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EXCLUSIF : La Ministre de la Culture, Françoise Nyssen, nous a accordé un entretien

 

Le Festival de la fiction de La Rochelle fête ses 20 ans. Quel regard portez-vous sur la fiction française ?

 

On ne peut être que fiers de la fiction française ! Le travail accompli ces dernières années a porté ses fruits. Aujourd’hui elle connaît un très grand succès, tant en France qu’à l’international : 88 des 100 meilleures audiences de fiction l’année dernière sont des fictions françaises, et les ventes sont en hausse de plus de 27%. Toute la filière a renforcé sa créativité, sa compétitivité. Et grâce au renforcement du crédit d’impôt, ce renouveau se traduit par davantage d’investissements, d’activité et d’emplois en France, dans les territoires. Entre 2015 et 2017, le crédit d’impôt a permis de relocaliser plus de 200 M€ d’investissement dans l’audiovisuel : c’est considérable ! C’est un motif de fierté, mais la compétition reste rude et nous devons sans cesse nous adapter. Nous allons davantage soutenir l’écriture et la créativité, car c’est ce qui permet à nos programmes de se différencier.

 

France Télévisions s’est associée aux autres télévisons publiques européennes (RAI, ZDF et TVE) pour coproduire des fictions. Est-ce la bonne démarche ?

 

Cette alliance est une formidable initiative. La coproduction est la meilleure manière de proposer des fictions plus ambitieuses, tant sur le plan artistique que financier. Une telle coopération va dans le sens du « plan séries » que j’ai annoncé en mai dernier lors du festival Série Mania, et que pilote le CNC. C'est une réponse nécessaire face à la montée en puissance des investissements dans la création audiovisuelle des géants américains : Amazon et Netflix aujourd'hui, Apple demain. Pour faire face aux géants du numérique, l’Europe est notre meilleure protection.

 

En matière de lutte contre le piratage, on a souvent reproché aux gouvernements précédents la tiédeur des mesures de rétorsion. Allez-vous sanctionner les pirates ?

 

J’ai fait de la lutte contre le piratage l’une de mes priorités. Le piratage est un fléau, il détruit notre création et notre culture. Si nous voulons le combattre de manière crédible, il nous faut réformer les mécanismes actuels, comme celui de la riposte graduée. Elle est inadaptée : elle ne s’attaque qu’au peer 2 peer alors que celui-ci ne représente plus que 20% des contenus téléchargés illégalement. Surtout, la priorité doit être donnée à la lutte contre les sites-pirates. Cela passe par un renforcement des pouvoirs de l’Hadopi : elle contribuera à la détection de ces sites et garantira l’effectivité dans le temps des décisions de justice, souvent mise à mal par la réapparition de « sites miroirs ».

 

Deux grands projets structurants pour le secteur de l'audiovisuel sont en cours d'élaboration : la réforme de l'audiovisuel public et la réforme de la loi sur l'audiovisuel. Où en sont les travaux et pensez-vous être dans les temps pour présenter un projet de loi au cours du premier semestre 2019 ?

 

Je peux vous l’annoncer : la réforme de la loi audiovisuelle sera débattue l'an prochain au Parlement. C’est une nécessité, chacun l’admet aujourd’hui. Sa préparation est en bonne voie. Cette réforme va nous permettre d’adapter le secteur audiovisuel public, son organisation et sa gouvernance aux enjeux du numérique ; et de transposer la nouvelle directive sur les services de médias audiovisuels, qui est une vraie victoire pour la France. Avec ce texte, nous avons pu obtenir de véritables avancées en termes de financement et de promotion de la création.

 

Cette nouvelle loi changera-t-elle les obligations de financement du cinéma par les chaînes de télévision ?

 

Cette loi aura beaucoup d’importance pour les opérateurs installés à l’étranger qui ciblent le marché français. C’est le cas de services de vidéo à la demande comme Netflix ou Amazon. Jusqu’ici, seuls les opérateurs installés en France devaient respecter ces obligations de financement, qui permettent de flécher vers la création française et européenne les investissements que les chaînes font pour leurs grilles de programmes. Avec l’appui de mes collègues européens, j’ai obtenu que ce mécanisme soit étendu : désormais, Netflix contribuera au financement de la création française et européenne au même titre que les chaînes de télévision. C’est à la fois un levier de croissance pour notre création, et une mesure d’équité pour les diffuseurs établis en France.

 

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