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Cannes 2018 : rencontre avec Hervé Rony (directeur général de la Scam)


 

Hervé Rony revient sur l’actualité de la Scam à Cannes, donne son point de vue sur la situation du long métrage documentaire et s’exprime sur la "polémique Netflix".

 

Quelle est l’actualité de la Scam au Festival ?


Pour la quatrième année consécutive sera remis l’Œil d’or – le Prix du documentaire, que nous avons créé, à l’initiative de Julie Bertuccelli, présidente de la Scam, en partenariat avec le Festival et l’INA et auquel Audiens est associé. [Rappelons que ce prix distingue un documentaire présenté dans les sections cannoises suivantes : sélection officielle (compétition, Un Certain Regard, séances spéciales, hors compétition, courts métrages), Cannes Classics, Quinzaine des réalisateurs et Semaine de la critique. Le jury est présidé cette année par le cinéaste Emmanuel Finkiel, NDLR]. En outre, nous sommes partenaires du Doc Corner [espace du Marché du film dédié au documentaire, ouvert depuis le 8 mai et qui fermera le 17 mai], et du Doc Day, qui s’est tenu mardi 15 mai [le Doc Day est une journée de la programmation du marché consacrée au documentaire]. Tous ces événements permettent de donner une véritable résonance au travail des documentaristes. Et ces partenariats développent notre dimension internationale, un axe que nous creusons. Dans ce sens, nous sommes par exemple associés à l’Idfa (International Documentary Filmfestival Amsterdam). A l’avenir, nous renforcerons nos actions au Festival de Cannes.

 

La Scam s’est saisi depuis quelques années des problématiques concernant le long métrage documentaire. Quel regard portez-vous sur sa situation et quelles démarches menez-vous pour optimiser son accompagnement ?


Il est vrai que cela fait quelques années, grâce à la volonté de Julie Bertuccelli lors de son premier mandat, que nous nous sommes emparés de ces sujets. Et cela était finalement évident, car certains de nos auteurs réalisent des documentaires pour le cinéma ou choisissent de faire des longs métrages documentaires car ils estiment trouver dans le cinéma une autre manière de travailler et plus de liberté que dans le champ de la télévision. Concernant la situation, on observe que la production se porte plutôt bien et que plusieurs films rencontrent de beaux succès. Au sujet de nos démarches, nous sommes en train de discuter avec le CNC pour qu’il prenne mieux en compte les spécificités du documentaire et l’institution se montre à l’écoute. Nous souhaiterions par exemple que les films initialement écrits pour la télévision, qui rencontrent des complications et souhaitent se réorienter vers une diffusion en salle, puissent bénéficier des aides attribuées pour le cinéma. Cette passerelle serait vraiment utile. Nous militons également pour que les auteurs accompagnant la diffusion de leur documentaire sur le long cours, en allant rencontrer le public au cours de débats, puissent être rémunérés pour cela. Enfin, n’oublions pas que la Cinémathèque du documentaire, mise en place récemment, propose des documentaires conçus pas seulement pour la télévision, mais aussi pour le cinéma.

 

Si l’année prochaine le Festival de Cannes montre un intérêt pour un documentaire produit par Netflix, pensez-vous qu’il doit renoncer à le prendre en sélection si la plate-forme refuse de le sortir en salle ?


A l’heure actuelle, j’estime qu’il faut continuer à considérer que les longs métrages documentaires doivent sortir en salle, et donc que le Festival ne devrait pas sélectionner les films Netflix. Toutefois, si la plate-forme décide d’accepter pleinement la logique de l’écosystème culturel français, de financer la création et de lui donner une exposition idéale, alors il faudra que la profession revoit son opinion. A moyen et long terme, je pense que la sortie en salle ne pourra plus être l’alpha et l’oméga du financement d’une œuvre et la condition de sa diffusion. Mais tout cela est un problème plus général : il faut quand même rappeler que si Netflix a débarqué, c’est parce que nous n’avons rien fait, en Europe, pour qu’elle ne débarque pas. Nous, européens, devons impérativement nous poser la question de notre capacité à construire une offre de SVàD digne de ce nom.

 

 

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