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Cannes 2018 : La Cicae défend l’art et essai dans le monde


La Confédération internationale des cinémas d’art et d’essai (Cicae) a tenu son assemblée générale, le 9 mai, au Grand Hôtel à Cannes. Fondée en 1955 par les associations nationales art et essai d’Allemagne, de France, de Suisse et des Pays-Bas, la Cicae mène depuis une action collective et concertée pour l’émergence dans chaque pays d’un marché pour le cinéma de qualité et de systèmes nationaux de soutien aux salles défendant ce cinéma "à risque". Pour Écran Total, son président, l’Allemand Detlef Rossman, est revenu sur l’action de l’association et la situation de l’art et essai dans le monde, en présence de plusieurs représentants d’organismes européens : François Aymé, président de l’Association française des cinémas art et essai (Afcae) ; Domenico Dinoia, président de Federazione italiana cinema d’essai (Fice) ; et Christian Bräuer, président d’AG Kino pour l’Allemagne.

 

Un très bon premier trimestre 2018


Selon Detlef Rossman, la situation est très variable pour l’art et essai, rien qu’en Europe, où l’on a vu des développements très différents : "Certains pays ont subi des pertes et d’autres des augmentations d’entrées, comme la France. Mais il reste des marchés faibles en Europe de l’est et du sud-est, où il faut beaucoup de soutien pour les sorties en salle. Le premier trimestre 2018 a signé un succès énorme pour les salles art et essai partout en Europe, alors que le marché global était en baisse. Et si la sortie d’Avengers : Infinity War a permis au multiplexes d’augmenter leurs spectateurs fin avril, on constate par exemple en Allemagne que les circuits avaient perdu 12% de leurs entrées sur le début de l’année. Nous sommes donc assez contents, même s’il reste beaucoup de travail à faire."

 

Douze salles des pays arabes ont rejoint la Confédération


La Cicae se réjouit du ralliement récent de trois nouveaux membres, dont le réseau Naas, qui regroupe 12 salles des pays arabes, au Soudan, au Maroc, en Tunisie, en Egypte, au Liba, en Irak ou encore à Dubaï. "Le travail de ce réseau est très important dans le monde arabe pour le cinéma, assure le président de la Cicae. Ces salles résistent à une influence anti-culturelle et conservent des valeurs de partage et de diversité." Le deuxième nouveau venu est un groupe iranien dénommé Art and Experience. Quant au troisième, il s’agit de la Cinémathèque de Jérusalem, en Israël. Et si le Festival de Cannes accueille pour la première fois cette année l’Arabie saoudite, il est encore trop tôt, selon Detlef Rossman, pour voir le pays s’ouvrir à l’art et essai à l’heure où de grands réseaux cinématographiques sont en train de s’implanter. De même, aucun contact n’a pour l’heure été noué en Chine, alors qu’un mouvement art et essai a pris forme l’an passé. "Chaque semaine s’ouvre un nouveau multiplexe et ce pays représente aujourd’hui le plus grand nombre d’entrées. C’est un challenge." Pour l’Europe, des salles indépendantes de Croatie, de Slovénie et de Serbie ont rejoint la Confédération. "Mais il y a encore trop peu de moyens alloués au travail des salles alors que pour la production, il y en des soutiens énormes."

 

"Nous sommes des lieux sociaux"

 

Pour Christian Bräuer, président d’AG Kino, le programme européen Media (Mesures pour encourager le développement de l’industrie audiovisuelle) "est très important pour les salles même si, alors que nous avons de plus en plus de films en Europe, la plupart reste invisible et ne connaissent pas d’autres sorties dans les pays européens. C’est très important pour nous que la distribution des films soient plus internationale." Christian Bräuer a également abordé la question des plates-formes. D’après lui, la commissaire européenne pour l’Economie et la société numérique, Mariya Gabriel, encourage la sortie des films en numérique alors que "on a besoin des cinémas pour la visibilité des films. Netflix, Amazon, c’est bien pour les séries, mais pour faire un succès avec un film, il faut sortir au cinéma. Nous sommes plus que des plates-formes, nous sommes des lieux sociaux".

 

Bientôt un délégué général


Pour les autres chantiers, la Cicae est sur le point d’accueillir un délégué général, cet été, et étudie actuellement "plusieurs candidatures très prometteuses", selon Detlef Rossman ; les entretiens se dérouleront après Cannes. "C’est très important pour être présents sur le terrain politique, ajoute François Aymé, notamment pour les questions européennes." La numérisation des salles est également un sujet d’actualité : tout comme en France, la seconde génération de projecteurs pose des problèmes de financement, et particulièrement pour les petites salles. "Il faut que les distributeurs participent au renouvellement du matériel, surtout qu’ils ne payent plus les copies", affirme Christian Bräuer. En Italie, une nouvelle loi doit accorder des subventions publiques pour la rénovation des salles, ainsi que l’expose Domenico Dinoia, de Federazione italiana cinema d’essai. "La loi reconnaît aussi l’importance de l’art et essai pour la diversité culturelle." Pour les autres actions, la troisième édition de la Journée européenne du cinéma d’art et d’essai se déroulera les 14 et 15 octobre. De plus, la Confédération organisera bientôt la 15ᵉ édition de son séminaire formation, à Venise, en parallèle de la Mostra, destiné à la formation des jeunes employés des salles art et essai partout dans le monde. 49 participants sont attendus.

 

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