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Entretien avec Marie Masmonteil

‘‘L’un des objectifs des Assises est de renforcer les engagements de programmation’’


 

Le secteur audiovisuel est à la croisé des chemins dans tous les domaines : signature d’une nouvelle convention collective des intermit­tents, diffusion des films en salle avec les Assises du cinéma, rapport avec les chaînes à la suite du retour de la loi Liberté de création au Sénat et les négociations avec les salles, mise en oeuvre de la réforme du crédit d’impôt, etc… Le SPI est le syndicat de pro­ducteurs qui rassemble le plus d’adhé­rents.

 

Vous êtes présidente du Syndicat des producteurs indépendants. Que représente cette organisa­tion ?

Le Spi compte 450 entreprises adhérentes, entre les collèges court et long métrages cinématographiques et audiovisuels. Dans ce dernier do­maine, nous sommes leader dans le documentaire et le spectacle vivant. Nos adhérents participent largement au renouveau actuel de la fiction ori­ginale française et internationale. Nous nous sommes renforcé depuis un an de manière importante dans le secteur du transmédia .

 

L'année a commencé avec la mise en application la réforme du cré­dit d'impôt.

Nous en sommes satisfaits. Elle ap­porte 100 M€ au cinéma et à l’audio­visuel entre crédit d’impôt national et international. Nous nous réjouissons évidemment de l’impact de ces me­sures sur l’emploi et la relocalisation des tournages en France, notamment des films à gros budgets. Mais nous souhaitons une amélioration de ses critères afin que cela ne soit pas un frein aux vraies coproductions inter­nationales, celles qui ne sont pas pu­rement financières.

 

 

La semaine dernière, vous avez signé un accord sur l'assurance chômage des intermittents. Or, quelques jours auparavant, on avait l'impression que cet accord était impossible, notamment du fait des exigences d'économies du Medef.

C'est un accord historique parce qu'il était discuté au niveau des branches du secteur pour la première fois. Tous les partenaires sociaux ont pris leurs responsabilités. La lettre de cadrage du Medef nous avait de­mandé de faire 185 M€ d’économie. Le gouvernement, c’est-à-dire le Premier ministre, Manuel Valls, doit prendre en charge une part de ces économies.

 

Comment a été couvert le solde ?

Il l'a été à parts égales entre em­ployeurs et salariés. Pour les em­ployeurs par un double cliquet, avec la suppression des abattements pour frais professionnels et une augmen­tation des cotisations patronales de 1 %. Les organisations syndicales ont fait l'autre partie du chemin. Pour la première fois depuis 13 ans, nous avons obtenu la signature de la CGT. Je salue la prise de respon­sabilité de Denis Gravouil, SG de la CGT-spectacle. Cet accord comprend des avancées sociales déterminantes pour les intermittents, comme le pas­sage à 507 heures sur 12 mois dans les deux annexes, avec le retour à la date anniversaire. Il y a 5 ans, cela avait été refusé. Ça valait le coup de faire confiance au dialogue social.

 

Une autre actualité c'est la loi Liberté de création qui arrive en deuxième lecture devant le Sénat.

Les amendements déposés par le sénateur Leleux nous ont posé un gros souci. Ils prévoyaient de pas­ser le pourcentage de commandes “dépendantes” des chaînes de 25 % à 40 % et d'aligner la notion d'in­dépendance sur celle du code de commerce. Un producteur pouvait être considéré comme indépendant même si la chaîne obtenait une durée illimitée et totale des droits. Nous étions d'autant plus atter­rés que nous venions de signer une “nouvelle alliance” avec France Télévisions. Cet accord permet de passer de 5 % de part de production dépendante à 25 %. Il comporte en contrepartie des garanties pour les producteurs indépendants. Or les amendements de la commission des affaires culturelles du Sénat nous privaient de toute capacité de négo­cier en faisant relever ces questions du domaine de la loi. Grâce à l’inter­vention précieuse de la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, et de Patrick Bloche, président de la com­mission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, nous avons obtenu la suppression de ces amen­dements, ce qui était indispensable, car la notion de producteur indé­pendant est au coeur de l'exception culturelle.

