Mot de passe oublié
Cancel

Rss

Entretien avec Laure et Nathalie Kniazeff, fondatrices de Best Seller To Box Office (BS2BO)

 

La société Best Seller To Box Office (BS2BO), fondée par Laure et Nathalie Kniazeff, annonce le lancement de sa nouvelle plateforme en ligne afin d’aider les producteurs, réalisateurs, scénaristes, directeurs de production et responsables du développement à trouver le livre de leur prochaine production.

 

Comment est née l’idée de BS2BO ?

 

Nathalie Kniazeff : L’idée de créer cette plateforme nous est venue comme une évidence, à la fois une intuition et un constat. Dès 2009, nous avons pressenti que le monde du contenu allait devenir très important avec l’avènement du digital et l’émergence des médias sociaux. Parallèlement, nous avons fait un constat très simple : il n’existait pas en France, à quelques exceptions près, de “scouts audiovisuels” (têtes chercheuses) attachés à un producteur ou à un studio, comme cela se fait beaucoup dans les pays anglo-saxons.

 

Notre réflexion s’est focalisée sur la manière dont un producteur pourrait, à l’avenir, de façon simple et efficace, chercher et trouver un bon livre à adapter. L’idée d’une base de données de livres adaptables spécialement conçue pour les producteurs s’est naturellement imposée : Best Seller To Box Office était née.

 

Laure et moi réunissions à nous deux un certain nombre d’atouts nous permettant de passer rapidement de l’idée à la réalité. Laure avait les compétences informatiques et l’expérience de la production et elle cernait bien les problématiques et les besoins des producteurs. Pour ma part, je suis une lectrice compulsive. Et pendant dix ans, mon métier a été de créer des passerelles entre le monde de l’art contemporain et les entreprises, deux univers complètement différents, avec deux langages différents, à peu près aussi éloignés que l’est le monde de l’édition de celui de l’audiovisuel… L’envie de faire quelque chose ensemble, Laure et moi, a fait le reste.

 

Comment est organisée votre équipe en France et dans les autres pays ?

 

N.K. : Aujourd’hui, BS2BO rassemble une équipe de six personnes en France et une dizaine de têtes chercheuses confirmées du monde de l’édition à l’étranger, dont le rôle est de dénicher tous les livres parus ou à paraître avec du potentiel. Et bien sûr un pool de lecteurs expérimentés, chargés d’étudier les livres que nous leur soumettons et leur potentiel d’adaptation.

 

Comment travaillez-vous pour repérer un bon livre ?

 

N.K. : Notre équipe a pour la plupart au moins vingt ans de métier dans le monde de l’édition. Repérer un bon livre n’est donc pas la tâche la plus compliquée pour eux. En revanche, ce qui est beaucoup plus difficile, c’est de repérer un bon livre au bon moment, c’est-à-dire d’avoir les informations et les manuscrits, mêmes les plus confidentiels, avant les autres. Très souvent, nous travaillons avec des manuscrits, dans les pays anglo-saxons surtout, qui seront publiés à minima un an voire deux ans après.

 

Notre capacité à détecter un bon livre dépend donc étroitement de la qualité de notre réseau dans le milieu de l’édition, des liens que nous avons noués avec les éditeurs, les agents, mais aussi de la capacité de nos têtes chercheuses à se trouver au bon endroit au bon moment.

 

Concrètement, nous récoltons chaque semaine entre 200 et 300 livres ou manuscrits contenant des promesses d’adaptation. Ces œuvres viennent du monde entier, même si un accent particulier est mis sur les œuvres de langue anglaise et française et d’autres langues européennes, l’italien, l’allemand, l’espagnol. Nous étudions ces titres grâce à des rapports de lecture succincts ou détaillés et nous analysons leur potentiel d’adaptation. Les plus prometteurs, environ 150 chaque semaine, sont intégrés dans notre base de données et qualifiés. Nous compilons notre récolte hebdomadaire et la proposons à nos clients sous la forme d’un rapport hebdomadaire, qu’ils peuvent consulter directement sur le site dans leur compte personnel.

 

Grâce à la force de notre réseau et à notre process de travail, nous pouvons vraiment dire qu’aujourd’hui, nos clients sont au courant où qu’ils soient et quelle que soit la taille de leur structure de tout ce qui se passe dans le monde du livre, en France et à l’étranger, au même titre que les plus gros studios américains.

