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Congrès des Exploitants 2019 : les branches de l’exploitation s’expriment

 


La seconde journée du 74e Congrès de la Fédération nationale des cinémas français, qui se déroule actuellement au CID de Deauville, a été consacrée aux rapports de branches et aux échanges avec le bureau de la Fédération.

 

Laurence Meunier, rapporteur de la grande exploitation, a exposé que malgré une hausse de la fréquentation de plus de 3% sur les huit premiers mois de 2019, la progression des entrées de la branche restait la plus faible ; l’évolution nationale du marché se situe à +5%. “Cette tendance confirme une évolution observée depuis plusieurs années, dont la principale raison est le maillage accru du territoire, avec des cinémas de proximité qui provoquent plus de redistribution des entrées que de création de public. Certaines grosses exploitations ont ainsi perdu une partie substantielle de leurs entrées, ce qui finit par poser problème dans une économie de frais fixes.”

 

C’est pourquoi la grande exploitation approuve une évolution plus directive des seuils de CDAC. Pour la question des engagements de programmation, la branche estime que les problèmes qu’ils génèrent surpassent de plus en plus les effets bénéfiques escomptés.

 

Si la branche ne s’y oppose pas, elle dénonce “une rigidité excessive, dogmatique et contre-productive du CNC dans leur homologation”. La grande exploitation demande donc une évaluation des engagements et de leurs contreparties, ainsi qu’une réflexion sur une adaptation aux évolutions du marché. “Il ne faudrait pas que des engagements trop rigide bloquent les innovations technologiques des cinémas.« 

 

Une loi audiovisuelle redoutée

 

Pour la moyenne exploitation, Sylvie Jaillet, sa rapporteur, a rappelé que la branche avait connu des “grosses frayeurs” au premier semestre, pour ensuite enregistrer une progression moyenne de fréquentation de 3% à 4%. Une bonne Fête du Cinéma et le carton du Roi Lion (plus de 9 millions de spectateurs) n’y sont pas étrangers.

 

Au sujet des distributeurs-éditeurs, la branche estime que “les guerres permanentes pour occuper le marché conduisent à payer certains films trop chers ou nous proposer des navets dignes d’une série B. A l’arrivée, c’est la salle qui trinque, avec des exigences de programmation qui ne collent pas à la réalité de notre public.” La moyenne exploitation s’inquiète aussi de la concentration du secteur de la distribution : “l’abus de position dominante présente un réel danger pour nos salles. Ce n’est pas en multipliant les outils de contrôle ou de flicage que la situation va s’améliorer.”

 

Une concentration qui concerne aussi l’exploitation dans les grandes agglomérations. “Le seul outil pour la limiter est l’aide sélective. Malheureusement, nous constatons que le CNC ne joue plus le jeu. L’enveloppe de 7 M€ reste figée et n’évolue plus comme par le passé en fonction du nombre et de la qualité des projets.” Et la branche d’espérer un retour de la part du CNC à une mode de financement “plus vertueux car l’aide sélective est bien au cœur de l’excellence culturelle à la française”.

 

Par ailleurs, les effets de la réforme de l’art et essai, initiée en 2017, conduisent les plus grosses salles à voir leurs subventions diminuer, notamment dans les centres-villes de grandes agglomérations. “Nous aimerions avoir plus de visibilité sur les coefficients qui nous sont appliqués.”

 

Enfin, la branche redoute les effets d’une loi audiovisuelle qui supprimerait les jours interdits : “un sujet qui pourrait cacher une remise en question plus profonde de l’ensemble des accords sur la chronologie des médias.” Quant à la possibilité de diffuser des publicités pour le cinéma à la TV, la moyenne exploitation craint que les recettes “n’enrichissent que les régies publicitaires” et demande “un engagement politique clair pour que l’ensemble de la filière puisse bénéficier de cette manne”.

 

Un livre blanc pour les distributeurs ?

 

La petite exploitation, représentée par sa rapporteur Sonia Brun, a constaté, malgré la hausse cette année, une baisse globale de la fréquentation au fil des ans. Celle-ci se maintient surtout par un nombre de séances plus important : + 30% pour certaines salles.

 

S’en suit une augmentation des coûts d’exploitation sans hausse proportionnelle des entrées et des recettes. Le positionnement de l’offre de films par les distributeurs à l’échelle d’un territoire est soulevée : “Ne devrait-on pas raisonner en nombre de séance et non en nombre de copies ? Le partage de copies ne devrait-il pas être élargi quand on constate que cela augmente les entrées d’un film ? Et quand un établissement ouvre, ne devrait-on pas ajouter une copie supplémentaire au plan de sortie et non le contraire ?”

 

Globalement, la branche constate que les modalités de programmation ne sont plus compatibles avec ses types d’exploitation. “Pourquoi pas un livre blanc pour les distributeurs afin de les sensibiliser au mode de fonctionnement et aux enjeux propre à la petite exploitation aujourd’hui ?” suggère Sonia Brun. Quant à l’après-VPF, la branche dit attendre toujours des réponses précises à ce sujet de la part du CNC.

 

Les femmes prennent la parole

 

Après les traditionnelles questions réponse entre les exploitants et le bureau de la FNCF, de nombreuses femmes se sont succédées sur scène pour évoquer la question de la parité. Odile Tarizzo, présidente de la commission des questions sociales, est venue présenter une étude sur les femmes et les hommes dans les métiers du cinéma.

 

Béatrice Boursier, par ailleurs déléguée générale du Scare, a représenté le collectif 50/50 pour la parité et la diversité dans le cinéma, en incitant les exploitants et distributeurs présents à signer la charte de l’organisation, élaborée avec les professionnels et les syndicats.

 

Eva Letzgus, exploitante strasbourgeoise (Le Trèfle / Cinéma Vox) a présenté le premier réseau d’exploitantes de cinéma, intitulé Eve, qui est basé sur l’entraide volontaire, et tout particulièrement entre les nouvelles arrivantes et les plus confirmées. Enfin, Charline Tabaraud et France Davoigneau, de la commission de réflexion des jeunes exploitants, ont expliqué leurs initiatives en faveur de la parité dans le secteur ; un document en rappelant les principes sera bientôt disponible sur le site de la FNCF.

 

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