 

Mais est-ce que vous négociez avec les autres chaînes comme vous l'avez fait avec France Télévisions ?

Le 19 février, nous avons signé un accord historique avec l'ensemble des chaînes de télévision sur la transpa­rence. Nous avons signé un accord avec Arte en mars. Le 26 avril der­nier nous avons finalisé la négocia­tion d'un accord sur les conditions équitables de cession des mandats d'exploitation avec l'ensemble des chaînes historiques. Nous attendons leur réponse et sommes sur le point de signer. Nous sommes également en discussion avec les chaînes privées. Aujourd’hui, aucune ne demande plus de part dépendante à 50 % ou 40 %, ni même une révision de la no­tion d'entreprise de production indé­pendante. Les positions ont considé­rablement évolué depuis le mois de février dernier, même si TF1 veut sans doute augmenter sensiblement ses commandes à Newen, avec qui ils ne travaillaient pratiquement pas.

D’une façon générale les pouvoirs publics, les parlementaires, le CSA, même parfois le CNC, pensent que la France a besoin de grands groupes puissants pour développer la produc­tion et être présent au niveau inter­national. Et l’intégration verticale des diffuseurs va dans ce sens, alors nous pensons de note côté que c’est une erreur. Les séries les plus créa­tives, qui s'exportent le mieux comme Les Revenants, Engrenage ou Dix pour cent, sont produites par des indépen­dants. Ils restent les plus innovants.

 

Et Canal+ ?

Les récents rachats ou investisse­ments dans des sociétés de produc­tion à l'étranger nous ont inquié­tés. Ils nous ont rassurés lors d'une récente rencontre. Nous discutons à cadre législatif constant. Ils ont droit à 25 % de dépendant et sont à 15 %. Ils veulent monter un peu, mais pas à hauteur de 25 %. Nous discutons surtout des modalités de diffusion des.oeuvres, d'exclusivités.

 

Vous participez aussi aux Assises du cinéma.

Elles ont lieu au CNC, à marche forcée, car la ministre veut aboutir, du moins sur certains sujets, avant le Festival de Cannes. Le numérique bouleverse la filière cinématogra­phique. D’un côté, le nombre de films tend à croître, et de l’autre leur programmation devient volatile. Résultat, pour quelques films, les suc­cès sont plus grands, et pour la majo­rité des films, il devient très difficile d’exister en salles. Pourtant, tous sont financés et produits dans une pers­pective de sortie en salles. La question posée dans ces Assises est comment assurer une égalité des films devant l’accès aux écrans.

 

Que pensez-vous du e-cinéma comme solutions ?

Je pense que la sortie des films directement sur Internet, comme le dernier film de Guillaume Nicloux The End peut être une bonne idée. A condition qu’ils soient conçus dès le départ pour le e-cinéma. Mais on ne sait pas combien ce film, dont le bud­get était de 420 000 € et a été financé principalement par My TF1, a réalisé de téléchargements et si l’opération a donc été finalement intéressante. Si je comprends qu’en termes de mar­keting ce soit valorisant, je conteste le terme de e-cinéma. Le cinéma est un film conçu pour être d'abord pro­jeté dans une salle. Comme le rappelle souvent Pascal Rogard, citant Camus, “à mal nommer les choses, c'est ajouter à la misère du monde”. On peut inven­ter une troisième voie entre les films de cinéma et les films conçus pour la télévision et les appeler les films direct to vidéo. Il ne faut pas oublier que la sortie en salle représente 10 ou 15 films par semaine en perma­nence. En vidéo, c'est 10 000 films. La concurrence reste tout aussi féroce.

 

Alors, que faire pour atteindre vos objectifs ?

