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Les branches de l’exploitation donnent de la voix


 

La seconde journée du 73ᵉ Congrès de la Fédération nationale des cinémas français, qui se déroule actuellement au CID de Deauville, a été consacrée aux rapports de branches et aux échanges avec le bureau de la Fédération. Après la traditionnelle introduction de Richard Patry, président de la FNCF, qui a rappelé que la France comportait 5.909 écrans de cinéma selon les derniers comptes, la rapporteuse de la grande exploitation, Laurence Meunier, a développé les points abordés dans la matinée par les membres de sa branche. Celle-ci s’avère inquiète quant aux résultats de sa fréquentation qui accuse pour l’heure une chute de 8%, alors qu’elle n’est que de 5% au niveau national. "Cela déstabilise les équilibres financiers de nos établissements, pouvant à moyen terme remettre en cause les investissements nécessaires à leur attractivité." Comme tous les cinémas, ceux de la grande exploitation sont confrontés au renouvellement du matériel numérique et si la branche comprend que les salles les plus fragiles soient les plus aidées, elle regrette d’avoir été exclue par le CNC de la réflexion sur le sujet.

 

Revenant sur le rapport de l’Igac et l’IGC de l’an passé, Laurence Meunier a déploré que le CNC se soit appuyé sur "sa conclusion déconnectée pour construire sa politique de l’après-VPF. En fermant la porte à la participation des distributeurs, le Centre a provoqué un immense gâchis". La branche rappelle que 10% à 15% des sommes économisées par les distributeurs permettrait de dégager une enveloppe d’environ 10 M€ par an "indispensable à la maintenance et au renouvellement du matériel". La grande exploitation attend donc du CNC qu’il soit "plus performant sur les 12 prochains mois qu’il ne l’a été sur les 12 derniers".
Les engagements de programmation préoccupent aussi la branche qui évoluerait, d’après elle, vers une "technocratisation de la programmation". A l’heure du renouvellement de ces engagements, la grande exploitation demande au CNC de ne pas rechercher la surenchère lors des négociations. "Plutôt que de contraindre les salles à diffuser un nombre de films toujours plus importants, le Centre devrait réguler le nombre de productions françaises. Nous déplorons d’autant leur augmentation que leur qualité n’évolue pas en proportion."

 

Un manque de qualité des productions

Pour la moyenne exploitation, la chute de la fréquentation est aussi préoccupante ; des baisses à périmètre constant allant de 4% à 12%. Seules les salles récentes connaîtraient une augmentation. "Si la fréquentation se fixait durablement autour de 180 millionsd’entrées, a alerté la rapporteuse Marie-Laure Couderc, un grand nombre de salles seraient conduites à la fermeture." Les raisons de cette baisse sont d’abord conjoncturelles, avec un été ensoleillée, "footballistique" et sans films porteurs. Pour le structurel, Marie-Laure Couderc évoque l’attractivité des films, leur "non qualité au profit du nombre qui décourage le public et crée une confusion et une invisibilité des sorties".

Pour le renouvellement du matériel numérique, la branche sent, depuis que le CNC a lancé l’Observatoire du renouvellement du matériel numérique, que le Centre a enfin pris la mesure des difficultés. "Nous espérons que dans les prochains mois, un financement pérenne nous accompagnera." Les plates-formes de SVàD inquiètent également : "Mowgli, Scorsese, Brad Pitt : ils sont tous sur Netflix. Même la Mostra de Venise les soutient !". Et Marie-Laure Couderc de renouveler le vœu pieux que les diffuseurs participent au financement de la production cinéma, "comme Canal+ en 1984". Et si les jeunes, forts consommateurs de films et séries sur les autres écrans, aiment aller au cinéma, c’est "à condition que nous ayons des films, et des bons films à leur proposer".

 

58% des écrans ont connu des pannes

Tout comme la moyenne exploitation, la petite se réjouit, malgré une certaine attente, que l’Observatoire dédié au renouvellement du matériel numérique ait enfin vu le jour. "Les constats que nous ressentions sont confirmés par l’enquête menée par l’Afcae dans ce cadre", a déclaré le rapporteur Laurent Coët. Ainsi, sur les 558 cinémas qui y ont participé, soit 1.082 écrans, on observe que 58% des écrans ont connu des pannes. Et 90% des mono-écrans déclarent avoir rencontré une ou plusieurs difficultés sur leurs projecteurs ou leurs serveurs. Tous comme les autres branches, la petite exploitation réclame un mécanisme de financement durable pour pallier à ses problèmes "sans siphonner les comptes de soutien". Pour la branche, la baisse de la fréquentation a été "vertigineuse cet été", et certains exploitants ont dû s’endetter pour payer les salaires.

Au sujet du piratage, qui fera l’objet d’un grand débat durant la matinée de ce mercredi 26 septembre, la balle a été une nouvelle fois renvoyée dans le camp des pouvoirs publics, toujours accusés d’inaction. L’autre sujet urgent pour la branche reste l’accès au film. Le développement massif des multiplexes devrait être rééquilibré par des mesures pour compenser la concentration des copies. Laurent Coët a rappelé que le volume des séances de cinéma dans les mono-écrans depuis 2009 avait augmenté de près de 30%, quand il était de 13% pour l’ensemble du parc. "Cela n’a pas permis de conquérir de nouveaux spectateurs mais de contenir une hémorragie. De plus, 14 séances hebdomadaire ne peut être une norme acceptable." Et d’ajouter qu’"aujourd’hui, dire qu’un distributeur doit rester maître de son plan de sortie se traduit de facto par l’abandon total de la petite exploitation. Il est maintenant primordial de faire sauter le verrou de la cinquième semaine". Enfin, partant du principe que la moitié des cinémas français sont des mono-écrans, la petite exploitation souhaite voir la création d’un groupe de travail autour des enjeux de ce type d’établissements.

 

La bataille de la communication contre les plates-formes

Au sujet du "verrou de la cinquième semaine", Richard Patry a annoncé que la question serait à l’ordre du jour du prochain Comité de concertation numérique. "Je pense que nous allons pouvoir publier assez vite une recommandation sur ce sujet." Par ailleurs, la question de la promotion des salles de cinémas auprès du public a été soulevée à de nombreuses reprises, à l’heure où les plates-formes font toujours plus parler d’elles. "Nous sommes en train de perdre la bataille de la communication, a déclaré Richard Patry. Je ne sais pas comment Netflix fait pour obtenir une telle tribune, mais de ce point de vue là, on a beaucoup à apprendre. Il est impératif que nous reprenions donc ce combat pour montrer que les salles de cinéma sont jeunes, modernes, dynamiques. Je vous promets qu’on va mettre le paquet dans les mois qui viennent."

Enfin, au sujet de la chronologie des médias, le président de la FNCF a rappelé que la Fédération était bien signataire de l’accord, avec un consentement largement majoritaire de ses adhérents – mais pas unanime, à l’image du Scare. Reste que pour Richard Patry, "une fenêtre de quatre mois pour les salles, certes avec dérogation, et une fenêtre à huit mois pour Canal+, c’est une grande victoire pour notre secteur. Nous préservons l’essentiel. Mais je ne me fais pas d’illusions : à peine l’accord était-il dévoilé qu’on entendait déjà qu’on était des dinosaures à maintenir cette fenêtre. Il va donc falloir donner le change assez vite".

 

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