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Cannes 2018 : rencontre avec Nicolas Dumont et Thierry Lacaze (Studiocanal)


 

Nicolas Dumont, directeur production films et distribution salles pour la France chez Studiocanal, et Thierry Lacaze, directeur de la distribution salles, vidéo et VoD, évoquent leur stratégie et le line-up de la filiale du groupe Canal+.



Comment travaillez-vous ensemble sur les films depuis la récente réorganisation de Studiocanal ?


Nicolas Dumont : Le fait de regrouper production et distribution permet une vraie réflexion amont/aval, de l'analyse du scénario jusqu’à la stratégie de la sortie salles. Quand je travaillais en tant que directeur des acquisitions du cinéma français des chaînes Canal+, j’avais une vision du film en tant que préacheteur qui n’était pas nécessairement celle du distributeur. Chez Studiocanal, nous partageons nos avis avec les différents mandats : l'équipe salle et vidéo, l’équipe internationale d’Anna Marsh, la télévision avec Laure De Boissard… C’est un vrai travail de studio, au sens large du terme.



En 2017 Studiocanal était le premier distributeur français. Quels sont vos objectifs pour 2018 ?


Thierry Lacaze : De réitérer le plus souvent possible ! Même si ça dépend aussi des line-ups. On a eu la chance l’année dernière de sortir des gros films français qui nous ont permis d’accéder à cette place enviée. Nous savons que le marché est extrêmement concentré, et nos résultats ont été réalisés sur peu de titres ; trois ou quatre films, quand tout va bien. C’est donc un vrai challenge pour les années à venir.


ND : La spécificité du line-up de Studiocanal est qu'il est à la fois alimenté par des films français mais aussi par des films internationaux très ambitieux, selon un vrai principe de studio européen. On a besoin d’éclectisme, de films d'auteur porteurs aux côtés de "locomotives de marché" car, à l’échelle d’une année, cet éclectisme est un facteur de minimisation des risques. Il faut travailler différentes typologies de films, différentes typologies de budgets.


Combien de films sortirez-vous en 2018 ?


TL : Sur 2018, nous sortons 15 films, et nous avons déjà connu un beau début d’année avec les succès de BrillantissimeThe Passenger, Le Retour du héros, et même Cro-Man qui, s’il a connu un démarrage en douceur, a placé la France comme troisième pays dans le monde en termes d’entrées. Sachant que le film continue encore son bout de chemin, sa labélisation art et essai lui ayant donné une durée de vie supplémentaire. C’était déjà le cas avec Le Grand Méchant Renard l’année dernière.


ND : Les prochains temps forts seront, fin mai, Mon Ket, le premier film de François Damiens, ainsi que, le 22 août, Le monde est à toi de Romain Gravras, présenté à ici à la Quinzaine des réalisateurs, pour lequel les premiers retours presse sont excellents. C’est un magnifique objet pop.


Il y aura aussi, le 26 septembre, le film de Pierre Schoeller, "Un peuple et son roi", très ambitieux et très attendu.


TL : C’est la Révolution comme on ne l’a jamais vue. Et cela faisait très longtemps qu’il n’y avait pas eu de film sur le sujet. Nous avons la chance de travailler sur un long métrage qui allie l’ambition artistique d’un réalisateur à l’ambition financière d’un groupe. Ce genre de film est rare aujourd’hui et c’est formidable de pouvoir proposer ça aux spectateurs.


ND : Surtout que la proposition de Pierre Schoeller est résolument moderne, avec une vraie résonance actuelle sur le processus démocratique, ou comment l’accès au langage permet l'accès au discours politique… C’est très contemporain. L’enjeu est d’autant plus grand qu’il n'est pas évident de faire exister en salle cette typologie de films. Mais il faut qu’ils marchent sinon le marché ne les financera plus.



A Cannes, "Le Grand Bain", de Gilles Lellouche, est présenté hors compétition. C’est une surprise ?


TL : Oui, et il n’y avait aucune stratégie derrière, car c’est toujours dangereux de venir à Cannes, pour de nombreuses raisons. Mais, à un moment donné, il faut juste penser au plaisir immédiat du spectateur, et ce qu’on a fini par accepter, aussi bien Studiocanal que Gilles Lellouche, Les Productions du Trésor et Chi-Fou-Mi. Ce film a quelque chose d’extrêmement généreux à proposer, c’est pourquoi nous l’offrons volontiers aux professionnels et à la presse en même temps qu’au public. C’est un peu tôt par rapport à notre sortie, le 24 octobre, mais ça nous permet de commencer tout notre travail de distribution à Cannes, avec une préaffiche, mais aussi deux teasers sur Internet.


ND : Le film a aussi été très bien accueilli à l’international. Il signe la naissance d’un réalisateur de grand talent. C’est une vraie comédie sociale à l’anglaise, empreinte d'émotion, et on espère que, le 13 mai, jour de sa projection, le public va bien réagir. Et, dès le lendemain, nous organisons une projection publique à Nice.


Pouvez-vous nous en dire plus sur "Le Cercle littéraire de Guernesay", qui sort le 13 juin ?


TL : Ce film, réalisé par Mike Newell, arrive en France après un énorme succès en Angleterre et en Australie. Il est adapté du livre Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, d’Annie Barrows, qui a eu 1,2 million de lecteurs en France, toutes éditions confondues. C’est un film important qu’on propose dans une période complexe qui est celle de la Coupe du monde de football, ou le marché se rétrécit. Mais on fait le pari en proposant ce titre qu’on croit suffisamment fort pour que le public se déplace. C’est aussi le cas pour Les Affamés, de Léa Frédeval, qui sortira le 27 juin, pour la Fête du Cinéma. On sera dans le cœur de cible de la manifestation car il dit beaucoup sur la jeunesse d’aujourd’hui.


ND : Il traite de la dépendance des sociétés aux stagiaires, et de la difficulté de trouver sa place sur le marché du travail. Le sujet nous a beaucoup touchés dès la lecture.


TL : C’est un film qui dit beaucoup sur son époque, comme l’avait fait Klapisch avec L’Auberge espagnole ou Le Péril jeune. Nous montrerons ces films lors de notre convention le 5 juin, au Max Linder.


ND : Nous sommes aussi très heureux d’avoir signé le nouveau film de Michel Hazanavicius, Le Prince oublié, produit par Philippe Rousselet et Jonathan Blumenthal, pour lequel nous partageons les mandats avec Pathé, selon un schéma novateur. Nous allons assurer les ventes internationales ainsi que le mandat TV. Pathé va de son côté assumer la sortie salles et vidéo physique. Les distributeurs étrangers partagent notre enthousiasme sur ce projet si fort et original. Plus globalement, l'enjeu pour nous est de ne pas se circonscrire au seul marché domestique, qui est assez saturé, mais de viser l’Europe et l’international avec des films qui traversent les frontières. Pour cela, nous pouvons aussi nous appuyer sur nos filiales en Allemagne, en Angleterre, et en Australie.


Comment va se passer la fin de l’année ?


ND : Nous attendons beaucoup de Mia et le lion blanc, de Gilles de Maistre, comme film de Noël, avec Mélanie Laurent. Produit par Galatée Films, il a été tourné en Afrique du Sud, en langue anglaise. Il sortira le 26 décembre et s'est excellemment vendu à l’international.

 

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