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Congrès des Exploitants 2019 : Dominique Boutonnat s’est montré volontariste face aux exploitants

 

Lors du débat avec les pouvoirs publics du mercredi 25 septembre, au CID de Deauville, Richard Patry a souhaité la bienvenue au nouveau président du CNC, Dominique Boutonnat, accompagné de son directeur général, Olivier Henrard, et son directeur du cinéma, Xavier Lardoux. Le président de la FNCF ne l’a pas pour autant ménagé, le prévenant qu’il assisterait à des discussions “parfois abruptes” face à des exploitants “remuants, mais francs et fiables”. Et de rappeler au président du CNC, en reprenant une célèbre réplique de Spider-Man, que “de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilité”.

 

Richard Patry est entré dans le vif du sujet en évoquant les points de frictions avec le CNC. Tout d’abord l’aide sélective pour la modernisation et la création des salles de la petite et moyenne exploitation, reprochant “des décisions unilatérales sans concertation, que ce soit sur le budget ou les axes donnés à la commission” qui ont conduit une exclusion de beaucoup de catégories de salles. “Nos collègues ont eu l’impression que si leur projet ne concernait pas un cinéma de trois salles ou moins en cœur de ville, ils seraient beaucoup moins aidés. Le risque est de fragiliser les indépendants de petites et moyennes villes qui n’ont pas d’autre choix que de moderniser leur exploitation mais qui ne peuvent le faire qu’avec une aide sélective importante”.

 

Le CNC publie les engagements de programmation mais pas le résultat”

 

Autre pomme de discorde, la réforme de l’art et essai, dont le changement de catégorie d’unité urbaine et l’instauration de seuils d’éligibilité pourrait produire un effet d’éviction pour les salles des villes moyennes. “La réforme ne doit pas générer de victimes collatérales, même peu nombreuses.” De plus, les salles art et essai des grandes villes ne voient pas le bénéfice de la réforme, l’aide à la programmation difficile n’ayant pas été modernisée. “Il n’est pas possible que les salles dont la programmation est la plus pointue voient leur dotation à la baisse.”

 

La FNCF demande donc “une grande bienveillance de la commission d’appel” et de profiter “de l’absence de classement cette année pour faire un audit important, et mettre en place les ajustements nécessaires”. Les engagements de programmation étaient aussi au cœur des griefs. La FNCF souhaite que soit privilégié le résultat : “Le CNC publie les engagements mais pas le résultat, qui est pourtant bien meilleur. Il faut dire ce qui se passe dans la réalité : les salles respectent leurs engagements et vont même au-delà.”

 

Quant à l’Observatoire pour le renouvellement du matériel numérique, un modèle de plan de financement a été proposé, avec une forte redistribution pour les salles les plus fragiles, “au CNC de nous répondre.”

 

On trouvera les solutions”

 

La confiance est ma méthode, mon mode de fonctionnement”, a affirmé Dominique Boutonnat, avant d’annoncer plusieurs mesures volontaristes et rassurantes aux exploitants. Pour lui, trois points sont à traiter rapidement.

 

Tout d’abord, l’équipement numérique pour lequel il s’engage à définir un dispositif particulier pour les salles qui en ont besoin, d’ici Noël, en mettant tous les financeurs autour de la table. “On trouvera les solutions et les moyens”, a assuré le président du CNC.

 

Pour l’aide sélective des petite et moyenne exploitations, malgré le contexte budgétaire très contraint du CNC, “on fera tout pour que cette aide soit à la hauteur des priorités que l’on définira ensemble lors de la commission de novembre 2019. On trouvera la solution, en concertation. Et cette aide restera une priorité dans les années à venir.”

 

Pour l’art et essai, Dominique Boutonnat souhaite dresser d’ici la fin de l’année un bilan de la réforme, pour identifier les points à ajuster, les effets de seuils et mener une réflexion sur l’aide à la programmation difficile, sans oublier un versement anticipé des subventions, “dès le mois de mars, voire avant”.

