Mot de passe oublié
Cancel

Rss

Cannes 2018 : rencontre avec Isabelle Glachant (responsable du bureau d’uniFrance à Pékin et productrice)


 

Responsable du bureau d’uniFrance à Pékin et productrice (AsianShadows, Chinese Shadows et Shasha & Co Productions), Isabelle Glachant est une observatrice privilégiée du marché de la distribution chinoise.

 

Le système des quotas d’importation pour les films étrangers n’a pas bougé en Chine. Il est toujours de 34 films par an. Les films français ont-ils réussi à augmenter leur part de marché dans ce cadre très limité ?

A part une année où on a eu droit à huit films dans un contexte d’échanges culturels particulier, depuis 20 ans, nous avons six films français qui sortent en salle chaque année. Certains films sortent parfois l’année suivante, ce qui explique que l’an dernier, il n’y en a eu que cinq. [En 2018, quatre films français sont déjà sortis sur les écrans chinois, dont trois d’animation, les As de la junglele Grand Méchant Renard… et Gus, petit oiseau, grand voyage, NDLR]

 

Où en est le pourcentage de la part producteur pour les films étrangers exploités en Chine ?

La plus récente augmentation date des dernières négociations entre les studios américains et les responsables chinois et porte sur un maximum de 23%. Ce maximum ne peut généralement être acquis que si le film atteint un certain box-office. Les studios américains ont essayé de relever leur plafond et dans le processus, ils ont relevé les plafonds de tout le monde, mais atteindre ce maximum n’est pas évident pour les autres films étrangers.

 

Le nouveau marché du streaming chinois est-il profitable pour le cinéma d’auteur ?

Il y a eu une vraie ouverture, qui a été mise à mal lorsqu’en 2015, le gouvernement a décidé d’imposer sur les plates-formes VàD des quotas et une censure. Auparavant, les opérateurs chinois pratiquaient l’autocensure. Certains films ne passaient pas la barrière de l’auto-censure, mais il n’y avait pas de quotas, et les plates-formes pouvaient proposer autant de films étrangers qu’elles le souhaitaient. Et puis, deux séries américaines ont été diffusées, dans lesquelles il était fait mention de la Chine dans des termes peu reluisants. Le gouvernement chinois a mis un terme à l’autorégulation et une censure stricte, aux procédures lourdes, a été mise en place. Par exemple, le contrôle pour une série télé s’effectue sur l’ensemble des épisodes. Les quotas s’appliquent en revanche avec une nuance de taille : tout film qui a déjà été distribué en salle, en vidéo ou diffusé à la télévision ou sur une autre plate-forme VàD n’entre pas dans ces quotas. Les quotas pour la VàD sont également calculés en nombre d’heures de programmes et pas en nombre de programmes, et ils englobent les séries télé. Les contenus en langue anglaise sont les mieux lotis car il n’y a pas de quotas par nationalité. Les plates-formes sont astreintes à un tiers de programmes chinois. Enfin une dernière limitation a été mise en place. Il est interdit de créer des événements ou des contenants concernant une seule marque ou un seul pays. Par exemple, My French Film Festival, organisé par l’Institut français de Pékin, est menacé de disparition. Le projet de Disney, qui venait de signer pour la création d’un Disney Channel en Chine, a été interdit.

 

Quelle est la typologie des films français achetés par les diffuseurs chinois ?

Il existe trois réalités : les films qui sortent en salle, les films qui sont diffusés en VàD et les films qui sont vendus. Parmi les films vendus, il y a de tout. Si vous faites le tour des sociétés françaises présentes au Marché du film de Hong Kong (Filmart), ils vous diront qu’ils ont tout vendu sur la Chine. Cela veut dire que des films qui ne passent pas la censure chinoise ont été vendus, comme 120 battements par minute, par exemple. En Chine, ce film ne peut pas être exploité ni en salle ni en VàD.

 

Comment expliquez-vous ces acquisitions a priori à perte ?

Les Français ne sont pas les seuls à se poser cette question. L’Allemagne aussi vend désormais beaucoup de films, avec des montants de transactions qui grimpent. Ça, c’est la réalité de la vente. La réalité de l’exploitation en salle a un peu évolué depuis l’année dernière depuis la création en 2016 d’un réseau art et essai en Chine.

 

Quelle est la situation des coproductions ? Echappent-elles aux quotas ?

Tout film qui est certifié par le Bureau du cinéma et le CNC, comme le Promeneur d’oiseau ou le Dernier Loup, sortent en Chine avec le même statut que les films chinois. La Chine donne un accès à son marché en salle à toute coproduction internationale dont un tiers du casting est chinois et dont des éléments majeurs du scénario sont en lien avec la Chine ou son histoire. Le revers de la médaille est que tous les films faits dans le cadre des accords de coproduction avec la Chine, quelle que soit la nationalité du réalisateur, sont des films chinois avec des histoires chinoises. Un producteur chinois peut investir dans une comédie de Dany Boon, faire faire les effets spéciaux en Chine, au final, le film ne sera jamais considéré par Pékin comme une coproduction franco-chinoise. Cela restreint beaucoup le champ de ce qui est considéré comme une coproduction.

 

 

Share Button