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Luchon : rencontre avec Dominique Besnehard

 

Remplaçant au pied levé Muriel Robin, retenue par un problème d’agenda, Dominique Besnehard présidera le jury fiction de cette 21e édition du fes­tival.

 

Un jury composé des comédiennes Frédérique Bel, Gwendoline Hamon, Florence Pernel et Nadia Farès, du com­positeur et interprète Bénabar, du comé­dien Antoine Duléry, du producteur et président de l’USPA, Thomas Arnagyros. Et enfin, du réalisateur Emmanuel Rigaut.

 

Une mission que s’apprête à remplir avec enthousiasme l’ancien agent, producteur de la série Dix pour cent, l’un des succès de l’année écoulée en matière de fiction.

 

Pourquoi avez-vous accepté la présidence du jury fiction après la défection de Muriel Robin ?

 

Parce que je connais Christian Cappe depuis très longtemps et qu’il me l’a demandé, tout simplement ! C’est quelqu’un de très tourné vers la fran­cophonie, comme je le suis à travers le festival d’Angoulême. Il m’a pro­bablement appelé sur le conseil de Muriel Robin, dont je suis proche pour avoir été son agent, et qui n’a finalement pas pu se libérer à cause d’un tournage.

 

Cela me touche qu’il ait pensé à moi parce que beaucoup d’autres membres du jury auraient parfaitement pu tenir ce rôle. Et cela me fait d’autant plus plaisir que c’est une grande première : j’ai beau avoir travaillé pour de nombreux festivals, je n’avais jamais présidé de jury!

 

C’est un très beau cadeau pour mes 65 ans, que je fêterai le 5 février. En plus, comme j’ai toujours développé une forme de complexe de légitimité, c’était l’année ou jamais avec le succès de Dix pour cent, qui a été l’une des réussites de 2018 côté fiction.

 

Programmée fin décembre, Meurtres à Brides-les Bains, avec Line Renaud et Patrick Catalifo, aussi très bien marché sur France 3, le soir de la diffusion mais aussi en rattra­page où la fiction a battu des records. Bref, c’est un peu mon année !

 

Dans quel état d’esprit allez-vous présider ce jury ?

 

Avec l’envie énorme de découvrir tous les films présentés. A cause de mon emploi du temps, je passe souvent à côté des grandes fictions. Ce rôle va me permettre d’avoir un aperçu com­plet des productions à venir cette an­née.

 

J’ai volontairement choisi de ne pas regarder la sélection pour arriver avec un esprit complètement vierge, et j’adore ça ! Je suis aussi très heu­reux à l’idée de retrouver les autres membres du jury, à commencer par Florence Pernel, dont je me suis oc­cupé, ou encore Bénabar que j’aime beaucoup.

 

Et si je remplace Muriel au pied levé, je suis tout de même très content qu’elle puisse rejoindre Luchon à l’occasion de l’hommage qui lui sera rendu. Elle, c’est la famille, et je suis enchanté qu’elle ait signé le succès de l’année 2018 en matière de fiction avec Jacqueline Sauvage, c’était lui ou moi , diffusée sur TF1.

 

Vous avez aussi connu la réussite avec la saison 3 de Dix pour cent, sur France 2, puis Netflix. Ce succès a-t-il changé quelque chose pour vous ?

 

Je reçois en effet de nombreux coups de fil venus du monde entier, notamment depuis que la série est dis­ponible sur Netflix. Des acteurs améri­cains me disent qu’ils ont vu et apprécié la série, dont la première adaptation est actuellement diffusée au Québec.

 

Rebaptisée Les Invisibles, elle marche très bien, alors que Dix pour cent y a été diffusée il y a peu de temps et que son budget reste bien moins important. Des options pour une adaptation ont également été prises au Royaume-Uni, en Allemagne, mais aussi en Italie.

 

Comme le prouve votre série, les acteurs de cinéma n’hésitent plus à tourner pour la télévision. Cela n’a pas toujours été le cas…

 

Pour ma part, je suis un enfant de la télé. J’ai passé ma jeunesse à m’en­nuyer devant les deux chaînes qui existaient alors. Pour tuer le temps, je jouais même au correspondant local de Télé 7 Jours depuis mon grenier… D’ailleurs, j’ai gardé toutes mes fiches de l’époque [Rires, ndlr] ! Ce n’est qu’en arrivant à Paris que je me suis intéressé au cinéma.

 

Ensuite, pendant vingt ans en tant qu’agent, j’ai toujours regardé la télévision avec respect et envie. Mais il est vrai que c’était loin d’être le cas de tout le monde, car le cinéma et la télé­vision étaient à l’époque deux univers très compartimentés. La télévision était un genre négligé : chez Artmédia, une seule personne en avait la charge sur un total de 400 salariés ! Or, il faut le dire et le répéter, la télévision n’est pas un art mineur.

 

Quand je suis arrivé là-bas, l’un de mes premiers combats a été de convaincre autour de moi qu’il était capital de s’ouvrir à la télé. C’est grâce à Josée Dayan et à son amour pour les comédiens que les choses ont progressé et que les stars du cinéma se sont peu à peu ouvertes au petit écran.

 

La qualité de la fiction française a progressé de façon spectaculaire ces dernières années…

 

J’en ai la preuve au quotidien, même si les vieux réflexes restent par­fois tenaces. Certains critiquent en­core la réalisation d’un film de cinéma en disant : « Ça fait téléfilm ! ». Mais je peux vous dire que je vois beaucoup plus de films de cinéma massacrés par leur mise en scène que de films destinés au petit écran. Arrêtons cette discrimination. Selon moi, c’est tota­lement anachronique !

 

Aujourd’hui, nous avons une télévision de très grande qualité, grâce notamment à son infinie diversité. Regardez TF1, qui s’est longtemps contentée de fic­tions un peu académiques, et qui ose aujourd’hui des séries avec des cas­tings incroyables, comme Insoupçon­nable avec Emmanuelle Seigner et Melvil Poupaud. Le penchant régional de France 3, avec des séries comme Meurtres à…, me plaît aussi beaucoup.

 

A mes yeux, il ne nous manque peut-être qu’une grande série historique. Notre riche passé regorge pourtant de sujets passionnants… Regardez la dy­nastie des Valois, par exemple, qui n’a rien à envier à celle des Borgia : à côté, ils peuvent aller se rhabiller ! En tant que producteur, je rêve d’ailleurs de produire une série sur les Valois avec Josée Dayan derrière la caméra.

 

Un mot sur vos projets en cours ?

 

Nous travaillons avec mon asso­cié Antoine Le Carpentier sur un documentaire consacré à la place des femmes dans notre cinéma au­jourd’hui, dans la foulée du mouve­ment initié lors du dernier festival de Cannes. Intitulé Cinéma français, au féminin pluri(elles), il est réalisé par Patrick Fabre et destiné à Canal+.

 

Nous développons aussi un projet de série en coproduction avec Federation qui devrait s’appeler Cabaret de Paris (8 x 52’), inspiré d’un célèbre cabaret de strip-tease de la capitale, et écrit par Léa Fazer. Nous travaillons également sur une suite pour Meurtres à Brides-les-Bains, toujours avec Line Renaud. C’est la première fois qu’un épisode de la collection de France 3 aura droit à une suite.

 

Enfin, autre projet porté par Line Renaud, avec également Ro­mane Bohringer au casting : Huguette, un unitaire pour Arte qui sera réalisé par Antoine Garçon (Dix pour cent).

 

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