 

Aligner les dépenses du CNC sur ses ressources”

 

Sur le long terme, le président du CNC veut une réflexion plus large, collective, sur des axes d’actions à mener sur l’ensemble du secteur : “C’est mon mandat”. A commencer par la reconnaissance des auteurs, qui subissent parfois des contrats imposés “qui ramène à une époque où les droits n’existaient pas”. De plus, “l’écriture est sous-valorisée alors que c’est souvent la faiblesse de certains films.”

 

Pour la production, les financements sont en baisse, avec un devis moyen de films français passé en trois ans de 5,5M€ à 4M€. “Une diminution due à l’investissement des chaînes et au manque de fonds propres des indépendants.”

 

Dominique Boutonnat n’a pas non plus éludé les contraintes budgétaires du CNC dont le fonds de réserve, dédié aux opérations exceptionnelles et aux adaptations du secteur, sont “épuisées”. “Il est temps d’aligner les dépenses du CNC sur ses ressources, donc de faire des économies.”

 

Quatre défis à relever

 

Pour Dominique Boutonnat, le secteur doit relever quatre défis. Tout d’abord la fidélisation du public, via les outils de marketing digital, comme les réseaux sociaux, sachant que le Web est utilisé pour un tiers des 15-25 ans pour choisir leurs sorties. Et de revenir sur les formations gratuites organisées conjointement avec Scare, Le Tour de France numérique, qui a déjà été dispensé à 300 salles, dans cinq régions, avec pour objectif de former 800 exploitants d’ici la mi-2020.

 

Ensuite, l’exposition des films, alors que leur rotation est “souvent perçue comme trop rapide”. Les engagements de programmation doivent répondre à cette problématique. “On va vous présenter un bilan complet de vos engagements.”

 

Le président du CNC souhaite de plus la création d’un contrat-type entre exploitants et distributeurs pour plus de prévisibilité, afin de réduire les incertitudes, sachant que les parties “seront libres de le modifier”. Cette mesure connaîtra une phase de test.

 

Pas de politique malthusienne pour les films français

 

Le troisième défi concerne le renforcement écriture, alors que sur 220 films d’initiative française, plus du quart réalise moins de 20000 entrées. “Je n’ai pas d’idée arrêtée mais une politique malthusienne serait contraire à la liberté de création. Un premier élément de réponse de trouve dans l’écriture des films. Une concertation est en cours pour donner suite à l’étude CNC-SACD d’avril dernier. Des mesures fortes seront mises place début 2020 pour renforcer la phase d’écriture et de développement.”

 

Enfin, Dominique Boutonnat souhaite intensifier le développement de la cinéphilie des jeunes, qui vont moins en salles, et veut pour cela rassembler l’ensemble des partenaires nationaux et locaux dans une “maison commune de l’éduction aux images”. Un projet sera exposé en fin d’année, avec une réflexion sur le Pass Culture pour faire remonter les offres des exploitants dans l’application.

 

La pub cinéma à la TV “potentiellement dangereuse”

 

Lors de la séance de questions-réponses avec les professionnels présents, Jean Labadie, dirigeant de la société de distribution Le Pacte, s’est dit inquiet de l’autorisation de la publicité pour le cinéma à la TV par le projet de loi audiovisuel. “Une décision sans concertation, sans aucune étude prélable.”

 

Olivier Henrard a répondu : “Rien n’est stabilisé sur la mise en œuvre, une concertation va s’ouvrir et recueillera l’avis des pros et des éléments objectifs”, tout en rappelant qu’il faut “assumer que nous avons besoin de diffuseurs historiques puissants qui puissent lutter à armes égales avec les plateformes.”

 

En toute transparence, Dominique Boutonnat a ajouté : “C’est vrai, c’est potentiellement dangereux, très fragilisant pour la distribution indépendante. Cela va donner plus de valeur aux chaînes, mais on ne sait pas encore les effets pour les entrées en salles.” D’où la phase de test pour laquelle le président du CNC s’est engagé “à demander d’arrêter si ça évolue dans le mauvais sens”.

 

 

Rodolphe Casso

 

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