Il faut renforcer les engagements de programmation et c’est un des objectifs des Assises. C'est notre code de la route, qui doit évoluer sensible­ment. Cela passe par quelques idées simples, comme limiter la multidif­fusion en disant qu’à un instant T, aucun multiplexe ne devrait pouvoir programmer plus de deux fois deux films différents. Ensuite, il faut garan­tir les engagements réciproques des distributeurs et des exploitants par un contrat signé le plus en amont pos­sible, fixant les conditions essentielles de diffusion du film : durée, nombre de séances, exclusivité dans la zone de chalandise, passage de bandes-an­nonces.... Enfin, pour satisfaire un ob­jectif de diversité, des engagements de diffusion de films sont pris, tenant compte de la situation concurrentielle de l’établissement.

 

Donc ce round doit se terminer avant Cannes.

Oui. Ensuite nous aurons la ré­forme du classement art et essai des salles, à partir du rapport Raude pré­senté aux journées Afcae juste avant le festival [les 9 et 10 mai, NDLR]. A la rentrée, sans doute après le Congrès des exploitants, nous aborderons l’évolution des pratiques dans le sec­teur depuis l’arrivée du numérique en salles. Cela concerne tant les phé­nomènes de concentration que le partage de valeur. Nous demandons aussi que soient évoquées toutes les recettes générées par les films aux­quelles les ayants droit ne sont pas associés...

 

Mais, à part la confiserie, sur la répartition de la valeur, cela va jouer sur des queues de cerise.

Les modèles économiques des uns et des autres ont évolué et nous devons en tenir compte. La diffu­sion des films en salles est basée sur une relation équilibrée entre un exploitant et un distributeur. Il faut recréer ce lien pour que le risque soit pris en amont, par un partage de la promotion du film et, en aval, par un partage de l'ensemble des recettes générées.

 

Mais les circuits acceptent que leurs cartes soient valables chez les indépendants qui le sou­haitent.

En tout cas le problème de fond, reste l'assiette de répartition de la recette. Il faudrait que toutes les re­cettes entrent dans cette assiette pour revenir, selon des taux différents, à la création.

 

Et qu'en est-il des demandes de contrat écrit, d'engagement par l'exploitant deux semaines avant la sortie du film et avec obligation de la maintenir deux semaines à toutes les séances ?

Rien n’est encore acté. Les distri­buteurs indépendants réunis au sein du Dire et du SDI, qui distribuent nos films, y sont favorables. Nous leur fai­sons confiance et pensons que cela permettra de mieux organiser la sor­tie des films. Nous demandons égale­ment le renforcement des pouvoirs du Médiateur, notamment par rapport aux engagements de programmation.

 

Le cinéma a-t-il d'autres pro­blèmes ?

Le socle de son financement reste les chaînes, pour à peu près 400 M€, dont la moitié provenant de Canal+ et 80 M€ de France Télévisions et Arte. Dans ce cadre, nous privilé­gions les accords avec les chaînes. Nous avons été moteur, au sein du Bloc, de la signature du dernier ac­cord Canal+ de mai 2015 bien que, pour la première fois, nous n’avions pas obtenu de contreparties finan­cières à la demande de Canal+ de bénéficier d’un nombre supplémen­taire de diffusions. L’autre point difficile était le souhait de Canal+ d'arrêter l'aide à la distribution. Nous avons réussi à la sauver. Dans le contexte actuel de changement de gouvernance, il était crucial d’obtenir un accord sur 5 ans qui rendait pérennes les engagements de Canal+ à l’égard du cinéma fran­çais. Actuellement, nous n’avons pas d’accord avec Ciné+, rendez-vous est pris après Cannes pour reprendre les discussions.

 

Avez-vous discuté directement avec Vincent Bolloré ?

L'ensemble des organisations du cinéma l'a rencontré deux fois. Il nous a dit des choses rassurantes, notamment que le cinéma restait le premier moteur d'abonnement de Canal+ et qu’à titre personnel, il était fou de cinéma. La priorité de Canal+ est actuellement d’obtenir l’autorisation de distribution exclu­sive de beIN Sports et nous le soute­nons dans cette démarche, puisque, évidemment, nous souhaitons que le modèle Canal+ puisse être préservé. C'est la principale source de finance­ment du cinéma dans toute sa diver­sité. Et Canal+ a toujours respecté ses engagements.

