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Cannes 2018 : signature d’une charte des festivals pour l’égalité femmes-hommes


 

A l’occasion d’une matinée organisée par le collectif 5050 pour 2020, lundi 14 mai, le Festival de Cannes s’est engagé pour la parité et l’égalité homme-femmes à travers la signature d’une charte des festivals internationaux par Thierry Frémaux, Charles Tesson et Paolo Moretti, délégués généraux respectivement du Festival de Cannes, de la Semaine de la critique et de la Quinzaine des réalisateurs. En présence des membres du jury de la compétition officielle, ils se sont engagés, selon les termes de la charte, à trois actions. D’abord, il leur est demandé d’établir annuellement des statistiques genrées sur le nombre de films soumis aux différents comités de programmation. La charte les engage également à la transparence sur les processus de sélection : il leur faudra établir une liste des membres des comités de sélection et programmateurs afin d’écarter d’éventuelles suspicions de manque de parité et de diversité. Enfin, un agenda sera fixé pour parvenir à la parité dans les instances dirigeantes d’ici la fin de leur mandat respective. Les avancées réalisées devront être communiquées annuellement. L’objectif est que cette charte soit pas la suite signée par d’autres festivals du monde entier.

 

Intervention de Françoise Nyssen

Plus tôt le matin, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, avait lancé les débats avec un discours qui enjoignait chacun à "combattre les préjugés, les discriminations et les injustices". Elle a replacé la question des discriminations et des violences sexistes dans un contexte social plus général, car "le monde de la culture ne fait pas exception". Nous avons "dangereusement placé sur un piédestal" ce monde de la culture car "nous l’attendions à l’avant garde des combats de société". Or, force est de constater selon la ministre que, dans le milieu du cinéma comme ailleurs, règne une certaine omerta. Françoise Nyssen a rendu hommage à celles et ceux qui ont brisé le silence et estime qu’il faut "battre le fer tant qu’il est chaud" en lançant très rapidement des initiatives.

Les Assises de l’égalité femmes-hommes dans le cinéma se tiendront à Paris fin juin, sur deux jours et demi. "Ces Assises doivent nous permettre de discuter des mesures concrètes à prendre autour de six axes majeurs : la formation ; l’égalité salariale ; la prévention du harcèlement ; l’accès aux postes de direction ; la lutte contre les stéréotypes ; et la promotion de la parité par la régulation", précise la ministre. Au terme de ces Assisses, une charte de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le cinéma sera établie. L’adhésion à cette charte sera une condition d’attribution des aides du CNC. Des bonus seront également octroyés aux équipes exemplaires en termes de parité. Par ailleurs, la ministre annonce la création d’un fonds de dotation en France pour soutenir des jeunes réalisatrices du monde entier, abondé par l’Etat et des mécènes privés.

 

Une table ronde internationale

Avant la signature de la charte des festivals, une table ronde réunissait pour la première fois plusieurs mouvements émergents internationaux pour l’égalité femmes-hommes : 5050 × 2020 (France), Time’s Up US, Time’s Up UK, Dissenso Commune (Italie), Cima (Espagne) et Greek Women’s Wave (Grèce). Ces mouvements étaient représentés par des femmes de différentes professions (réalisatrices, actrices, agentes, productrices, etc.), qui ont chacune présenté les actions passées et en cours, et fait un bilan de la situation dans son pays. La modération étaient assurée par les cinéastes coprésidentes de la Société des réalisateurs de films (SRF) Céline Sciamma et Rebecca Zlotowski.

Rebecca Zlotowski a présente le collectif 5050 pour 2020 créé en mars avec le concours de l’association Le Deuxième Regard. Environ 600 personnes ont à ce jour signé le manifeste du collectif. L’idée est d’utiliser ce "moment Weinstein" pour parler de sujets plus larges : l’égalité, la parité, la diversité. Selon Rebecca Zlotowski, il faut partir partir de chiffres et de données, de réalités concrètes, sans idéologie.

Maha Dakhil, agente, a quant à elle présenté Time’s up US, et parle elle aussi d’"utiliser une crise pour avancer". Elle félicite la communauté d’actrices hollywoodiennes qui ont utilisé leurs visages et leurs noms pour dénoncer les violences sexistes dans le cinéma. Sous l’impulsion du mouvement #Metoo, Time’s Up s’est lancé d’abord sous forme de think tank pour "discuter, réfléchir ensemble". La première réussite a été de créer d’un fonds pour lutter contre le harcèlement sexuel, doté de13 M$ lors de son lancement le 1ᵉʳ janvier dernier.

