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Cannes 2018 : « Don Quichotte » sera projeté, Paulo Branco ne désarme pas



Le tribunal de grande instance de Paris a tranché, mercredi 9 mai : L’homme qui tua Don Quichotte, de Terry Gilliam, sera bel et bien projeté en clôture du Festival de Cannes, le 19 mai. Avant que la décision ne tombe, le stand d’Alfama sur le Marché du film avait été transformé, dès 15 heures, en salle de conférence de presse improvisée par son dirigeant, Paulo Branco, afin de commenter en direct la décision de justice. Mais, celle-ci s’étant fait attendre près d’une heure, Branco a profité des caméras et de micros pour revenir sur les différentes étapes judiciaires qui ont confirmé, au bout du compte, "ses droits irrévocables sur le scénario ainsi que les droits du metteur en scène". Un bras de fer qui l’opposait aux sociétés coproductrices RPC, Kinology, Entre Chien et Loup, et Tornasol Films. Il a également rappelé qu’Alfama Films avait pour sa part investi 800.000 € sur les 17 M€ du budget total"C’est grâce à nous et au cadre qu’on a créé pour ce film que Terry Gilliam a pu le réaliser."

 

Amazon retire ses billes

 

Le producteur a également distribué aux journalistes une lettre d’Amazon Studios, du 14 février 2018, stipulant que la société américaine retirait son investissent de 2,5 M€ pour la distribution en salle du film aux Etat-Unis (qui n’était pas encore daté outre-Atlantique). "Amazon reconnaît que les vices dans la chaîne des droits sont imputables à RPC et à Gilliam en premier lieu, dit le courrier. Amazon va donc offrir aux concédants une chance de coopérer avec RPC, Gilliam, Alfama et Branco de perfectionner les droits visés par le contrat de telle manière qu’Amazon puisse exploiter ces droits sans risque d’une injonction ou d’autres responsabilités qui en découlent. Cependant, le laps de temps pour parvenir à faire cela est court du fait qu’Amazon devra bientôt dépenser des sommes importantes concernant les supports promotionnels et les autres préparatifs pour la sortie prévue du film. Dès lors, nous demandons que les concédants fournissent une assurance formelle par écrit le 5 avril 2018 au plus tard (…) Si les concédants sont incapables ou réticents à apporter cette assurance (…), Amazon n’aura pas d’autres choix que de résilier le contrat."C’est donc chose faite. Et Branco d’accuser le Festival de Cannes d’avoir "pollué les négociations" en annonçant sa projection en clôture. "Monsieur Frémaux est intervenu à un moment qui a créé l’impossibilité de la poursuite du dialogue."

 

Les Festival de Cannes étrillé

 

Paulo Branco s’est ensuite lancé dans une longue diatribe à l’encontre du Festival, et tout particulièrement de son délégué général Thierry Frémaux, avec une véhémence rarement vue sur la Croisette. Et si la décision de justice devait tourner en la défaveur d’Alfama – ce qui est finalement le cas –, le producteur a prévenu qu’il ne comptait pas faire appel "pour ne pas passer pour quelqu’un de procédurier". En revanche, il a assuré qu’il attaquerait "sur le fonds l’association du Festival de Cannes pour les pertes subies". Le producteur n’a pas fait mystère du fait que la projection en clôture lui importait finalement peu en termes d’enjeu, et a également prétendu que Terry Gilliam, le réalisateur (victime d’un AVC ce week-end) souhaitait cette projection seulement pour "satisfaire son ego". "Ce que Gilliam pense c’est : « Je vais à Cannes, je montre le film une fois et je me fiche de tout ce qui se passera après»."

 

Le film de clôture, une "voie de garage"

 

Branco ne s’est pas non plus privé d’affirmer que, pour lui, une sélection en clôture à Cannes était "une voie de garage" pour les films, argumentant que tous les derniers longs métrages projetés dans ce cadre avait été "des désastres" au box-office. En revanche, si Don Quichotte avait été proposé en compétition officielle, il reconnaît qu’il aurait "réfléchi à deux fois" avant de s’y opposer. "J’ai trop travaillé sur ce film pour me qu’on me dise que j’ai voulu l’empêcher d’exister, s’est encore défendu Paulo Branco. Nous voulions qu’il soit diffusé dans le respect de tous les gens qui l’ont faits (…) Pendant deux ans, nous avons voulu trouver un accord avec eux, mais ils n’ont jamais voulu s’asseoir à notre table. Je reste cependant ouvert à la discussion pour trouver une solution à ce problème."


De plus, le jugement, obtenu par l’AFP, indique que le Festival devra "diffuser à ses frais"avant la projection un "avertissement à l’attention du public, sous forme écrite projetée sur l’écran avant le début du film" devant comporter ce message : "La projection du film The Man Who Killed Don Quixote lors de cette séance de clôture du Festival international du film ne préjuge en rien des droits revendiqués" par Alfama "qui font l’objet de procédures judiciaires en cours".

 

"Le film n’est pas en condition d’obtenir un visa d’exploitation"

 

De son côté, le distributeur français Océan Films, s’est empressé de déclaré sur Twitter, suite à la décision de justice : "Le Festival de Cannes brise le sortilège. L’homme qui tua Don Quichotte entre dans l’Histoire du cinéma. Dans toutes les salles le 19 mai 2018". En effet, le film doit sortir sur les écrans le même jour que sa projection cannoise. Ce que Paulo Branco estime "impossible sans arrangements avec ceux qui détiennent les droits. Le film ne sortira pas : j’ai eu la confirmation orale par le CNC qu’il n’est pas en condition d’obtenir un visa d’exploitation. Et si quelqu’un peut demander ce visa, c’est Alfama Films". La guerre pour Don Quichotte est donc loin d’être terminée. La journée s’est cependant achevée sur une note heureuse : suite à la décision de justice, Thierry Frémaux a annoncé, lors de l’ouverture d’Un certain regard, que Terry Gilliam serait bel et bien présent pour la projection de son film. Rendez-vous le 19 mai sur le tapis rouge.

 

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