Cependant, pour la première fois de son histoire, la disparition de Canal+ et de son bouquet de chaînes est clairement évoquée par son diri­geant. Comment le modèle Canal+ doit-il évoluer ? Nous sommes évi­demment disposés à y réfléchir. On comprend que le groupe doit désor­mais faire face à la concurrence de beIN Sports, de Netf lix et de SFR. Ce dernier a annoncé la création de cinq chaînes sport. Vincent Bolloré nous a affirmé qu'il n'y aurait pas de dégroupage de l'offre Canal+ entre, par exemple, des chaînes sport et des chaînes cinéma ou de création origi­nale. Mais est-ce que l'offensive de Drahi ne va pas changer la donne ? C'est une question cruciale qui peut provoquer des bouleversements considérables dans le financement du cinéma.

 

D'une manière générale, n'avez-vous pas intérêt à asseoir les obligations d'investissement des chaînes sur leur chiffre d'affaires groupe, plutôt que chaîne par chaîne ?

C’est le coeur de nos discussions actuelles avec TF1. Cela doit aussi présenter pour eux l'avantage d'une plus grande souplesse dans le choix des films. Un film qui a été coproduit par la chaîne TF1 peut se révéler mal adapté pour son prime time mais porteur pour celui d'une chaîne TNT du groupe. D'ailleurs, les audiences diminuent sur les grandes chaînes mais sont souvent très bonnes sur la TNT. TF1, pour son film du di­manche soir, vise les 7 millions de téléspectateurs. Certains films ne se révèlent pas assez puissants pour les atteindre. Mais sur TMC ou NT1, 1,5, voire 1 million de téléspecta­teurs, c'est un très bon score. Nous sommes donc très favorables à cette notion d’obligation groupe dès lors qu’elle va dans le sens de la diversité et d’une augmentation du nombre de films coproduits. Pour l'instant, nous ne sommes cependant pas parvenus à un accord, car nous aimerions être rassurés sur ce dernier point par une clause volume.

 

Et avec France Télévisions ?

Nous n’avons pas d’accord pour le moment mais les discussions vont re­prendre. Il est primordial que France Télévisions maintienne le même volume de films, soit une soixan­taine par an, ce qui est une garantie de diversité. Les choix des films par les filiales de FTV nous ont toujours paru très cohérents, au service de la plus grande diversité, le problème restant ensuite l’exposition des films sur les antennes. Nous sommes éga­lement très favorables à la mise en place d’une obligation groupe, qui permettrait une élasticité de diffu­sion entre les deux chaînes “mères”, soit France 2 et France 3, et France 4 et France 5 qui n’ont pas les mêmes objectifs d’audience.

 

Vous battez-vous toujours à pro­pos du plafond de 50 % d'aides publique.

Oui, c'est une de nos obsessions. Nous pensons qu'il faut desserrer cette contrainte au profit de certains films les plus difficiles à financer sur le marché, en premier lieu les pre­miers films d'avance sur recette. Il faut savoir que cette contrainte de 50 % est imposée par Bruxelles, mais que les critères de dérogations sont fixés par la France. Au Danemark, par exemple, le plafond est de 90 %. Pour les premiers et deuxième films et les films à moins de 1,25 M€, nous avons droit à 60 % et on souhaite­rait monter sensiblement le curseur, pour que ces films indispensables au renouvellement de la création cinématographique existent. Nous avons déjà obtenu 80 % pour le court métrage. C'est dire que ce sont des règles à géométrie très variable.

 

 



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Le secteur audiovisuel est à la croisé des chemins dans tous les domaines : signature d’une nouvelle convention collective des intermit­tents, diffusion des films en salle avec les Assises du cinéma, rapport avec les chaînes à la suite du retour de la loi Liberté de création au Sénat et les négociations avec les salles, mise en oeuvre de la réforme du crédit d’impôt, etc…

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