Mot de passe oublié
Cancel

Rss

La FNCF et le CNC réaffirment leur soutien aux salles


 

Lors du débat entre les exploitants et les pouvoirs publics au cours de la seconde journée du Congrès de Deauville, le président de la FNCF, Richard Patry, a rappelé qu’en dépit d’un fléchissement de la fréquentation des salles depuis quelques mois, le cinéma français demeurait le premier d’Europe. Des propos appuyés par la présidente du CNC, Frédérique Bredin, qui a précisé qu’avec près de 200 millions d’entrées générées en France : "Notre pays devançait encore largement l’Angleterre et ses 170 millions d’entrées ou encore l’Allemagne avec ses 140 millions d’entrées". Sans oublier que le cinéma le plus fréquenté du monde est français – l’UGC Les Halles à Paris – et que deux autres salles françaises intègrent le top 10 mondial (UGC Bercy et Kinepolis de Lomme). Un succès notamment dû, selon le président de la Fédération "à une diversité des œuvres diffusées et un dynamisme des exploitants français qui investissent massivement dans la création, en reversant près de 210 M€ de recettes aux distributeurs".

 

Produire moins de films

 

Dans une période où l’industrie cinématographique ne cesse de muter avec l’arrivée de nouveaux acteurs bouleversant l’ordre établi, Richard Patry a appelé ses confrères exploitants à être solidaires pour défendre le modèle français et son exception culturelle avant de dresser un constat sans appel : "On produit « trop » de films en France. Nous ne pouvons plus absorber ce flot incessant de films que nous sommes souvent les seuls à diffuser. On nous reproche à la fois de ne pas les garder suffisamment à l’affiche mais aussi de ne pas rentrer les nouveaux qui sortent. Il faut arrêter cette spirale de l’inflation de la natalité cinématographique et offrir au public moins de films mais mieux financés, mieux distribués et mieux écrits par des auteurs qui auront plus de moyen de création. Les producteurs auraient également plus d’argent à investir dans des projets plus ambitieux et les sociétés de distribution seraient beaucoup plus solides". Une réflexion devrait être engagée autour d’un nouveau système de financement des œuvres qui ne s’appuierait plus uniquement sur le modèle du préfinancement.

 

Les plates-formes au cœur des enjeux

 

Concernant le développement toujours plus accrue des plates-formes et notamment de Netflix, tout juste auréolé du Lion d’or à Venise pour Roma, d’Alfonso Cuarón, le président de la FNCF a rappelé que les salles étaient prêtes "à accueillir les films financés par les plates-formes à condition que ces dernières respectent le modèle en place, et qui fonctionne, avec la prédominance de la salle de cinéma comme premier diffuseur. Netflix ne peut pas prendre en otage les spectateurs. Il veut garder son exclusivité sur tous les diffuseurs. Tout opérateur se doit de respecter les règles du pays où il veut agir et contribuer au financement et à la diversité des œuvres". La FNCF a également souligné que les projections non commerciales ainsi que l’aide au financement et à l’entretien des équipements numériques restaient les principales préoccupations des exploitants français et que les institutions mettraient tous les moyens en œuvre pour que jamais aucune salle ne soit amenée à fermer pour cause de fracture numérique. Si le combat de la numérisation de toutes les salles a été remporté, Richard Patry indique toutefois que le numérique implique également une utilisation marketing via l’exploitation des big data. Domaine où les salles ont encore, selon le président, une marge de progression importante à réaliser.

 

Innover et agir… encore et toujours

 

De son côté, la présidente du CNC a énoncé le fait, qu’au moment où le développement des plates-formes est en plein essor, avec l’arrivée de nouveaux entrants comme YouTube Premium ou prochainement Facebook, le chiffre d’affaires de vidéo par abonnement a augmenté de 91% en 2017 : "Dans ce contexte, les salles françaises doivent s’adapter aux nouvelles attentes du public et notamment des plus jeunes qui passent en moyenne 2 heures 30 sur Internet tous les jours. Ils sont sensibles à l’abondance d’offres et d’images qu’ils reçoivent. Ils subissent aussi la puissance des algorithmes car ces nouvelles plates-formes ciblent leurs goûts, leurs habitudes et analysent leurs données personnelles pour orienter leurs loisirs. Les salles ne peuvent pas laisser l’utilisation des nouvelles technologies aux plates-formes, d’autant plus qu’elles ont une force extraordinaire dans cette bataille du numérique : une connaissance humaine approfondie de leur public que rien ne peut remplacer. Les exploitants doivent répondre à tous ces événements par l’innovation et l’action, comme elles ont su le faire au moment de l’arrivée de la télévision, de la vidéo ou d’Internet. Cette action passe par le fait de donner à la salle toute sa place comme clé de la magie du cinéma".

 

Une action d’ores et déjà accomplie puisque toute l’audience s’est félicitée de la nouvelle chronologie des médias qui sera prochainement mise en œuvre par le gouvernement et qui verra les salles conservées leur fenêtre d’exclusivité de quatre mois.
Quant à l’innovation, Frédérique Bredin a salué l’ensemble des exploitants qui agissent pour que leurs salles demeurent à la pointe de la technologie afin de faire vivre un spectacle exceptionnel à leur public. Tout en rappelant la nécessité pour ces dernières de développer le marketing numérique via les réseaux sociaux et la billetterie dématérialisée pour attirer des communautés de passionnés. D’où la décision prise par le CNC de rendre éligible au fonds de soutien les dépenses de formation aux outils numériques. La direction du cinéma organisera également deux journées gratuites pour montrer l’intérêt de ces outils et comment les utiliser pour améliorer la fidélisation des spectateurs.

 

Lutter contre l’endettement

 

Frédérique Bredin a aussi pointé que les salles demeuraient un lieu de vie, de rassemblement, et qu’il était nécessaire de maintenir le développement de nouvelles salles sur tout le territoire y compris en zone rurale : "Plus de la moitié des salles sont situés dans des villes de moins de 10.000 habitants. 67 nouvelles salles ont ouvertes en 2017. Et aujourd’hui encore émergent de nombreux projets à l’initiative de maires qui ont compris la nécessité de mettre la salle au cœur de l’animation de leur centre ville qui est une question clé de l’aménagement du territoire".

 

Face aux difficultés économiques des salles les plus fragiles, le CNC souhaite trouver des solutions aux problèmes rencontrées par ces dernières et prendre des mesures décisives pour faciliter les projets des exploitants en majorant les avances du soutien automatique :"Chaque salle éligible à l’aide sélective pourra, même sans avoir obtenu cette aide, bénéficier jusqu’à six ans d’avance sur son soutien automatique. C’est une avancée considérable pour la création, la rénovation et l’extension des salles. Les exploitants disposeront davantage de trésorerie pour leur investissement et d’avoir moins recours à l’emprunt bancaire".
La prochaine étape pour le CNC sera de créer, en partenariat avec la FNCF, un groupe de travail pour aider les cinémas à faire face aux difficultés d’endettement qu’ils rencontrent. Sans oublier qu’après avoir augmenter l’aide à l’art et essai d’un million d’euros, cette dernière sera encore augmentée de 500.000 € d’ici 2019. Soit une augmentation de 10% en deux ans.

 

Share Button