé­jà ensemble sur des projets européens.

 

Comment vont vos relations avec les diffuseurs ?

 

Le monde a changé : les chaînes ont besoin de partenaires ambitieux, ce que nous sommes. Et nous avons besoin de chaînes de télévision avec qui nous par­tageons la même ambition et les mêmes risques. Et c’est le cas en France.

 

La cession de certains producteurs ou de groupes (comme Lagardère Studios) est toujours d’actualité. Où en êtes-vous ?

 

Il y a beaucoup de talents chez La­gardère Studios. Mais notre priorité est européenne. Nous avions à finir un travail de consolidation de nos acqui­sitions, de création des synergies et de recrutement de talents. Nous allons rapprocher toutes les équipes sur un même site de 10 000 m2 (l’ancien siège de Michelin, avenue de Breteuil, à Pa­ris) qui accueillera toutes les équipes prochainement. Il y a beaucoup de groupes en vente aujourd’hui. Nous avons étudié toutes les possibilités et fait les meilleurs choix au meilleur prix afin de créer de la valeur pour Mediawan. Il n’y a pas de fièvre ache­teuse chez nous, on a passé plus de temps à refuser des deals qu’à en faire, mais si cela crée de la valeur pour notre groupe, on ne s’interdit rien.

 

Pour financer la croissance de Mediawan en France ou en Europe, avez-vous besoin d’ouvrir le capital du groupe ?

 

Non, nous pouvons poursuivre notre stratégie de croissance sans financements additionnels. Certains producteurs vont nous rejoindre dans des nouvelles structures très promet­teuses. Récemment, Mathieu Viala (Makever) a recruté Nicole Collet, et Jean Nainchrik, producteur de La Mante pour TF1, nous a également re­joint. Et si nous voulons aller plus vite dans notre développement, il y a des partenaires prêts à nous accompagner. On ne s’empêche rien.

 

Comment qualifiez-vous vos relations avec les différentes plateformes ?

 

Très bonnes. Nous sommes très heureux que la nouvelle loi audiovi­suelle fasse entrer la directive SMA, et la transpose dans le droit français. C’était indispensable. Les produc­teurs ne sont pas des prestataires. Nous discutons avec Netflix, Ama­zon, Apple, Disney et Warner. Nous travaillons avec certains d’entre eux, Makever (filiale de Mediawan) vient de signer une première série origi­nale avec Warner. Nous vivons une période de transition au cours de laquelle nous allons apprendre à tra­vailler avec elles, et créer un équilibre économique, ce qui facilitera les suc­cès français à l’étranger. On ne peut que se réjouir de cette perspective.

 

Véronique Cayla soulignait récemment que la chaîne linéaire franco-allemande est la vitrine de la plateforme d’Arte. Qu’en pensez-vous ?

 

Producteur d’émissions de flux, notamment sur France 5 avec C à vous, on se rend compte que l’audience augmente chaque saison. La chaîne linéaire continuera d’exister. Pour les rendez-vous forts, l’information, le sport. C’est indispensable. Dans les programmes de flux, il y a des ren­dez-vous dont le téléspectateur a be­soin. Pour les autres publics, ils iront consommer leurs programmes autre­ment sur les plateformes. Pour nous producteurs, cela a multiplié les expo­sitions, et par extension la demande de création de nouveaux programmes. Les distributeurs de cinéma qui les mettront sur grand écran, Disney+, YouTube, Canal+ ou TF1… Ce sont eux qui exploiteront nos programmes.

 

Le travail avec les plateformes est-il devenu plus facile ?

 

Il est certain que l’approche parte­nariale est plus probante aujourd’hui que par le passé. C’est peut-être plus facile pour un acteur comme Mediawan de négocier que pour un producteur seul. Les ressources nécessaires pour développer sont de plus en plus importantes. Il faut des moyens en face de cette ambition. Et Mediawan a de l’ambition.

 

Quelques mots sur le projet de loi audiovisuelle…

 

J’ai entendu parler de “champions français” mais uniquement pour les diffuseurs et j’ai l’impression qu’on ne conçoit pas que cela s’applique aux groupes de production. On se réjouit tous de la dynamisation des ressources pour les chaînes de télévision, on la réclamait même mais il faut absolu­ment remonter la part de la production indépendante. Nous avions signé des accords équilibrés et satisfaisants pour toutes les parties l’an dernier avec les chaînes de télévision. La loi ne doit pas oublier les producteurs, les créateurs et les auteurs

 

L’Asie fait-elle partie de votre zone de développement ?

 

L’Asie mais aussi l’Afrique font partie de notre stratégie et nous fe­rons des annonces prochainement dans ce sens.

 

Et le cinéma ?

 

C’est un axe de développement important que de s’associer aux meil­leurs talents créatifs : nous sommes heureux de travailler avec Dimitri Rassam, Simon Istolainen, Gilles de Maistre, Dominique Besnehard, Palomar et d’autres qui vont bientôt nous rejoindre. Nous avons la sor­tie en décembre du film de Mathieu Delaporte et Alexandre de La Patel­lière avec Fabrice Luchini et Patrick Bruel, qui s’appelle Le Meilleur reste à venir, dont on parlera beaucoup. Anthony Marciano a signé Play, qui est un film qui va rencontrer un beau succès et Gilles de Maistre après Mia et le lion blanc prépare Le Loup et le Lion qui devrait remporter le même succès. Nous sommes fiers de signer ces beaux films.

 

 

Propos recueillis par Michel Abouchahla

 

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