Kate Kinninmont, directrice générale de Women in Film UK, association qui promeut la diversité dans les métiers du cinéma, parle de "moment historique". Elle révèle les initiatives récentes. Le British Film Institute (BFI), la British Academy of Film and Television Arts (Bafta) et Women in Film UK cherchent à établir des principes autour du harcèlement, qui seraient signés par toute la profession et inclus dans tous les contrats. Elle indique qu’à l’exemple de la Nouvelle-Zélande, elle souhaiterait que puissent être mises en place des lignes de conduite pour le tournage des scènes de sexe, selon le même principe que pour les cascades, pour assurer la sécurité physique et morale de chacun.

 

Les pays latins moins avancés que les anglo-saxons

Le plus récent des mouvements pour l’égalité hommes-femmes est Greek Women’s Wave en Grèce, créé il y a un mois et qui réunit pour l’instant un peu plus de 50 personnes. La représentante du mouvement présente à la table ronde exprime son regret que l’objectif de "50-50 en 2020" ne soit pas réalisable en Grèce. Elle explique qu’il n’y a jamais eu d’étude officielle sur la représentation genrée au cinéma et à la télé en Grèce. Une réalisatrice a récemment travaillé toute seule à rassembler les chiffres : selon elle, 21,5% de femmes travaillent dans l’industrie du cinéma en Grèce. Ce chiffre tombe à 13% si on élimine les secteurs traditionnellement féminins que sont le maquillage, la coiffure et la décoration. Les aides publiques au cinéma sont attribuées à 17% à des femmes. Greek Women’s Wave a donc actuellement un double objectif : faire réaliser une étude officielle pour corroborer ces chiffres, et pousser à la parité via la loi.

C’est l’actrice Jasmine Trinca qui représentait le mouvement italien Dissenso Commune, né en décembre et qui compte aujourd’hui environ 500 membres. En Italie, les témoignages de l’actrice Asia Argento sur les violences qu’elle a subies ont eu un fort retentissement, avec une particularité : la presse n’a pas soutenu le mouvement de libération de la parole des femmes. La situation des femmes dans le cinéma italien n’est pas au beau fixe. 90,8% de films sont réalisés par des hommes, et 88% de films financés par de l’argent public le sont également.

Enfin, Sara Calderon représentait le mouvement espagnol Cima, qui est à l’origine de plusieurs initiatives de promotion des femmes dans le cinéma, comme Mujeres que lloran ("Femmes qui pleurent"), un projet de lutte contre les stéréotypes dans l’écriture des personnages et les rôles offerts aux actrices. Au niveau statistique, on trouve 26% de femmes dans l’industrie du cinéma, 16% de femmes chez les réalisateurs et 17% chez les scénaristes. Devant ces constats, Céline Sciamma a résumé l’esprit des débats : "Nous sommes déprimées et heureuses à la fois".

 

Une étude sur la présence des femmes à Cannes

Celle-ci a également annoncé la publication sur le site du collectif 5050 pour 2020 d’une étude sur la présence des femmes au Festival des Cannes. 82 films réalisés par des femmes ont été sélectionnés en compétition depuis les débuts du festival, sur 1.727 en tout. Depuis 1980, 7% de femmes ont été sélectionnés en compétition, et 20% à Un Certain Regard. En comparaison, la Berlinale comme la Mostra de Venise sont à 11% de réalisatrices. Pour ce qui est des récompenses, une Palme d’or (sur 42) et trois Grand Prix ont été attribués à des femmes. Ce chiffre montre à quatre pour le Lion d’or de Venise et l’Ours d’or de Berlin.

Concernant la présidence de jury, 12 femmes ont eu cet honneur, sur 71 personnalités en tout. Depuis 1980, six femmes ont été présidentes sur jury sur 39. Même chiffre pour la Mostra, tandis que la Berlinale fait mieux avec 16 femmes sur 39. La direction de ces grands festivals est quant à elle 100% masculine actuellement. Au conseil d’administration du Festival de Cannes siègent 25% de femmes. Les résolutions prises ce lundi 14 mai iront peut-être dans le sens d’une amélioration de ces statistiques.

 

 

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