 

Y a-t-il des règles pour un bon livre ?

 

L.K. : Oui, bien sûr, il existe quelques règles implicites qui facilitent le travail de l’adaptateur. En premier lieu, nous nous attachons à l’originalité et la singularité du sujet : s’agit-il d’un sujet nouveau ou d’un traitement nouveau si le sujet lui ne l’est pas, d’une histoire que nous n’avons pas encore vue ni traitée sous un angle nouveau, qui va attirer l’attention, ou encore d’un contexte original ?

 

Ensuite, plus classiquement, nous examinons le rythme et la structure du livre : les actions et les rebondissements. Est-ce qu’il se passe des choses dans le livre avec un point d’orgue et un aboutissement satisfaisant ? Bien sûr, nous étudions également les personnages : y a-t-il un personnage principal suffisamment fort sur lequel le film va pouvoir reposer et auquel les spectateurs vont pouvoir s’identifier ? Les obstacles qu’il rencontre le font-ils évoluer ?

 

Nous gardons également en tête que de nombreux producteurs cherchent aujourd’hui des histoires à adapter pour des séries télévisées. Beaucoup de livres très ambitieux, riches en histoires secondaires et en personnages, que nous n’aurions pas forcément considérés il y a quelques années, deviennent de véritables pépites. Mais comme chacun sait, à toute règle une exception, et nous ne comptons plus les livres dont les droits audiovisuels ont été optionnés, malgré d’évidents obstacles à leur traduction à l’écran.

 

Le marché des oeuvres littéraires adaptables « aux écrans » a-t-il évolué en France ?

 

N.K. : La tendance de fond vers toujours plus d’adaptations sur les écrans existait déjà lorsque nous avons créé Best seller to box office en 2009. C’est ce qui nous permettait d’ailleurs d’être raisonnablement optimistes sur l’utilité de BS2BO. Néanmoins, cette tendance s’est réellement accélérée en 2017 avec l’arrivée de Netflix puis des nouvelles plateformes qui ont littéralement révolutionné le monde de l’audiovisuel. Leur besoin récurrent de nouveaux programmes permet de penser que l’immense vivier des histoires contenues dans les livres a de beaux jours devant lui. Et l’adaptation avec.

 

Pour citer quelques chiffres, une étude réalisée par la SCELF [Société civile des éditeurs de langue française] indiquait qu’en France en 2018, un film sur cinq était tiré d’un livre. Mais surtout, et c’est encore plus remarquable, cette part atteignait 33% si l’on ne considérait que les plus gros succès au box-office. Pour la télévision, les nouveaux programmes adaptés d’un livre représentaient 12% dans le monde en 2018. Une part certes encore faible mais en augmentation de plus de 30% par rapport à 2017.

 

En dehors de tous ces chiffres qui montrent que la part de l’adaptation ne cesse de croître en France comme ailleurs, c’est également le type même des ouvrages adaptés qui évolue. Là où très classiquement seuls les romans, policiers en tête, fournissaient le gros des adaptations, nous voyons aujourd’hui des bandes dessinées, des romans graphiques, des documents ou encore des livres pour la jeunesse trouver une seconde vie à l’écran.

 

L’adaptation d’oeuvres littéraires est-elle devenue plus importante que les créations originales des scénaristes et des auteurs ?

 

L.K. : Les chiffres cités précédemment parlent d’eux-mêmes. Mais au-delà de ça, j’ai envie de dire qu’adaptation et création originale ne sont pas nécessairement antinomiques. A dire vrai, cette opposition ne nous paraît plus vraiment d’actualité. Et d’ailleurs le label “création originale” de Netflix ou de Canal+ est attribué à tous leurs projets, qu’ils soient tirés d’un livre ou non.

 

En quoi consiste votre mission pour les producteurs ?

 

L.K. : Notre mission ne consiste pas à trouver à la place d’un producteur ou d’un réalisateur son livre “coup de cœur”, celui auquel il va consacrer plusieurs années de sa vie. Notre mission est de faire gagner du temps à nos clients en leur fournissant une veille et un tri parmi les nombreux livres publiés chaque jour. Grâce aux rapports de lecture détaillés mais synthétiques, ils peuvent rapidement orienter leur choix vers la lecture de tel ou tel livre. Nous sommes là aussi pour leur donner les tendances du marché avec nos Weekly Reporters, la compilation hebdomadaire des 150 titres avec un potentiel à l’adaptation que nous choisissons d’intégrer à notre base de données chaque semaine.

