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Lille, capitale de la comédie française

En parallèle de plusieurs animations et rétrospectives, la première édition du Festival CineComedies de Lille a brillé par ses débats autour de la conception musicale, de l’écriture et du rayonnement de la comédie française à l’étranger.


 

Du 28 au 30 septembre, le public lillois a pu assister à des projections de comédies cultes du patrimoine français, la plupart en présence de leur réalisateur ou scénariste (Jean-Marie Poiré, pour Les Visiteurs, Danièle Thompson, pour Les Aventures de Rabbi Jacob). Sans oublier un concert en hommage à l’invité d’honneur, Pierre Richard, mais aussi trois conférences autour de thèmes liés à la musique, à l’écriture et à la distribution des comédies françaises sur la scène internationale. Au cours de la première conférence, le compositeur Pierre Adenot (Les Émotifs Anonymes) a rappelé que la musique d’une comédie devait principalement s’attacher aux personnages et ne pas seulement appuyer la drôlerie du film : “Charlie Chaplin et Pierre Richard ne brillent pas seulement par leur humour, mais par leur aspect burlesque et poétique que la musique doit illustrer”. Le musicien a par la suite évoqué une problématique à laquelle beaucoup de compositeurs semblent confrontés à l’époque du tout-numérique : “Parfois les monteurs utilisent des musiques temporaires pendant toute la durée du montage, à tel point que lorsque nous prenons la main sur la composition musicale, les producteurs nous demandent presque de plagier la musique temporaire car ils s’y sont habitués. L’idéal serait que nous collaborions avec le metteur en scène dès la préparation du tournage, et non pas à la fin du processus de postproduction.

 

Des chaînes trop interventionnistes

 

Au cours de la masterclass dédiée à l’écriture, le scénariste Didier Kaminka (Les Ripoux) a dénoncé le fait qu’en raison de l’importance de leur investissement dans le cinéma français, les chaînes de télévision se permettaient d’intervenir dans le processus d’écriture et même sur le casting afin de formater une oeuvre pour le plus grand nombre. Des propos confortés par Fadette Drouard, coscénariste de Patients, premier film du slameur Grand Corps Malade : “Quand on a présenté Patients aux producteurs, on leur a signifié qu’on souhaitait travailler uniquement avec des acteurs inconnus. Aucune chaîne ne nous a suivi. Et pourtant, un an après, TF1 a diffusé Les Bracelets rouges qui se déroule dans un contexte assez similaire. Les chaînes affichent une tendance certaine à reprendre des concepts qui ont eu du succès et à les décliner”.

 

Privilégier la “French Touch”

 

Au cours de la conférence sur la distribution internationale des comédies françaises, le constat a très vite été établi que ce genre occupe le sommet du box-office depuis de longues années. Il est également celui qui s’exporte le mieux sur la scène internationale, notamment dans les pays francophones (Belgique, Suisse) où la proximité culturelle permet à ces films d'exceller : “L’Allemagne est également très friande de comédies françaises depuis plus de 50 ans. Notre cinéma s’y est même renforcé suite au succès d’Intouchables, qui a été vu par 9 millions de spectateurs allemands. Des films comme Astérix et Bienvenue chez les Ch’tis ont aussi connu de très belles performances en Italie et en Espagne” explique Gilles Renouard, directeur général adjoint d’Unifrance. La situation s’avère toutefois plus complexe en Asie et aux Etats-Unis, pays qui produisent de nombreuses comédies, avec leurs vedettes locales et sur des sujets plus éloignés des nôtres : “Intouchables a été vendu comme un phénomène en Asie et y a donc connu un grand succès mais, généralement, les distributeurs ne prennent pas le risque de sortir des comédies étrangères. Cela nécessite de toucher un public familial et engendre un coût trop élevé pour eux. Ils préfèrent se tourner vers nos films d’auteurs dramatiques. Quant aux Etats-Unis, les productions françaises rencontrent du succès mais pas les comédies. En effet, les films y sont diffusés en versions sous-titrées, or le langage de nos comédies est prépondérant à leur compréhension. Sans doublage adéquat, il n’est pas aussi intelligible. Les comédies de Francis Veber et Cédric Klapisch y connaissent néanmoins de belles performances.

 

Quant au marché chinois et ses 60 000 salles, peu de films français ont l’occasion d’y briller car la mise en place de quotas permet la diffusion de seulement 70 films étrangers, dont 3 à 7 films français chaque année. Enfin, a été rappelé à quel point les comédiens français avaient su s’imposer sur la scène internationale, comme récemment Omar Sy et Jean Dujardin, au point de devenir un gage de qualité française. “La plupart des acteurs de comédie incarnent leur personnage comique une majeure partie de leur carrière, comme Pierre Richard ou Dany Boon. Ce qui leur permet de fidéliser leur public, y compris à l’international. Le plus important pour la comédie française, c’est de savoir se démarquer des comédies produites par les pays où elle cherche à être diffusée. Tous les pays ont leurs films drôles sur les profs, donc inutile de leur vendre le nôtre. Il est préférable de miser sur notre identité, notre écriture et nos artistes”, insiste Gilles Renouard.

 

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