 

Enfin, nous les aidons dans leurs recherches des ayants droit. Nous les informons de la disponibilité des droits audiovisuels et nous partageons avec eux les informations dont nous disposons, sur les agents étrangers notamment, de façon à ce qu’ils puissent mieux positionner leurs offres. Nous sommes aidés en l’ampleur de notre catalogue, que nous constituons maintenant depuis dix ans et qui référence plus de 40 000 œuvres littéraires du monde entier, récentes, moins récentes ou à venir, sélectionnées en fonction de leur potentiel d’adaptation, et qui est alimenté de nouveaux titres chaque jour.

 

Négociez-vous les droits avec les éditeurs pour le compte des producteurs ?

 

L.K. : Jamais. Nous apportons des réponses aux producteurs concernant la disponibilité des droits audiovisuels. Nous leur donnons les coordonnées du chargé de droits. Nous mettons les producteurs en relation avec les chargés de droits. Mais notre service s’arrête là.

 

Qu’apporte la nouvelle plateforme ?

 

L.K. : La nouvelle plateforme BS2BO apporte avant tout beaucoup de liberté et de flexibilité au producteur à la recherche d’une nouvelle histoire. Nos formules répondent aux besoins ponctuels ou récurrents de veille littéraire, et s’adaptent à tous types de budget avec des engagements souples et variés.

 

Elle est aussi plus efficace. Notre nouveau moteur de recherche permet de croiser différents critères et de remonter les livres les plus pertinents en fonction du genre, du thème, du lieu d’action, du public, du potentiel d’adaptation, etc. Une recherche par mot-clé est également possible. Ce moteur de recherche conçu pour les producteurs doit leur permettre de trouver très rapidement des livres qui leur conviennent.

 

Cette plateforme donne acccès en temps réel aux informations sur l’adaptabilité du livre et les droits audiovisuels. Un gain de temps non négligeable dans ce marché des droits audiovisuels où il faut parfois décider très vite. Nous avons aussi ajouté des fonctionnalités qui nous étaient réclamées par nos clients.

 

Prenons l’exemple d’un producteur qui recherche un livre avec les critères suivants : “Drame / Famille dysfonctionnelle/ Personnage féminin fort/ Intrigue forte et dense” : il peut désormais enregistrer les résultats de sa recherche dans sa bibliothèque personnelle. Et être alerté dès lors que nous rajoutons à notre catalogue un titre répondant à ces critères. Cela fait de BS2BO un outil absolument unique, sans équivalent, à notre connaissance, dans le monde.

 

Est-ce que le Covid-19 et toutes ses conséquences ont affecté la demande de votre service ?

 

L.K. : Les producteurs ont pris le temps du développement et de la lecture. Très clairement, nous l’avons constaté, et cela nous a d’ailleurs permis d’échanger avec eux de façon plus riche sur les livres. Le service proposé par BS2BO a pris toute son envergure lors du confinement. Mais naturellement, nous avons été, comme beaucoup de monde, impactés par l’annulation des événements et des rencontres professionnels.

 

Le milieu de l’audiovisuel est un milieu où le contact est essentiel. Et notre métier consiste aussi à être sur le terrain et rencontrer nos clients. C’est en partie pour cela que nous avons décidé de lancer le Monthly Rendez-vous – 1 thème, 5 livres à adapter, envoyé par mail à tout notre réseau. Nous gardons ainsi le contact avec tous les acteurs du métier.

 

Dites bien à vos lecteurs qu’ils peuvent s’inscrire à ce Rendez-vous et recevoir notre sélection de cinq titres à adapter autour d’un thème chaque mois. Il suffit qu’ils prennent contact avec nous. Et je peux vous dire que cette sélection comporte bien souvent des perles. Depuis juin, plusieurs offres émanant de producteurs ont déjà été faites, parfois sur des titres peu récents, un peu sortis des radars, et qui sans cela seraient sans doute passés à la trappe.

 

 

Propos recueillis par Michel Abouchahla

 

Share Button